boys don’t cry

J’ai hâte que les grandes vacances se terminent. Bientôt la rentrée en CM2,  je ne pense qu’à ça. Il y a une chance sur deux pour que je me trouve à nouveau dans la classe de Jean-Marie. Chaque soir je prie pour que ce soit le cas.  Une prière toute simple, toujours la même : « Mon Dieu, faites que je le retrouve à la rentrée, et s’il-vous-plait, faites qu’il soit mon ami ».

Parce-que je crois en Dieu et aux miracles. Ne m’a-t-il pas exaucé plusieurs fois déjà ? Comme lorsque maman oublie de me taper dessus…

Les garçons ne pleurent pas.

L’année dernière, Jean-Marie ne m’a pas remarqué. Il n’a pas senti mon regard appuyé sur sa nuque, mon souffle dans ses cheveux.

Pourquoi ne suis-je pas son ami, au moins ? Qu’a-t-il de plus que moi, ce garçon dégingandé qui lui colle aux baskets ?

C’est vrai qu’ils sont beaux tous les deux, ils vont bien ensemble. Ils discutent, ils rient. Moi je n’ose pas. On dit que je suis timide, c’est faux, lui seul me paralyse.

Comment lui faire comprendre ?

A la fin de la récré, avant que les autres arrivent, souvent je me glisse dans le couloir où sont accrochés nos manteaux. Discrètement, du bout des doigts j’effleure l’étiquette marquée à son nom : J-Marie L.

J’en ignore la raison mais cela me fait chaud au ventre et c’est bon. Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est déposer un baiser sur son écharpe et y respirer son odeur.

L’odeur de Jean-Marie, acidulée et légèrement poivrée….

Parfois la nuit, quand je ne peux dormir à force d’imaginer sa peau, je lui avoue mon amour en lui récitant des poèmes de Rimbaud. Ma chienne écoute en me léchant la main. Elle devine mes larmes refoulées.

Les garçons ne pleurent pas.

Personne ne connait mon secret, j’aurais honte si quelqu’un savait. Que penseraient-ils de moi ?

Parfois je rêve que quelqu’un m’entende et ne se moque pas….

13 réflexions au sujet de “boys don’t cry”

    1. Bien sûr les garçons pleurent aussi. Mais il y a seulement quelques décennies, on leur affirmait le contraire ! Bonne semaine JP, bises.

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  1. Pauvre petit gars, il a honte? Moi j’ai honte qu’encore de nos jours un enfant se sente mal parce qu’il est amoureux d’un autre!
    Très joli texte, Louv’, plein de sensibilité et de pudeur.

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    1. En fait, l’histoire se passe dans les années 60. Mais je ne pense pas que les choses aient changé. Les amitiés ou amours particulières sont toujours dérangeantes, surtout pour les parents. C’est si beau pourtant ce sentiment tout neuf !
      Merci Alma pour ton appréciation.

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  2. Combien d’enfants, filles ou garçons, sont ainsi tourmentés par le premier amour ? Un sujet délicat traité avec beaucoup de sensibilité, Louve.

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