entre chienne et louve

Le jour hésite à se lever, il s’est figé dans le gris flou. Les chats rasent les murs et se fondent dans la non-couleur du béton humide. Les allumeurs de réverbères ont pris leur retraite et la fée électricité est allée se coucher. La ville est glauque entre chienne et louve.

Dans sa bulle, perchée sur un haut tabouret, Marcia sirote sa Tequila sunrise au bar. Ce soir, c’est ambiance tango argentin et elle aime ça.

On a poussé les tables pour laisser place à l’orchestre. Les matelots en goguette, imbibés de bière, se taisent quand la chanteuse entame sa première chanson. Il fait chaud tout à coup. Derrière son comptoir, le barman essuie les verres machinalement ; son regard fixé sur la scène. Il transpire des gouttes de passion.

Marcia commence à onduler du bassin. La musique la prend aux tripes. Son verre est vide et elle a soif. « Sers-m’en un autre » commande-t-elle. Puis elle glisse le long du tabouret, ôte ses chaussures et se dirige vers la piste.

Au son du tango un soleil lui brûle la peau. Alors elle se met à danser sous les spots, seule parmi les ombres avachies qui la regardent. Pieds nus sur le plancher ciré, son corps vibre et se tord. Les yeux clos, elle imagine une longue silhouette noire qui lui enlacerait la taille et la ferait plier comme un roseau. La chaleur d’une cuisse contre la sienne, un souffle sur son visage. Elle s’éclate, elle est loin, très loin…

4 minutes 29 de transes, puis le bandonéon accélère le tempo,  la chanteuse exalte sur une dernière note plus aigüe et s’arrête net…Aller-retour express.

Les lumières se rallument sur la salle du cabaret. Marcia regagne son tabouret. De fines gouttelettes de sueur froide lui parcourent le dos. Ses chaussures lui paraissent trop étroites tout à coup.

Dehors, le jour n’a toujours pas choisi entre chienne et louve. Il s’est figé dans le gris flou.

 

12 réflexions au sujet de « entre chienne et louve »

  1. Belle ambiance de tango-blues où se mêlent le fantôme de Fred et les douleurs de Marcia Baîla. Cette Catherine-là nous mènera encore, et encore. Et toi, Louv’, tu le sais. Merci pour ce moment.
    Jonas

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    1. Fred et Marcia sont réunis désormais. Reste Catherine, qui nous restitue leur souvenir et leur talent. Tu l’auras compris, je l’admire beaucoup.

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  2. Je n’accroche pas trop, il faut dire que je n’aime pas trop le tango mais on oublie trop souvent que Catherine Ringer a une vraie belle voix, ce qui est devenu trop rare dans la chanson française d’aujourd’hui… Et la disparition de Chichin m’avait beaucoup ému. Bisous, passe une belle journée

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  3. Belle évolution de carrière pour Catherine Ringer. J’ai pensé à toi spécialement hier quand j’ai visité un zoo pas très loin de chez moi où trois loups faméliques faisaient pitié dans leur cage. Tu n’aurais pas aimé cette image. Bonne journée Bises Dan

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    1. Oui, après la disparition de Fred Chichin, j’avais peur qu’on n’entende plus parler d’elle. Mais une voix et une personnalité comme celle-là ne peuvent qu’exister !
      Bonne journée, Dan.
      PS : pour les loups, je t’envoie un MP

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  4. C’est la musique qui t’a inspiré ce beau texte de poésie urbaine? une fois que l’on a écouté la vidéo et t’avoir lue, on ne peut plus les détacher l’un de l’autre… superbe Louv’!

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    1. Oui j’adore Catherine Ringer et sa version de « libertango » m’a inspiré cette petite parenthèse. Ravie que ça te plaise, merci Alma.

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