les écureuils de Central Park

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Lorsque l’avion se posa sur le tarmac de JFK airport, je fus immédiatement submergée de démesure. Toutes ces images vues dans les films me revinrent en bloc, et à l’instant, j’étais actrice d’une série américaine.

Une longue file de taxis jaune attendait devant le terminal et j’imaginais déjà le conducteur noir, brandissant un couteau : « where are you going ? » Et moi qui lui répondrais en tremblant « Harlem » …le chauffeur d’un air rigolard répliquerait « that’s your right, girl »…en découvrant un sourire de piano et en piquant sa pomme sur son couteau. Décidément, je vais trop au cinéma !

Je me contentai de lui indiquer : « St James Hotel, 45th street, Manhattan. »

Non, je ne venais pas précisément faire du tourisme. Non, je n’irai pas me recueillir sur les ruines des Twin Towers. C’était un autre tombeau, plus modeste en dimensions que je venais voir, celui de John Lennon. Il s’agissait d’une promesse faite à moi-même.

Les longues heures en avion m’avait épuisée mais il n’était pas question de dormir. A New-York il n’était que 14h. Arrivée à l’hôtel, je pris un bain de bulles roses et je zappai sur les innombrables chaînes de télévision, juste pour m’imprégner de l’accent new-yorkais. Puis je me vêtis de noir, chaussai des sandales rouges et descendis au bar où je commandai un gigantesque cocktail de fruits frais pressés. On me servit sur un plateau blanc marqué des lettres N.Y. couleur or. Dehors les sirènes de voitures de police hurlaient.

Venue à bout de mon breuvage hyper-vitaminé, je sortis flâner un peu et me retrouvai propulsée dans Time Square. Le soir tombait à présent et les néons flashaient de partout. Une foule cosmopolite se pressait sur les trottoirs. Coup de coeur pour un tee-shirt XXL marqué New York. Ca ferait une tenue sympa pour dormir…

Une petite faim se fit sentir et j’entrai dans un café en forme d’autobus. Je pris place sur une banquette de skaï vert. Sur les murs, des posters d’ice creams dégoulinantes de couleurs synthétiques. Une serveuse obèse s’approcha ; je lui commandai un Sundae fraise qui m’arriva sous le nez, surmonté d’une montagne de crème fouettée. Ce n’était donc pas une illusion, je me trouvais bien au sein de la « grosse pomme ».

J’étais seule dans mon « wagonnet » de skaï vert ; dans les autres compartiments, des couples parlaient fort et riaient. Une fille se mit à crier sur son compagnon et je repensai à « pulp fiction ». Je m’attendais presque à voir cette fille brandir un revolver et dans ma tête, la musique du générique trotta…

Le lendemain matin, chaussée de baskets sur coussins d’air, je me dirigeai d’un bon pas vers Central Park West, là où est situé le mémorial « Strawberry Fields » en honneur de John.

J’en avais vu les photos et reportages de nombreuses fois, mais je ne m »attendais pas à un tel monde autour du mémorial. Sur les bancs tout autour, des gens de tous pays se côtoyaient et discutaient en Anglais, en Chinois, en Russe… John aurait aimé ça, c’est sûr.

Je m’avançai vers le cercle de pierre couvert de fleurs, de photos, de nounours. Au centre on lisait « IMAGINE« .

Alors, tout bas, je murmurai : « Salut John, tu vois, j’ai tenu ma promesse, je suis là. Personne ne t’a oublié ; on t’aime, toujours. Et pourtant si tu savais comme les peuples sont devenus fous. Ils continuent à se détruire, ils continuent à distiller la haine et le racisme. Rien n’a changé, c’est pire. Toi qui prêchais la paix et l’amour, tu dois être triste là-haut. Ils n’ont rien compris tu sais… »

Je restai plusieurs minutes, là, devant lui, parmi la foule qui photographiait…

Après avoir déposé un baiser sur la pierre, je fis demi-tour et m’en allai au travers des allées de Central Park.

