dis au fennec

Mon cher Tonio,

Cette lettre, je n’aurais jamais voulu te l’envoyer.  Tu sais combien je tenais à venir te voir ; il y a bien longtemps que je t’en ai fait la promesse. Les mois ont passé et pas un seul jour je n’ai cessé de penser à toi et au fennec.

Aujourd’hui c’est trop tard et je n’irai pas à Cap Juby, c’est un fait.

De toutes mes forces j’avais rêvé rejoindre ta haute silhouette au bout de la piste d’aviation. Entendre ton rire moqueur à la vue de mon accoutrement de baroudeuse. Marcher avec toi jusqu’à l’océan, t’écouter me parler de ce temps jadis, quand tu côtoyais les étoiles. Puis gravir la dune et savourer le silence en égrenant le sable dans nos doigts.

Mais le sable est rougi du sang des insoumis et le silence se trouble de leurs cris. L’ombre de la bête s’étend chaque jour un peu plus sur les déserts qui tremblent.

Ils sont devenus fous, tu sais.  On dit même que des enfants de France le sont devenus aussi. Ceux-là ont tout oublié du petit prince. Alors j’ai honte. J’ai honte et j’ai peur, Tonio. 

Ne m’en veux pas, je t’en prie, mais je ne viendrai pas à Cap Juby.

Prends bien soin du fennec et dis-lui que je regrette de ne pas l’avoir rencontré.

fennec 2

18 réflexions au sujet de “dis au fennec”

  1. Le petit Prince est un texte subversif. Il inverse l’ordre tel que le pense ce monde de fous. La résistance par les mots, la poésie, pourrait-elle être plus forte que les armes et la politique ?

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    1. J’ai très envie de te répondre « s’il n’en reste qu’une je serai celle-là », mais ce serait très prétentieux de ma part. Pourtant, j’envisage cela comme la seule solution possible…

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  2. Mais le monde a toujours été fou. Il l’était en tout cas quand Tonio faisait parler son Petit Prince. C’est d’ailleurs pour cela que nous aurons toujours besoin du Petit Prince, du fennec, et de Tonio.

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    1. Se raccrocher au rêve, à l’imaginaire, permet de tenir bon. C’est sans doute ce que pensait Tonio, isolé dans son cockpit ou en plein désert…

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  3. Bien vu la poésie du désert, celle de l’Islam, le vrai, qui crie la détresse de l’horreur… Tu m’as rappelé un poète du désert que nous connaissions tous deux, le paisible Montassar. 🙂 Bises.

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    1. Le pire est la méfiance qu’engendre toute cette barbarie. Même le Montassar que nous connaissons, pouvons-nous désormais lui faire confiance ? Je me pose la question sérieusement. Bises.

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