trop-plein

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Assise sur son rocher, elle me fit penser à la petite sirène.  Immobile, elle contemplait des navires invisibles peuplés de marins fantômes. Je m’installai sur le rocher d’à côté et j’accrochai mon regard à son horizon.

Rien ne troublait notre osmose retrouvée à part la gouaille des oiseaux de mer et le doux clapotis du ressac.

Ce fut elle qui brisa le silence entre nous.

_ »Il y a bien longtemps que je t’attends »

Comment lui avouer que je l’avais presque oubliée ? Qu’elle n’avait plus sa place en mon esprit saturé ? Que notre rencontre d’aujourd’hui n’était que pur hasard ? – pardon à Paul Eluard –

Elle reprit :

-« C’est ce que tu crois, mais je suis toujours là, en toi, partout. Il suffit de t’en souvenir. »

Cette petite fille aux longs cheveux blonds avait l’audace de bousculer mes certitudes. J’admirais son courage.

-« Je sais Marilou. Il te faut déverser le trop-plein, libérer chaque spore, respirer l’envie. « 

Le soir tombait. Une nouvelle étoile nommée Chloé brillait au firmament. Petite fée qui aurait pu être mienne, qu’une bête immonde avait arrachée à la vie. Je n’avais plus de mots…

La petite fille en moi se leva et vint sur mon rocher. Ses minuscules petons mouillés se posèrent sur les miens et elle nicha sa tête dans le creux de mon cou.

Elle me serra très fort à m’en briser les côtes. Animal primitif, mon coeur éponge se mit à dégouliner de toute l’eau salée accumulée…

araignée d’avril

toile d'araignée

Dans le cabanon du jardin, règne un chaos de tubes métalliques enchevêtrés, de pots en terre sans floraison, d’outils rouillés, de sacs éventrés. Délaissé par un été mouillé, abandonné par un hiver désert, le cabanon s’est fait cocon de soie.

Personne ne l’a ouvert depuis le dernier Avril. La porte grince et gémit comme si je la violais.

La lumière crue y pénètre soudain, dévoilant des dentelles habilement tissées d’un point A à un point B.

D’instinct je recule, n’osant franchir cette barrière ouatée qui frémit.

Il me faut pourtant atteindre le barbecue, entreposé hâtivement derrière la tondeuse. Un reste de charbon de bois à demi consumé y stagne dans le fond. Souvenir envolé en fumée…

Prudemment je pose un pied sur le plancher délavé, écartant d’un geste dégoûté un fil poisseux, tendu entre une poutre et le manche d’un râteau.

Encore quatre-vingt centimètres à parcourir jusqu’à cette ferraille sur trois pattes….à pas de loup, sans bruit…

Et naturellement, la prudence n’étant pas mère de sûreté, ce qui devait arriver, arriva ! Une planche en équilibre depuis une éternité, s’écroula soudain en un fracas épouvantable, faisant jaillir la poussière accumulée d’une année entière.

C’est alors que je la vis ! Surprise, apeurée, plus noire et plus velue que tous les démons de l’enfer, je n’en avais jamais vue de si impressionnante !

Elle se mit à courir le long d’une traverse et je demeurai paralysée d’effroi. Mais curieusement, je parvins à la regarder poursuivre sa course. Ses pattes démesurées avaient peine à porter son gros corps d’arachnide bien nourrie mais elle y mettait tellement de cœur et de souplesse, qu’on eût dit une danseuse sur un fil…

Elle finit par se loger à l’intérieur du barbecue et je n’eus pas le courage de la déranger de nouveau…Je lui rendis son obscurité et son silence et refermai la porte.

En y repensant je souris. Une simple araignée d’Avril m’avait émue au point de lui confier la garde de mes vestiges…

la clé des dunes

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Le temps presse.

Le temps presse m’indiquent les aiguilles qui s’affolent. Panique sur Opalie !

J’avais pourtant fermé la porte à clé pour qu’elle ne s’échappe pas mais elle a glissé dessous et s’est volatilisée.

Par tous les Saints du Walk of fame, où est-elle passée ? La plage me chuchote mon intuition.

En courant plus vite que le vent, je la rattraperai ! Du moins je m’en persuadai.