En ce dimanche de printemps, la nature avait repris ses droits à New-York. Les arbres centenaires, imposants, s’élargissaient au sommet en une voûte vert tendre, peuplée de chants d’oiseaux. Les gratte-ciels, le bruit et les flots de voitures n’existaient plus…

Il faisait presque chaud et je décidai de me rafraîchir les pieds dans l’herbe. A ce moment de délectation, deux petits boules de poils roux et gris déboulèrent d’une branche. Les écureuils…

Pas farouches, ils semblaient en quête d’une miette tombée d’une poche. Il était interdit de les nourrir, mais beaucoup le faisaient. J’étais désolée d’avoir terminé mon sachet de cacahuètes…

Toute à ma tendre contemplation, je sursautai quand soudain, sous l’ombre d’un chêne, je distinguai une menue silhouette aux longs cheveux noirs. Avec souplesse, la silhouette s’agenouilla dans l’herbe et appela doucement les écureuils. A contre-jour, une seconde silhouette apparut, celle d’un homme coiffé d’un chapeau. La femme alors se releva et lui prit le bras…

Tous deux s’en allèrent, collés l’un à l’autre, me laissant rêveuse. Dans un rai de soleil embrumé, ils se dirigèrent vers Dakota building…

15 réflexions au sujet de « les écureuils de Central Park »

  1. Qui sait si en effet, le fantôme de John n’erre pas dans Manhattan… Je me souviens encore du jour où j’ai appris son assassinat, je n’avais que 16 ans et je ne le connaissais pas plus que ça mais c’était un nom mythique pour moi malgré tout.
    sinon, j’ai un magnifique souvenir avec un écureuil mais c’était à Londres… Sinon, merci pour ton récit, un vrai voyage. Bisous !

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    1. Je m’en souviens aussi, j’étais en Camargue un certain 8 décembre, et soudain le monde avait changé…

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  2. Bonjour Louv’ !

    J’apprécie beaucoup vos écritures et j’affectionne particulièrement les écureuils. Un beau rêve que vous nous faites vivre à travers votre imagination… John Lennon était un grand homme ! Tout cela me donne bien envie d’aller à New-York.
    Merci pour ces récits et continuez de nous faire voyager !

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    1. Bonjour Olivier et merci de vos passages ici.
      Je vois que nous avons le même avis sur John et si je vous ai donné l’envie d’aller à NY, j’en suis ravie ! A bientôt.

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  3. La dernière phrase parcourt mon dos en frissons délicieux. J’ai fais les mêmes gestes dans cette ville sauf que je venais par le train de Philadelphie. Par Central Park jusqu’à la 72ème rue, j’ai eu cette sensation d’être accompagné. Merci Louve pour ce bel hommage. Cet homme qui a sauvé beaucoup de vies, la mienne en tous cas. Bises.
    Jonas
    PS. Quand Paul et Ringo prendront la pirogue pour l’autre rive, Dieu a promis de remonter le groupe. Faut-il croire en Dieu ?

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    1. Je veux bien croire en Dieu, mais je ne suis pas pressée qu’il remonte le groupe…Paul nous offre encore de beaux moments musicaux.
      Bises.
      PS : je n’ai jamais encore mis les pieds à NY, mais je tiendrai ma promesse

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  4. Je suis allé très souvent à NY et depuis plus de quarante ans, à chaque fois je me suis cru dans un film, comme ce matin très tôt avec les rues désertes, les plaques d’égout qui fume, les bouches d’incendies du fuient et les sirènes de police qui résonnent sur les boulevards…En septembre, je repasserai visiter John avec une pensée pour toi. Bises Dan

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    1. C’est drôle, moi aussi j’ai envie d’y aller en septembre..Qui sait, peut-être nous retrouverons-nous devant John ?
      Bises.

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