fleur de bitume

Je suis née un matin de novembre, entre brique et béton, au son des marteaux-piqueurs, sous un ciel d’acier. Il faut un sacré courage pour éclore en cet environnement.

Esquiver les pas meurtriers des zombies qui se croient vivants est mon lot quotidien. Fière, je me dresse de toute ma petite hauteur, bravant leur face étonnée et leurs rires sarcastiques. Généralement, ils s’écartent, s’excusent de me faire de l’ombre.

Certains disent que je ne suis pas à ma place. Mais qui sont-ils pour émettre une telle affirmation ? La ville n’aurait-elle pas le droit d’un peu de couleur, de fraîcheur ?

Un jour, l’un d’entre eux, dans un élan d’altruisme, voulut me déraciner, pour me planter ailleurs, là où poussent les fleurs ordinaires. J’ai refusé tout net. Pas folle la fleur !

Au pays vert, elles sont multitude, se poussent des pétales afin d’attirer l’attention. Moi, sur mon bitume, je suis unique et n’ai nul besoin de paraître. Je suis, c’est tout. Ephémère sans doute, mais les fleurs des champs sont-elles éternelles ?

Bien sûr, je souffre un peu de solitude, surtout la nuit, lorsque les zombies sont endormis. Alors je me prends à rêver d’un vaste pré aux senteurs enivrantes, au souffle doux d’une brise qui me chatouillerait la corolle. Je rêve à la main qui me frôlerait, au visage qui se pencherait vers moi pour mieux me respirer…

Mais chaque petit matin, réveillée par les vrombissements des moteurs, j’ouvre les yeux sur mon univers de béton et je souris à la vie qui court.

Un jour, je ne  me réveillerai pas. Mais qui se soucie des fleurs arrachées à leur paradis verdoyant ? Moi, je mourrai, écrasée au champ d’honneur ! Et ils se souviendront, parce-que je leur suis unique !

M.D. Novembre 2012

29 réflexions au sujet de « fleur de bitume »

  1. Souvent, voyant ces fleurs et ces herbes qui poussent partout et malgré tout, je me dis que la nature se prépare – pour notre ensevelissement. Comme les forêts reviendraient vite, luxuriantes, effaçant nos tours de béton, faisant craquer le bitume de nos routes…

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    1. Souvent je pense la même chose. Mais en y réfléchissant bien, je me dis que ce serait le début de la fin pour l’homme. Alors finalement…

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  2. Je suis toujours fasciné par ces petites fleurs qui poussent dans des endroits insolites pour notre plus grand plaisir, enfin pour ceux qui les voient…………
    J’aurai peut-être pu faire la photo mais pas écrire un aussi joli texte.
    Merci Louv’, Bisous !!!!!!

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  3. Bonsoir Louv,
    Très poétique ce texte qui trouve vie dans un environnement quelque peu difficile… Peut-être aussi une belle métaphore sur la possibilité de se faire une place dans un monde…

    Bisous et douce nuit à toi.
    Capucine

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    1. Hello Capucine ! Ravie de ta visite.
      C’est la photo qui m’a inspiré ce texte. Elle m’intriguait cette petite fleur, perdue et seule dans ce monde hostile, mais si courageuse de rester debout 🙂
      Belle journée à toi, bisous.

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  4. Un bien joli propos finalement sur l’isolement et l’exception. Ce qui est rare dans la multitude. Un champ de fleurs, c’est banal, une fleur des champ c’est unique. Bon texte ! Bises.
    Jonas

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    1. Honnêtement, la réflexion sur l’isolement et l’exception n’est pas assez développée dans ce texte. J’ai écrit très vite…Mais la photo est sympa !
      A bientôt Jonas, bises.

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  5. Bonjour !
    Superbe mise en situation, on vit à travers cette petite fleur courageuse ! J’ai adoré 🙂 bravo, c’est très mignon.. la nature qui bat la ville!
    Bises, bon dimanche!!

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  6. La nature primera toujours sur le béton et sur cette flore artificielle aux semences trafiquées que l’on nous vend à grand prix. Un moment de respiration bienvenu…

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  7. Etre né quelque part comme disait le Forestier et ça change tout. j’espère qu’avant d’être écrasée, cette fleur répandra des graines à travers la ville pour qu’il y ait plus de fleurs dans le béton. Bisous, passe un bon dimanche

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    1. Oui, on ne choisit pas. Le vent sème les graines où bon lui semble. Et c’est très bien.
      Bon dimanche à toi, bisous.

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  8. Emouvant,je trouve,une fleur dans cet environnement…J’en ai photographié,une fois,une entre les voies de chemin de fer,en gare de Mons..Un sursaut de poésie dans un monde de fer et de béton!!Tres bon dimanche,Jean-Pierre

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    1. Elle semble fragile dans son environnement hostile. Toute la poésie est là.
      Très bon dimanche à toi Jean-Pierre !

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  9. Qui sait ? Cette jolie paquerette se retrouvera peut être au milieu de cette ville en ruine. Je suis toujours amusé de trouver ces traces de vie dans des endroits où on ne les attend pas. Pour moi la nature tient en sursis tous ces lieux bétonnés. Bises Dan

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    1. Moi aussi ce genre de chose m’amuse beaucoup. La nature sera toujours la plus forte, je crois.
      Bises et bon dimanche.

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  10. Petite fleur
    Oui tu es unique
    Car tu as poussé
    là ou les plus belles n’auraient eu l’idée
    De peur de se faire écraser
    ou de leur voir leur toilettes apprétées
    immanquablement se tâcher
    Tu as osé poussé entre ces grains de gravier
    Sans réaliser que tu pouvais te faire arracher

    Tu as osé, et c’est ainsi que l’on progresse
    Hélas il est vrai qu’un jour tu mourras,
    Mais au paradis tu iras…..
    Bisous Louv’

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    1. J’irai donc au paradis des fleurs…quelle belle perspective ! Ton joli commentaire-poème me redonne plein de vigueur, merci ma fée Célie ! Bisous tout plein.

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