Et me voilà sur le sable mouillé de la dernière pluie, par un petit matin de printemps pourri.

Indifférents à  ma détresse,  le renard philosophe et le goéland unijambiste ont entamé une partie de poker.

A-t-on idée de jouer aux cartes quand le temps vous échappe ?

La mer s’est mise à galoper, le soleil a bousculé la lune et s’est imposé sur l’horizon.

Et moi je reste plantée comme une endive, à lui faire de grands signes de la main, espérant un au-revoir, à bientôt, que sais-je…

L’heure d’hiver a pris la clé des dunes.

Elle n’a pas attendu que je lui rende les baisers que je lui avais volés…

 

histoires courtes et improbables

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Encouragée par quelques aminautes et harcelée par l’un d’entre eux qui depuis, est devenu un ami tout court….je me suis laissée portée vers l’édition de quelques unes de mes « histoires courtes et improbables »….

Ce recueil de nouvelles est disponible chez Edilivre, Amazon, la Fnac et Chapitre.com

Merci à vous qui me suivez depuis tout ce temps sur ma planète imaginaire…

histoires courtes et improbables

http://www.edilivre.com/histoires-courtes-et-improbables-20e0a83c5f.html

dédicace

Quand l’horizon accouche d’une plaine dévastée, que le vent d’Est a balayé toute certitude, on s’invente une planète et on s’autocensure. Fragile édifice aux racines à fleur de terre, cherche une béquille, un écho, un mot. Vacille sous le souffle fétide des charognards qui veillent.

Quand les mémoires contaminées se perdent dans les méandres d’une vulgaire matérialité. Que la bourgeoisie qui s’ennuie joue à se faire peur, effeuille chaque fleur du mal, puis s’en retourne, blasée, à sa dignité javellisée.

Les ombres se lèvent et dansent sur les rimes aiguisées du poète.

bleu comme une orange

 « Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel » . Mais les mots me manquaient ce jour-là. Pour en avoir noirci mille pages, pour les avoir prononcés mille fois, la source s’était tarie.

« Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin… » je scrutais l’horizon, transperçant la brume de mes pensées vagabondes. « Un orage emplit la vallée, un poisson la rivière »…la vallée était vide et la rivière desséchée. Et je m’apprêtais à refermer la page.

Quand je l’entendis qui gémissait. Il était là, à terre, piétiné, bafoué. « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » me susurrait cette drôle de voix venue d’ailleurs. Il semblait inconsolable et je craignais qu’il inondât ma planète. Mais j’étais émue et lui murmurai « pleure, les larmes sont les pétales du coeur ». 

Curieusement, mes paroles produisirent l’effet contraire, et il se mit à rire. Un peu vexée je lui tournai le dos. C’est alors qu’il m’entoura de la tiédeur de ses ailes. A l’instant je lui pardonnai sa ruse et fondis comme Chamallow dans la bouche.

Des jours durant, qui me parurent des siècles, « j’adorais l’amour comme à mes premiers jours ». Puis, ce démon farceur disparut soudainement de mon tableau surréaliste. Ne laissant sur mes lèvres que l’étrange saveur douce-amère d’une orange bleue.

« Rien n’est simple ni singulier » ….me rappela cette drôle de voix venue d’ailleurs.

 

paul eluard

Merci à Paul Eluard, de m’avoir prêté ses mots.

le temps des carnavals

masques

Dessus leurs tristes oripeaux, ils ont revêtu un plumage qui leur sied mieux. Sur la laideur de leur visage vieillissant, ils ont posé un masque lisse.

Qui, dissimulé sous la Bauta, s’adonnera à la luxure refoulée. Qui, Polichinelle oiseau piailleur, en dévoilera les secrets. Arlequin se moquera de sa propre malice et les gueux, élevés au rang de Capitan, retrouveront leur dignité. Tandis qu’au fond du grand bal, Colombine, éternelle amoureuse d’un bouffon, soupirera à la lune.

Il est revenu, le temps des carnavals. Et tourne le monde, et dansent les masques à la grande commedia della vita !

 ***

« Quiconque a vu des masques, dans un bal, danser amicalement ensemble, et se tenir par la main sans se connaître, pour se quitter le moment d’après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde »  – Vauvenargues –