la colline en utopie

Un jour il fallut me rendre à l’évidence, les gens d’ici étaient devenus raisonnables et ennuyeux. Tellement ennuyeux que l’ennui me gagna.

J’avais cherché en vain des pépites dans leurs yeux, des sourires illuminés, des gestes grands et généreux. Je n’avais trouvé que visages fermés, rêves étriqués, regards vides, gestes robotisés. Rien qui me ressemblât. La tortue qui porte le monde sur son dos ne passait plus depuis fort longtemps. Le phare baobab s’était mis en grève et la dernière fleur sur le bitume avait fané de morosité.

Opalie avait bien changé depuis que la folie s’en était éloignée et elle me désespéra.

C’est alors que j’eus l’idée de rejoindre le fou sur la colline. De bon matin, je me mis en route, le coeur léger et plein d’espérance. Sûr que nous allions nous entendre lui et moi. Personne ne lui parle et il ne parle à personne, m’a-t-on dit. Sa différence conviendra donc à ma différence. Et nous regarderons ceux d’en-bas d’un air ironique, et nous planterons nos yeux dans les étoiles, et nous ferons le tour du monde allongés sur l’herbe…et nous…

La pente est rude et escarpée. Les pierres qui roulent sous mes pas se gaussent de me voir si allègre. Un bout d’arc-en-ciel flotte encore à l’horizon mais se meurt doucement. Déjà je n’entends plus les bruits de l’humanité ; seul me parvient le son d’une cloche dans le lointain. La fraîcheur du vent de hauteur me surprend un peu et je resserre mon écharpe. Il me semble apercevoir un édifice au sommet.

A bout de souffle, je lâche mon bâton et j’appuie mon dos sur celui d’un olivier, face à la vieille chapelle abandonnée qui surplombe la colline. En bas, s’étalent les verts et les ocres, paisibles. De minuscules toits de tuiles roses forment des tâches impressionnistes, sur lesquelles rampent les ombres des nuages. Je suis seule ici. Aucune trace de folie.

En avançant un peu vers le vide, se dévoile un banc de pierre, isolé. Quelqu’un y a laissé des morceaux de pain, sans doute pour les oiseaux. Et un livre sans auteur et sans titre. Sur la première page sont écrits ces mots à l’encre bleue : « J’étais bien sur ma colline, mais j’étais fou. Quand vous lirez ces quelques lignes, je serai redescendu parmi les zombies, les raisonnables et les ennuyeux. Bon voyage en Utopie ! ».

 

22 réflexions au sujet de « la colline en utopie »

  1. J’en connais un rayon en collines. C’est un peu près tout ce que je sais d’ailleurs. Mais cette colline en Utopie n’est peut-être pas si éloignée de cette falaise en Opalie. Dommage que toutes les plaines font si bien leur travail de plaines. Bises, Louv’.
    Jonas

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    1. Montagnes, collines, falaises, les sommets m’ont toujours attirée. Dommage qu’il faille redescendre à chaque fois 🙂 Bises Jonas.

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  2. Chère ambassadrice, merci de garder le contact avec l’Utopie avec laquelle nous renouerons bientôt, je l’espère. Bises Dan

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