mélancolie

La plaine a roussi, l’été se meurt. Dans une ultime tentative de séduction, les fleurs du jardin persistent. Bientôt, tel le dernier sursaut d’un amour qui s’essouffle, la nature se parera de ses plus beaux atours. Avant de se dénuder, impudique et torturée. Que viennent les voiles de brume, que tombe la pluie d’automne, douces caresses aux âmes mélancoliques.

que faisiez-vous ce jour-là ?

RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / ECPAD / NICOLAS-NELSON RICHARD" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS A picture taken and released by the French Army Communications Audiovisual office (ECPAD) on January 13, 2013, shows French fighter jets arriving at Kossei camp in N'Djamena. France is using air and ground power in a joint offensive with Malian soldiers launched on January 11 against hardline Islamist groups controlling northern Mali. AFP PHOTO / ECPAD / NICOLAS-NELSON RICHARD

Cinq heures du matin, le centre commercial géant de la Côte d’Opale est cerné d’une quinzaine de camions semi-remorques rangés les uns derrière les autres, tous identiques, couleur kaki. Je fais le tour du parking ; comme par magie, la nuit a déposé des avions militaires sur l’asphalte.

« Rafales », « Mirages » et autres « Alpha jet » se dressent, majestueux, dans le petit matin. Une trentaine de soldats court dans tous les sens ; le capitaine Muller (c’est le nom que je lui donnerai ici) hurle ses ordres. A l’intérieur du centre commercial, tout est chamboulé. Les allées sont envahies de métal kaki contrastant bizarrement avec les vitrines des magasins aux couleurs « fun » de cet automne.

Avec mes techniciens, je m’intègre dans l’équipe de soldats et nous obéissons aux ordres du capitaine Muller, qui dirige les opérations de main de maître. C’est très drôle et exaltant. J’ai toujours adoré l’aviation mais je n’aurais jamais imaginé être sous les ordres de l’Armée de l’air l’espace de quelques heures !
Ce soir, nous inaugurons la prestigieuse exposition « Des ailes et des hommes » inédite dans la région et ma foi, j’en suis fière.
Il est midi ; le public afflue, en admiration. Les soldats jouent leur rôle pédagogique, transmettent leur passion à des gamins qui rêvent déjà de gagner le « super lot » du concours organisé par l’armée : un aller-retour à bord d’un « Mirage » jusqu’à la base de Salon-de-Provence.
Satisfaite, je m’octroie le droit de souffler un peu…
Vers quinze heures, le centre commercial est bondé, pari gagné. Je me trouve dans mon bureau, au premier étage, quand soudain, le capitaine Muller frappe à la porte : « excusez-moi, il se passe quelque chose de grave, m’autorisez-vous à allumer la télévision dans votre salle de réunion ? »
Sur l’écran, un film catastrophe….non, ce n’est pas une fiction. Ahuris, paralysés de stupeur, nous regardons les avions qui explosent sur les tours de Manhattan. On dirait un jeu vidéo, nous ne pouvons y croire …
Quelques minutes après, les téléphones sonnent de toutes parts. Le capitaine Muller m’annonce que l’Etat major est sur le pied de guerre, prêt à intervenir. Tous les gradés ne pourront être présents ce soir pour l’inauguration. D’un air mi-grave, mi-ironique, Muller me dit :« nous pouvons être rappelés d’un instant à l’autre ; dans ce cas je serai dans l’obligation de vous laisser mes avions …. »
Comme des automates, nous continuons malgré tout à préparer la réception prévue pour nos illustres invités du soir mais le coeur n’y est pas. Chacun a en tête, les images terrifiantes que la télévision passe en boucle. Un mauvais film ou un cauchemar, on ne sait plus exactement…
Le lendemain matin, 12 Septembre 2001, le monde entier est choqué. Sur le parking du centre commercial, les avions sont toujours à leur place et les soldats toujours présents. Apparemment, rien n’a changé.
Un sentiment étrange m’envahit ;  de l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’horreur absolue. Ici, la silhouette impressionnante mais rassurante des engins de guerre prend une nouvelle dimension, celle de la peur…

et vous, que faisiez-vous ce jour-là ?

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

sans titre

SOLAR

En silence il survola les géantes de pierre qui frémirent et s’interrogèrent : quel était cet oiseau étrange ? Le temps d’un souffle ils s’observèrent mutuellement, ébahis de tant de beauté.

Elles, filles des sables, gardiennes des siècles de mémoire. Lui, oiseau fragile à peine envolé de la couvée.

Elégant et digne, l’oiseau salua les pyramides en poursuivant sa route du ciel. Elles le suivirent du regard jusqu’à ne plus percevoir qu’un point brillant à l’horizon.

Lorsque les sables s’assombrirent, elles chuchotèrent entre elles et se dirent que l’apparition ne pouvait être que l’oeuvre d’Horus.

