Torpeur

chaud

La ville a chaud, elle transpire. Les rues sont vides , ils sont tous partis. Ils sont partis à la mer, ils sont partis à la campagne ou à la montagne. Et moi, et moi….La ville étouffe. Figée, sa peau craquèle sous les UV indice 30. Ses terrasses s’ennuient. Et moi, et moi…

Le ventilateur est en panne, je fonds. Les plantes et moi avons très soif. L’eau tiède du robinet ne pouvant nous satisfaire, je nous offre un pot de glace à la vanille, seul rescapé dans le réfrigérateur, désert lui aussi. Aussitôt, le philodendron se redresse en soupirant d’aise. J’ignorais que les plantes aimaient la glace à la vanille.

100 m2 de vide, rien que pour moi. Un luxe inouï dans cet univers clos bétonné. Les cadavres des moustiques piégés à l’ultra-son jonchent le sol. Le chat s’est réfugié sur la pochette glacée d’un vieux disque vinyl. Mon Perfecto pendu dans l’entrée, se lamente. Il aspire à l’automne. A la télé, Miss Météo annonce d’un air béat, des températures grimpantes, encore. La télé n’en peut plus, elle en a marre des infos, marre de la météo, marre de ces corps gras dénudés étalés sur les plages. Par pitié, je l’éteins.

Dans un recoin de ma tête, je revisite la fraîcheur verte des alpages, le silence troublé par le sifflement des marmottes. Est-ce possible qu’un tel paradis puisse exister ? Est-ce possible que je l’ai touché du doigt ?

Mon bunker est un tombeau. Alors je m’habillerai en noir. Affronter le dehors, regarder le soleil en face et lui faire un pied-de-nez. Oser lui dire mon courroux, oser lui avouer que j’ai hâte qu’il s’en aille. Oui, c’est ça, provoquer l’été meurtrier.

Le dos dégoulinant, des perles de sueurs sur le nez, je me cale dans le fauteuil metteur en scène de la terrasse du Harley’s. Le givre de mon citron pressé fond et forme une flaque sur la table. Derrière mes lunettes noires, les voitures passent, indifférentes et climatisées. Quelques rares touristes déambulent lourdement, égarés dans cette fournaise inhabituelle. Je regarde leurs jambes. J’adore regarder les jambes qui passent…

C’est étrange tout à coup, ces voitures qui ne roulent plus. Figées dans leur élan, elles stagnent sur le bitume enflammé. Sur les trottoirs, des statues de sel ont pris des positions bizarres. Paralysie totale pour la photo, clang !

Une chanson de Marilyn passe en boucle à l’intérieur du bar. Tiens, pourquoi ne passent-ils plus de blues ?

« – Excusez-moi madame, j’ai terminé mon service, pouvez-vous me régler l’addition s’il-vous-plaît ? »

Combien de temps me suis-je évadée ? Une minute ? Dix secondes ?

Mon verre s’est renversé sur ma robe noire, ça colle.

Poo poo bee doo !

13 réflexions au sujet de “Torpeur”

  1. Une citronnade dans cet atmosphère surchauffé… le givre sur un verre de rosé fond tout aussi bien ! Je file me rafraichir de ton texte caniculaire à la piscine… Ici à Nice, nous frôlerons les 38° au soleil aujourd’hui. Bonne journée Louv’

    J'aime

  2. Un peu plus de fraicheur ici ce matin car quelques nuages traversent le ciel et la chaleur. Je crains le grand été de plus en plus, mon élément en ce moment: l’ eau, des bises Louv’

    J'aime

    1. Pour les gens du Nord, c’est différent. La chaleur nous manque tellement le reste de l’année ! Alors on fait provision, on accumule, on devient déraisonnable :)….
      Bises.

      J'aime

  3. Je rejoins Carole, la chaleur me réconcilie avec mon environnement, j’aime quand les degrés me traverse, la température idéale pour moi reste 37.5, avec une brise, je te l’accorde. Ton texte m’a offert un pot avec Marilyn. Mhmm… Merci. Bises Louvochaud.
    Jonas

    J'aime

    1. Je vous rejoins tous les deux, Carole et toi. Il fait bon sombrer dans la léthargie due à la température excessive…à condition de l’accompagner d’un petit rosé bien frais 🙂
      …et une pensée pour Marilyn !
      Bises

      J'aime

  4. Tout l’été dans ton texte. Mais moi, j’aime bien cette torpeur, cette impression d’un autre monde qui me met l’esprit et le corps en « vacance ».

    J'aime

  5. Un côté film d’autrefois où la chaleur poisseuse fait dégouliner le ou les héros. (La fièvre monte à El Pao ou le Trésor de la Sierra Madre).

    J'aime

    1. Un vieux film…tu ne crois pas si bien dire. Il y a 51 ans aujourd’hui même, Marilyn tirait sa révérence. Inconsciemment j’ai du penser à elle ….:)

      J'aime

votre trace ici...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s