but alors you are french ?

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D’un oeil avachi Marilou contemple ses chaussures plus avachies encore, gisant dans l’eau de la baignoire. Après avoir parcouru en long, en large et en travers, quelques 12 kms sur le bitume du « strip » de Las Vegas, par une chaleur névadienne, la plante de ses pieds est restée collée à la semelle de ses sandales. La seule solution pour éviter l’arrachement de la peau, le sang sur la moquette et un rapatriement d’urgence est un bain glacé des pieds chaussés ! Soupir de soulagement lorsque la peau se détache enfin du cuir détrempé !

Ce soir c’est l’anniversaire de Biquet. Au programme : « Downtown Las Vegas » et « The Top of the world » du Stratosphère, la plus haute tour de la ville. Go go go !

Biquet a la fièvre de Vegas. Il sautille partout, mitraille le moindre cm de Sin City. Et chaque fois qu’il croise des Français, il entonne « tea for two » en se caressant une hypothétique moustache puis s’esclaffe : « but alors you are french ? » (of course, il connaît ses classiques).

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Fremont Street et sa cour des miracles… Dans son ciel artificiel, des hurluberlus se jettent dans le vide, les fusées fusent, les couleurs éclatent, la musique est bonne, la musique donne, donne… L’Amérique en délire s’en fout, l’Amérique oublie tout…

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Pour Marilou, c’est du réchauffé, mais du bon réchauffé, comme un boeuf carottes qu’on recuit le lendemain et qu’on savoure. Biquet joue les Japonais avec ses APN pendant qu’elle sirote un vin blanc triple-dose dans un verre à soda. Oups !

Retour en taxi jaune vers le Stratosphère. Cette fois, Marilou est curieuse. Biquet a vu grand, très grand. Le « Top of the world », restaurant situé à 320 mètres d’altitude…quelle folie !

La porte s’ouvre sur une féérie absolue. Vue plongeante sur la ville parée de ses millions de néons aguicheurs. La tour qui tourne lentement sur son axe donne un peu le vertige…

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Marilou s’envole, elle plane au-dessus du monde….si seulement elle pouvait ne jamais redescendre…ou alors là-bas, au-delà des fastes et des lumières, là où les étoiles s’accrochent au firmament et pas sur le sol.

Là où le désert hurle son silence…

l’oeil du coyote

coyote

Sous les corbeaux qui tournoient,  famélique et lourde de cette sève nourricière qui  ne leur suffit plus, elle surgit de nulle part.

Le désert se fond en son pelage sable et le vent nous hérisse le poil.

Nous nous dévisageons, femelles absolument.

Que cherche-t-elle ?

Dans l’oeil du coyote, j’ai vu tout l’amour du monde.

Et la détresse profonde qui en résulte…

fait frisquet à Frisco

Bald Eagle in mid-air flight over Homer Spit Kenai Peninsula Alaska Winter

Trois années s’étaient écoulées depuis que Marilou était partie à la recherche de Jimmy. A son retour d’Amérique, elle s’était résignée. Jimmy avait bel et bien disparu. Sans doute chevauchait-il sa Harley sur d’autres routes poussiéreuses, dans une autre galaxie. Il l’avait oubliée, c’était certain.

Pourtant, un matin d’Avril, du haut de la falaise, elle crut le reconnaître, qui avançait vers elle. La même silhouette, la même démarche et ce geste machinal de la main dans ses cheveux.

A cet instant, le sang bouillonna dans ses veines et ses jambes tremblèrent. Quand il fut assez près, elle vit cependant que la ressemblance n’était  pas si frappante. Jimmy avait les yeux noirs et cet homme avait le regard clair d’un fou de bassan.

Elle s’était interdite d’amour, comme on s’interdit de casino (pas mal ça, non ?). Pourtant, lorsque l’homme se présenta :« Je m’appelle Jimmy« , Marilou sentit son écorce se briser, sa peau redevenir velours.

L’été de cette année-là fut lumineux, éblouissant et fragile, un véritable été d’opaline.

Arriva l’automne avec ses feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle (oui je sais c’est cliché). Le Jimmy fantôme s’évanouit progressivement, comme tous les fantômes, ne laissant derrière lui qu’un goût amer d’orange bleue.

Marilou replongea alors dans ses rêveries lointaines, au-delà des sables de l’infini, par-delà les mers, très loin du phare-baobab. Elle traînassait, ne sachant comment écrire la suite du scénario.

Dans le ventre de la baleine, Jonas s’impatientait. Emma se demandait elle aussi, si la « coffee-machine » était réparée à Bagdad Café. Alma, Dan et quelques autres aimaient bien les histoires, improbables ou pas…Il ne fallait pas les décevoir.

Alors Marilou se décida à reprendre son périple. Elle envoya un message à Bob, le frère de Jimmy (le vrai). Elle le revoyait dans ses frusques de vieil hippy, assis sur son ponton de bois, scrutant la brume de la baie en fumant ses substances illicites.

Bob lui répondit :  » Viens, nous parlerons de lui. Apporte-moi un peu d’Opalie dans ton bagage et  n’oublie pas de prendre un pull. Fait frisquet à Frisco. »

Ces quelques mots suffirent à faire monter la fièvre. Marilou planait déjà à 10 000 mètres d’altitude. Partir, s’évader à nouveau, là-bas, vivre le rêve avant que la vie ne le dévore (merci St Ex).

En cours d’organisation, elle croisa un drôle de personnage, un peu bancal, juste comme elle. Marilou le surnomma « Biquet » et lui offrit de partager son aventure. Ils décidèrent d’atterrir à la ville du péché, d’y faire un peu les fous avant de se perdre sur la route déserte qui mène à Bagdad Café…car une promesse est une promesse !

