Toby for ever

Lorsque Joyce tourna le coin de sa rue, elle fut surprise de voir un attroupement devant la porte de son immeuble. Un cordon de police empêchait les badauds de s’approcher trop près. Sur le trottoir stationnait un véhicule de pompiers. Un étrange pressentiment serra la poitrine de la jeune femme. Elle parvînt à se frayer un passage parmi la foule,  jusqu’à la barrière de sécurité mise en place par les forces de l’ordre.

Tout le monde regardait en l’air…Elle leva la tête et aperçut Toby, debout sur le rebord de fenêtre de sa chambre, au septième étage. Les bras en croix, le regard droit vers le ciel, il semblait vouloir s’envoler…Joyce étouffa un hurlement et faillit s’écrouler. Son fils, son petit, son ange, son bébé de quatorze ans à peine…Que faisait-il là-haut ? Quel jeu jouait-il ? Ne voyait-il pas le danger ? …

L’inspecteur de police s’adressa à la jeune femme :

-« Connaissez-vous ce garçon ? Habitez-vous l’immeuble ?

– Oui…c’est Toby, c’est mon fils ! Je vous en prie, allez le chercher, il va tomber….

Nous faisons le maximum, les pompiers sont montés, ils lui parlent… Il faut agir avec précaution,  surtout ne pas l’effrayer car il semble ne pas être dans un état normal. Avez-vous connaissance qu’il se drogue ? »

Joyce n’avait plus de corps, il l’avait quittée, elle flottait dans un brouillard épais d’où ces mots surgissaient  : « drogue, Toby, police, danger, mort… »

Elle revit le rituel de ce matin, les céréales versées dans le bol Spiderman, la bouteille de lait sortie du frigo, les cookies, le verre de jus d’orange. Toby dormait encore quand elle était partie travailler ; elle avait pris soin de vérifier son sac de sport et lui avait préparé un tee-shirt propre. A quatorze ans, on est un peu distrait, on oublie facilement l’essentiel…Toby n’est pas un adolescent difficile. Il est dans la moyenne en classe, ne se bagarre jamais, ne sort pas le soir….Il préfère écouter de la musique dans sa chambre. La plupart du temps, il s’endort avec…Joyce lui donne un peu d’argent de poche, pas trop. Et Toby travaille de temps en temps pour améliorer son ordinaire ; il lave des voitures…

Le policier la tira de sa réflexion :

-« Voulez-vous essayer de lui parler ? Dites-lui simplement quelques mots, comme si tout allait bien… »

Dans un lourd silence, d’une voix blanche, Joyce s’adressa à son fils :

-«  Toby ! Descends s’il-te-plaît, et referme la fenêtre, il fait froid aujourd’hui… »

Toby n’entendait rien, ne voyait rien que le bleu infini droit devant. Il sourit, battit des ailes et s’envola…

Pour les enfants de la chance, qui n’ont jamais connu les transes des shoots et du shit,

Toby vivra « for ever ».

20 réflexions au sujet de « Toby for ever »

  1. Superbe illustration de la chanson de Gainsbourg, toute la déférence est là, il n’y pas une larme de trop. Bravo à la terre opale ! Bises.
    Jonas

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    1. Je crois vraiment que je vais éviter ce genre de sujet. En fait, c’est la chanson de Gainsbourg qui m’a inspiré cette histoire. Je ne veux surtout pas engendrer la morosité 🙂

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  2. Ce que tu relates me donne des frissons. Un jour il y a presque 8 ans maintenant j’ai compris de la plus brutale des façons que mon fils cadet avait touché à ce genre de truc …. Et ce qui a suivi aurait pu ressembler à ce que tu décris, ça s’est traduit autrement, mais c’est tout aussi violent parce que une partie des neurones est détruite à jamais. Je hais les dealers qui jouent avec la vie de nos jeunes, trop faibles, fragiles, influencables, et puis au fond de moi une cumpabilité immense de n’avoir rien vu d’autant que nous avions toujours discuté à la maison de ce danger, et que nous avons toujours laissé la porte ouverte aux discussions…. Donc lire ou entendre à la radio, à la télévision ce genre ‘ de fait divers’ , ça me bouleverse chaque fois ……

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    1. En tant que parent, n’importe qui peut être confronté à ça, brutalement, sans avoir rien vu venir. Les dealers savent y faire. Donc pas de culpabilité, Débla, surtout pas.

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    1. Tu as raison. Moi, ce qui m’effraie le plus, ce sont les gestes extrêmes commis de plus en plus jeunes…
      Bisous.

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    1. Oui, c’est tellement facile aujourd’hui de se procurer toutes sortes de choses, à la sortie du lycée ou ailleurs…

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    1. Un fait divers parmi tant d’autres. Le pire est qu’on n’y prête même plus attention, c’est juste quelques secondes aux infos…

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