phare abandonné

Sur ma terre d’Opalie, il est un endroit que j’affectionne très particulièrement. Sauvage, battu par les vents, uniquement peuplé d’oiseaux marins et d’une colonie de phoques.

C’est une plage immense, destinée aux fous amoureux de la désertitude. La magie de l’endroit se mérite car après avoir traversé un long ruban de dunes, il faut encore marcher plusieurs kilomètres pour atteindre la mer.

Alors là, soudain, à l’exacte conjonction entre la Mer du Nord et la Manche, se dresse devant vous la silhouette squelettique du phare de Walde.

Délabré, abandonné, son corps métallique rongé par le sel, trop vieux pour servir…Profondément ancré dans le sable mouillé, l’ancien résiste de toutes ses forces, refuse de capituler mais meurt à petit feu. Il est loin le temps où sa lumière guidait les bateaux pour les amener à bon port. Aujourd’hui il n’est plus qu’une curiosité antique, photographiée par les amoureux des causes perdues. A ses pieds, les phoques ont pris possession d’un banc de sable où ils viennent se reposer, un peu comme les gardiens d’un temps révolu.

C’est un étrange spectacle que cette cohabitation et j’en suis tombée jalousement amoureuse. Chut, ne le dites à personne…

sentimentalement votre

Lorsqu’elles s’envolent, les chansons d’amour se posent sur les fleurs bleues, c’est un oiseau qui me l’a dit.

Je suis donc descendue dans mon jardin, non pas pour y cueillir du romarin, mais pour y écouter les myosotis.

Quelques notes légères comme des plumes ont fait vibrer mon coeur chamallow.

Puis les mots ont pris place. Des mots tout nus, sans effet de style, les plus beaux qui soient.

Emue, je remerciai l’oiseau.

c’était en juin, il faisait chaud

Le velours de ses caresses avait eu raison de son hésitation.

Quand il s’allongea sur elle de tout son corps, elle ne dit rien. Quand ses mains glissèrent dessous ses vêtements, elle se raidit un peu. Puis se raisonna.

Cela devait arriver, il eût été ridicule de reculer.

En fixant le plafond de la chambre, elle se souvînt qu’elle n’avait pas terminé son devoir de maths. Tant pis.

Il persistait à la pénétrer. La brûlure était tolérable. Bientôt ce serait fini.

La porte s’ouvrit soudain. Elle tourna la tête.

Quand elle vit les garçons entrer dans la chambre, elle tomba des nues.

Ils étaient sept.

Il l’abandonna pour laisser la place.

Affolée, elle cria, implora et tenta de se relever.

Les coups s’abattirent.

Pendant qu’ils la maintenaient fermement, elle fixa à nouveau le plafond. Comment allait-elle expliquer à sa grand-mère son visage tuméfié ?

C’était en juin, il faisait chaud.

au suivant !

J’aime bien rendre visite à mon médecin généraliste. Enfin, j’aime surtout rendre visite à son chien, un magnifique labrador chocolat, toujours présent à ses côtés.

Donc, ce jour-là, après avoir miraculeusement obtenu un rendez-vous à 20h40, j’arrive au cabinet, toute guillerette, prête à papoter quelques minutes pendant qu’il rédigera mon ordonnance semestrielle.

D’abord je m’accroupis pour caresser le chien et lui dire quelques mots sympas, puis me tourne vers mon médecin : « bonsoir docteur, vous allez bien ? »

En fait il n’avait pas l’air d’aller bien du tout ! Le teint cireux et luisant, des cernes grands comme des soucoupes, le regard glauque…J’avais presque honte de le déranger.

Je commençai à lui parler de la pluie et du beau temps pendant que, machinalement, il serrait le tensiomètre sur mon bras. Quand tout à coup je le vis chanceler, lâcher l’appareil et s’écrouler lourdement de ses soixante kilos tout mouillé sur le sol.

J’avoue que l’espace de quelques secondes, je paniquai.

Le chien, tout content de voir son maitre à terre, vint lui lécher le visage et moi j’entrepris une tentative de réanimation. Mais j’avais beau lui tapoter les joues, lui hurler son prénom dans les oreilles…rien ne se passait. Inertie totale. Respirait-il encore ? Pas sûr…

Appeler le 15 était la seule solution, ce que je fis : « ici le docteur x…, j’ai un patient qui vient de faire un grave malaise dans mon cabinet »

Lorsque les secours emmenèrent le corps, je caressai mon chien pour le rassurer, puis ouvris la porte de la salle d’attente : « la personne suivante s’il-vous-plaît » !

Photo de Binyamin Mellish sur Pexels.com

my Queen

Il y a dans l’air ce matin comme un goût de breakfast anglais : oeufs au bacon, baked beans, petites saucisses, tomate, toast and marmalade, and of course a very nice cup of tea !

Je me suis toujours sentie un peu anglaise. Normal me direz-vous, quand on vit à Calais (n’en déplaise aux 6 Bourgeois). Comme me l’a affirmé un Anglais dans un pub du Yorkshire : you’re almost English !

Entre l’Angleterre et moi c’est je t’aime moi non plus. Perfide Albion, traîtresse, hypocrite, dépravée, je la déteste parfois.

Pourtant, il me suffit de repenser au charme désuet d’un cottage du Kent, à cet humour imperturbable, à ce paradoxe entre authenticité et extravagance…pour qu’en quelques secondes je fonde à nouveau.

La reine fête très probablement son dernier jubilee et je suis triste. Qui d’autre bravera le monde d’aujourd’hui avec autant de courage et de dignité ?

Que restera-t-il de cet amour entre l’Angleterre et moi ? Un mug à l’effigie de la famille royale…et la musique !

Fuck the brexit and God save my Queen !