heaven’s door

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 » Une déséquilibrée s’est barricadée dans la maison d’une amie dont elle gardait le petit garçon âgé de cinq ans et refuse de rendre le garçonnet à sa mère. Elle est armée et menace de tuer l’enfant ; on ignore encore la raison de son geste. La maison est cernée par la police mais l’intervention semble délicate. De notre envoyé spécial, sur place …. »

C’est de moi qu’ils parlent à la radio ; le petit garçon c’est Louis. Je l’adore ce gosse, il fait exactement ce que je lui dis. Je lui ai suggéré de jouer à la prise d’otage, il a trouvé ça génial. Même le révolver ne lui fait pas peur. Faut quand même faire attention, un accident est si vite arrivé.

Le téléphone sonne, ils vont négocier, j’en suis sûre.

– « Allo

– Ici l’inspecteur Duchmol du commissariat central, ne soyez pas idiote, la maison est cernée, vous ne vous en sortirez pas

– Salut Ducon, et moi j’ai mon arme pointée sur la nuque du gamin, tu piges ?

– Pourquoi faites-vous cela ? Dites ce que vous voulez mais laissez sortir le gosse ! »

Je raccroche, il faut le faire mijoter un peu. Je me marre, je lui ai parlé comme dans les polars et il m’a prise au sérieux. Décidément, ces flics, pas très futés…

-Viens Louis, on va se montrer à la fenêtre, tu verras toutes les voitures de police !

Quatre voitures pour moi toute seule, je rêve ! Ils me prennent vraiment pour une tueuse…le poisson a mordu à l’hameçon ! Je vais bien me protéger derrière Louis, ils seraient bien capables de me tirer dessus ces cons là. Voilà, comme ça c’est parfait, lui debout sur le rebord de la fenêtre, moi derrière avec mon flingue bien en évidence posé sur sa tempe.

– « T’as vu tatie ? Il y a des policiers avec des boucliers et des casques, tu crois que c’est grâce à nous ?

– Oui mon chou, c’est grâce à nous, tu vois ils s’amusent bien eux aussi ! Tiens regardes, ta maman est là aussi, elle va être contente qu’on s’amuse autant… »

Pauvre petit bonhomme, et dire que c’est pour lui que je remue tout ce monde…

Téléphone qui sonne.

– « J’écoute

– Bonjour Louralie, je m’appelle Francine, je suis médecin, puis-je entrer ? Je voudrais discuter un peu avec vous… »

Ah non ! Tout mais pas ça ! Une psy machin-chose qu’ils m’envoient ! Pourquoi pas un curé tant qu’on y est ?

Je raccroche.

Merde, ils se rapprochent de la maison. J’espère qu’ils ne peuvent pas passer par le toit, il va falloir activer les choses…

– « Viens Louis, on va faire comme si tu étais blessé avec du sang partout, tu veux ?

– Oh oui on va se déguiser… »

Le tube de gouache rouge, je tartine la main gauche de Louis et j’accentue l’effet en écrasant mon rouge à lèvres dans le creux de sa paume. Pas mal !

– « Bon, maintenant tu vas hurler comme si je t’avais fait très très mal et tu vas lever un peu ta main pour qu’ils la voient, ok ?

– Ok. »

On se rapproche de la fenêtre, Louis fait pendouiller sa main rouge et hurle, hurle, j’ai les oreilles écorchées. Il joue bien le petit ! Un véritable comédien en herbe. Je les vois qui hésitent…

Re-téléphone.

– Arrêtez Louralie, ne lui faites pas de mal ! Dites ce que vous voulez bon sang !

– Ok. Je veux immédiatement un poney noir et blanc et cinquante ballons rouges… T’as compris Ducon ? Un poney et des ballons rouges ! Je te donne trente minutes, pas une de plus, sinon la prochaine fois je tire dans le crâne ! »

Je raccroche.

« Tu sais quoi Louis ? Je crois que tu vas l’avoir ton poney. Tiens, allumes la télé pour voir… »

Les infos régionales, ils vont parler de nous, c’est sûr. Vraiment, quel cinéma ! Mais moi je ferais n’importe quoi pour Louis. Je ne sais pas où on le mettra le poney, mais on trouvera bien une solution, on le mettra en pension dans un centre équestre, voilà tout. Bon, alors, quand vont-ils parler de nous à la télé ? …Sarko, toujours Sarko, mais on s’en fout ! Et le bonheur d’un gamin, ce n’est pas important ça ?….Ils m’énervent les journalistes, ils manquent vraiment d’originalité !

Vingt minutes se sont déjà écoulées, ils ne devraient plus tarder à arriver avec le poney…mais le voilà !

– » Louis, Louis, viens voir ! »

Il a l’air con Ducon avec ses ballons rouges…et l’autre avec son casque et son bouclier qui le suit avec un adorable poney noir et blanc…

– » On a gagné Louis, on a gagné !

– Je peux sortir tatie ? Je peux aller voir mon poney, dis ?

– Bien sûr mon chou, vas-y maintenant… »

J’ouvre la porte, le canon de mon arme toujours pointé sur la tête de Louis qui se met à courir….

Claquement sec. Trou noir. J’ai mal au ventre, ça dégouline de partout, j’en ai plein les mains, ça fait mal, il fait tout noir…mais…mais il n’était pas chargé mon révolver, c’était pour rire…quels cons, mais quels cons !!!….Maman ! … tu vois, ils ne comprennent jamais rien….

7 réflexions au sujet de « heaven’s door »

  1. Quelle frustration, quel manque dans sa propre enfance ont pu pousser cette femme jusqu’à la folie face à un enfant.
    J’aime cette écriture réaliste bien qu’angoissante.

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  2. Bonjour Louv’ !
    Quelle tristesse… Il faut dire qu’elle y est allée un peu fort mais l’intention était tout à fait honorable.
    On ne peut pas vraiment blâmer la police, mais tout de même…
    C’est une belle fiction !

    Bises, bonne journée 🙂

    J'aime

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