 

…a desert road from Vegas to nowhere….

 

trop-plein

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Assise sur son rocher, elle me fit penser à la petite sirène.  Immobile, elle contemplait des navires invisibles peuplés de marins fantômes. Je m’installai sur le rocher d’à côté et j’accrochai mon regard à son horizon.

Rien ne troublait notre osmose retrouvée à part la gouaille des oiseaux de mer et le doux clapotis du ressac.

Ce fut elle qui brisa le silence entre nous.

_ »Il y a bien longtemps que je t’attends »

Comment lui avouer que je l’avais presque oubliée ? Qu’elle n’avait plus sa place en mon esprit saturé ? Que notre rencontre d’aujourd’hui n’était que pur hasard ? – pardon à Paul Eluard –

Elle reprit :

-« C’est ce que tu crois, mais je suis toujours là, en toi, partout. Il suffit de t’en souvenir. »

Cette petite fille aux longs cheveux blonds avait l’audace de bousculer mes certitudes. J’admirais son courage.

-« Je sais Marilou. Il te faut déverser le trop-plein, libérer chaque spore, respirer l’envie. « 

Le soir tombait. Une nouvelle étoile nommée Chloé brillait au firmament. Petite fée qui aurait pu être mienne, qu’une bête immonde avait arrachée à la vie. Je n’avais plus de mots…

La petite fille en moi se leva et vint sur mon rocher. Ses minuscules petons mouillés se posèrent sur les miens et elle nicha sa tête dans le creux de mon cou.

Elle me serra très fort à m’en briser les côtes. Animal primitif, mon coeur éponge se mit à dégouliner de toute l’eau salée accumulée…

araignée d’avril

toile d'araignée

Dans le cabanon du jardin, règne un chaos de tubes métalliques enchevêtrés, de pots en terre sans floraison, d’outils rouillés, de sacs éventrés. Délaissé par un été mouillé, abandonné par un hiver désert, le cabanon s’est fait cocon de soie.

Personne ne l’a ouvert depuis le dernier Avril. La porte grince et gémit comme si je la violais.

La lumière crue y pénètre soudain, dévoilant des dentelles habilement tissées d’un point A à un point B.

D’instinct je recule, n’osant franchir cette barrière ouatée qui frémit.

Il me faut pourtant atteindre le barbecue, entreposé hâtivement derrière la tondeuse. Un reste de charbon de bois à demi consumé y stagne dans le fond. Souvenir envolé en fumée…

Prudemment je pose un pied sur le plancher délavé, écartant d’un geste dégoûté un fil poisseux, tendu entre une poutre et le manche d’un râteau.

Encore quatre-vingt centimètres à parcourir jusqu’à cette ferraille sur trois pattes….à pas de loup, sans bruit…

Et naturellement, la prudence n’étant pas mère de sûreté, ce qui devait arriver, arriva ! Une planche en équilibre depuis une éternité, s’écroula soudain en un fracas épouvantable, faisant jaillir la poussière accumulée d’une année entière.

C’est alors que je la vis ! Surprise, apeurée, plus noire et plus velue que tous les démons de l’enfer, je n’en avais jamais vue de si impressionnante !

Elle se mit à courir le long d’une traverse et je demeurai paralysée d’effroi. Mais curieusement, je parvins à la regarder poursuivre sa course. Ses pattes démesurées avaient peine à porter son gros corps d’arachnide bien nourrie mais elle y mettait tellement de cœur et de souplesse, qu’on eût dit une danseuse sur un fil…

Elle finit par se loger à l’intérieur du barbecue et je n’eus pas le courage de la déranger de nouveau…Je lui rendis son obscurité et son silence et refermai la porte.

En y repensant je souris. Une simple araignée d’Avril m’avait émue au point de lui confier la garde de mes vestiges…

la clé des dunes

temps-qui-passe

Le temps presse.

Le temps presse m’indiquent les aiguilles qui s’affolent. Panique sur Opalie !

J’avais pourtant fermé la porte à clé pour qu’elle ne s’échappe pas mais elle a glissé dessous et s’est volatilisée.

Par tous les Saints du Walk of fame, où est-elle passée ? La plage me chuchote mon intuition.

En courant plus vite que le vent, je la rattraperai ! Du moins je m’en persuadai.

Et me voilà sur le sable mouillé de la dernière pluie, par un petit matin de printemps pourri.

Indifférents à  ma détresse,  le renard philosophe et le goéland unijambiste ont entamé une partie de poker.

A-t-on idée de jouer aux cartes quand le temps vous échappe ?

La mer s’est mise à galoper, le soleil a bousculé la lune et s’est imposé sur l’horizon.

Et moi je reste plantée comme une endive, à lui faire de grands signes de la main, espérant un au-revoir, à bientôt, que sais-je…

L’heure d’hiver a pris la clé des dunes.

Elle n’a pas attendu que je lui rende les baisers que je lui avais volés…

 

histoires courtes et improbables

livre_plage

Encouragée par quelques aminautes et harcelée par l’un d’entre eux qui depuis, est devenu un ami tout court….je me suis laissée portée vers l’édition de quelques unes de mes « histoires courtes et improbables »….

Ce recueil de nouvelles est disponible chez Edilivre, Amazon, la Fnac et Chapitre.com

Merci à vous qui me suivez depuis tout ce temps sur ma planète imaginaire…

histoires courtes et improbables

http://www.edilivre.com/histoires-courtes-et-improbables-20e0a83c5f.html