Loin des dieux et loin des hommes, fier et vaillant, l’oiseau ……

Longtemps je l’ai suivi dans mes songes, comme l’on poursuit un arc-en-ciel, sans jamais pouvoir le rejoindre…

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

un goût d’été

20160722_154835

Un peu à l’écart de la guinguette, il a planté son chevalet sur la berge. Les tubes de couleurs jonchent l’herbe en éventail, certains sont éventrés. L’homme porte un chapeau à larges bords et une blouse blanche tâchée. J’envie sa main qui ne tremble pas quand il appose les touches de lumière sur sa toile.

Il plisse un peu les yeux, recule de quelques centimètres puis repose son pinceau. Est-il content de lui ? Sans doute pas complètement. L’artiste n’est jamais totalement satisfait.

Les flonflons se sont tus et les danseurs se désaltèrent au vin blanc de Mâcon. Sur le fleuve miroir, une famille de canards glisse, tranquille, puis disparaît sous les branchages d’un saule. L’heure est à la plénitude.

Monet (ou était-ce Renoir ?) remballe son matériel, relève son chapeau et d’un revers de manche, s’éponge le front. Il a fait chaud aujourd’hui.

J’ai peut-être un peu trop fumé…

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

un amant pas comme les autres

aube

Des semaines longues comme des siècles s’étaient écoulées. Cette attente la minait jusqu’à la moelle et l’affaiblissait de jour en jour. Elle n’avait plus la force de scruter l’horizon et bientôt la résignation s’insinua.  Il ne lui restait plus qu’à apprivoiser la nuit, question de survie.

Il est courant de croire que les choses arrivent au moment où l’on s’y attend le moins. Et ce fut précisément le cas. Un matin frileux comme tous les matins, à l’instant où le merle se mit à chanter, il ré-apparut.

Insouciant, taquin tel un enfant qui aurait fait une bonne blague, il se glissa jusqu’à elle. La douce chaleur de ses caresses eurent tôt fait de vaincre toute résistance. Emoustillée malgré elle, mue par un désir soudain, sans plus réfléchir elle se dénuda.

Comme par enchantement les rancoeurs avaient disparu, l’interminable attente oubliée. Ils étaient seuls au monde, réunis, enfin. Gourmande et ravie, elle savoura sans remord cette renaissance des sens.

Le temps s’arrêta mais les heures passèrent. Elle aurait voulu le retenir pour l’éternité, prête à toutes concessions. Mais elle sut qu’il repartirait, consciente de l’éphémère et certaine de sa  trahison future. Supplier ne servirait à rien, elle ne maîtrisait pas la situation. L’empreinte sur sa peau serait son unique souvenir.

Le soleil n’étant pas un amant comme les autres, il a l’élégance de couvrir d’or celles qui l’adorent. A la fin du jour il s’éloigna puis s’évanouit dans la mer, comme certains fuient dans le silence.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

la légende de Long Ma

13507251_10206514952460800_6910242662646934230_nDepuis le 9ème étage du ciel où elle s’est retirée, la déesse Nuwa, créatrice des hommes, observe le monde et s’inquiète pour son devenir. Elle décide alors de s’unir à Fuxi, héros civilisateur, pour engendrer une créature cosmique : Long Ma, mi cheval, mi dragon. Long Ma est doté de pouvoirs surnaturels, il contrôle les éléments, ré-organise l’harmonie et dans ce but, Nuwa l’envoie sur la terre. Guidé par la grande muraille de Chine, Long Ma rejoint Pékin. Fatigué par sa longue marche, il s’endort sous la plus lourde et plus majestueuse pierre de la Cité interdite. Pendant ce temps, une guerre des dieux fait rage provoquant un chaos si grand que le ciel s’ouvre. Réveillée par le vacarme, Kumo Ni, l’araignée géante, profite de la brèche pour s’engouffrer dans le passage ainsi ouvert entre la terre et le ciel. Kumo Ni est à la fois agressive et douce, belle et repoussante. Elle incarne le Yin et le Yang, provoque le déluge, organise le dérèglement mais elle est aussi un guide. Par ses actes, elle révèle l’inconscience humaine. Kumo Ni veut défier Long Ma, lui tendre un piège. Elle provoque son réveil et l’oblige à agir. S’ensuit un interminable combat. Enfin, à l’issue d’une ultime bataille dont elle sort victorieuse, Kumo Ni est émue par la détermination et la loyauté de Long Ma. Avant de disparaître, elle décide alors de le transformer en cheval céleste ailé, lui permettant d’aller refermer le trou béant du ciel. Long Ma s’acquitte de sa mission et retrouve le temple de l’harmonie d’où s’échappe une musique si douce que le cheval dragon s’endort à nouveau. Long Ma restera en Chine pour le restant de sa vie, il en devient le gardien protecteur. (*)

La légende ne dit pas qu’au cours de son long périple, Long Ma s’est posé en terre d’Opalie. En un endroit bien étrange, là où se déroulent les rêves les plus extraordinaires. Il est endormi et silencieusement, des milliers d’enfants de tous âges, viennent contempler son sommeil.20160623_145617 (4)

Il se chuchote partout en ville que Long Ma est à la recherche de Kumo Ni. Les chuchotements réveillent le cheval-dragon, son souffle s’accèlère, ses naseaux fument. Un battement de cils, Long Ma ouvre les yeux et regarde autour de lui…Un frisson parcourt la foule mais les coeurs battent à l’unisson…20160623_150333 (6)

Guidé par une horde de liliputiens savants, encouragé par les enfants d’Opalie, Long Ma se remet en marche. Il parcourt les rues de la ville, s’étonne de ce nouvel environnement. Il s’émeut de constater l’émerveillement des regards et l’immense tendresse que tous lui témoignent.

Mais il n’a pas oublié sa mission et parfois sa fureur explose. Se cabrant de toute sa hauteur, il hurle et crache le feu. Le sol tremble, les goélands s’éloignent, Opalie est en émoi.

13537553_10206514953580828_636453665380110253_nPendant ce temps, suspendue au beffroi de la ville, Kumo Ni attend. Elle a senti la présence de Long Ma, l’ultime combat va bientôt pouvoir commencer. Mais l’araignée est joueuse et fait durer le suspense.  Après avoir descendu du beffroi, Kumo Ni entame une partie de cache-cache avec Long Ma. Elle parade en musique, se fait admirer elle aussi. Elle a tout son temps…kumo5

Ce petit jeu durera trois nuits et quatre jours. Au quatrième jour, la tension est à son comble. Les âmes-enfants d’Opalie n’en peuvent plus de tant d’émotion.

Que va-t-il se passer ? Qui des deux créatures emportera la victoire ? Le bruit a couru bien au-delà des confins de la ville et c’est par plusieurs dizaines de milliers que les spectateurs affluent.

Le soleil est capricieux, les nuages lui volent la vedette, comme s’ils étaient jaloux qu’on ne leur prête guère attention. Tous les regards sont dirigés vers le lieu du combat final où se dressent enfin, face à face, Long Ma et Kumo Ni.13501800_10210060689056924_266348243033955052_n

De battre les coeurs s’arrêtent, les souffles sont coupés….et déjà une douce mélancolie s’insinue dans les esprits. C’est la fin, le rêve est presque terminé…Le spectacle est époustouflant, l’émotion déborde…

Long Ma a fait preuve d’un tel courage que Kumo Ni abandonne le combat et lui permet de réparer le ciel. Le temple de l’harmonie apparaît, la musique s’adoucit….Après un dernier salut à la foule, Long Ma s’endort, apaisé…(**)

A regret, la foule se disperse d’un pas lent. Le regard perdu dans la poésie et le rêve. Un seul mot nous vient aux bords des lèvres : MERCI.

(*) mythologie chinoise, source http://www.france-chine50.com/fr

(**) Unique représentation en Europe, ce spectacle fut organisé dans la ville de Calais en juin 2016. Sous la direction de François Delarozière (compagnie La Machine à Nantes) « père » des créatures fabuleuses et du maître des lieux du Channel Scène Internationale de Calais, Francis Peduzzi. Avec le concours de la Ville de Calais et la région Hauts-de-France.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

billet court mais pas improbable du tout

« Attention, talent !
Comment ne pas s’attacher à « ça » après l’avoir lu ? « Ca » qui, bien que baignant dans une « réalité ésotérique » et beaucoup trop bref, transpire de sensibilité, de lucidité, de clarté dans l’écriture, bref, de talent.
On relève chez l’auteur, un climat, une identité, une authenticité, un besoin d’exprimer, d’exorciser même, par l’écriture, ses états d’âmes, de frayeur et d’amour.
Nous sommes aux antipodes de la démonstration stérile qui vise à se la jouer technicienne de la rhétorique ou démagogue des émotions. On est intrigué par ce qu’on lit et on s’attache, à travers le style, à celle qui l’a écrit. En souhaitant très vite en lire davantage. »

Cet élogieux commentaire anonyme, posté sur Edilivres à la sortie de mon recueil « histoires courtes et improbables », n’a pas provoqué chez moi un gonflement subit des chevilles, je vous rassure. Pourtant, j’avoue qu’il m’a fait un énorme plaisir. D’ailleurs, si l’auteur lit ce billet, je le remercie (un peu tardivement) chaleureusement.

Alors….Eh bien, voici venu le temps des vacances…

Trois heures de vol ? Deux heures de TGV ? Bronzette recto-verso sur une plage exotique ?

Mon recueil papier ne prend pas de place dans la valise ! Et dans sa version numérique, là franchement vous n’avez plus d’excuses !

Un petit coup de pub ne fait de mal à personne, non ?

histoires courtes et improbables

http://www.edilivre.com/histoires-courtes-et-improbables-20e0a83c5f.html