araignée d’avril

toile d'araignée

Dans le cabanon du jardin, règne un chaos de tubes métalliques enchevêtrés, de pots en terre sans floraison, d’outils rouillés, de sacs éventrés. Délaissé par un été mouillé, abandonné par un hiver désert, le cabanon s’est fait cocon de soie.

Personne ne l’a ouvert depuis le dernier Avril. La porte grince et gémit comme si je la violais.

La lumière crue y pénètre soudain, dévoilant des dentelles habilement tissées d’un point A à un point B.

D’instinct je recule, n’osant franchir cette barrière ouatée qui frémit.

Il me faut pourtant atteindre le barbecue, entreposé hâtivement derrière la tondeuse. Un reste de charbon de bois à demi consumé y stagne dans le fond. Souvenir envolé en fumée…

Prudemment je pose un pied sur le plancher délavé, écartant d’un geste dégoûté un fil poisseux, tendu entre une poutre et le manche d’un râteau.

Encore quatre-vingt centimètres à parcourir jusqu’à cette ferraille sur trois pattes….à pas de loup, sans bruit…

Et naturellement, la prudence n’étant pas mère de sûreté, ce qui devait arriver, arriva ! Une planche en équilibre depuis une éternité, s’écroula soudain en un fracas épouvantable, faisant jaillir la poussière accumulée d’une année entière.

C’est alors que je la vis ! Surprise, apeurée, plus noire et plus velue que tous les démons de l’enfer, je n’en avais jamais vue de si impressionnante !

Elle se mit à courir le long d’une traverse et je demeurai paralysée d’effroi. Mais curieusement, je parvins à la regarder poursuivre sa course. Ses pattes démesurées avaient peine à porter son gros corps d’arachnide bien nourrie mais elle y mettait tellement de cœur et de souplesse, qu’on eût dit une danseuse sur un fil…

Elle finit par se loger à l’intérieur du barbecue et je n’eus pas le courage de la déranger de nouveau…Je lui rendis son obscurité et son silence et refermai la porte.

En y repensant je souris. Une simple araignée d’Avril m’avait émue au point de lui confier la garde de mes vestiges…

20 réflexions au sujet de « araignée d’avril »

  1. Bonjour Martine, je découvre par hasard ton blog, un univers fascinant, une écriture très agréable, pétillante, parfumée de simplicité, qui arrive droit à l’esprit… ça sent bon!… Je reviendrai surement…. A très bientôt, Francesco.

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  2. Admirative et sous le charme de la grâce et de la magie de ton écriture, capable de métamorphoser cette grosse araignée empêcheuse de barbecueter en danseuse et gardienne sur le fil…

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    1. Merci Cardamone ; en fait j’essaie souvent d’exorciser l’horreur en pseudo-poésie…Parfois j’y arrive, parfois non. Par exemple, dans mon billet intitulé « dédicace », je crache ce que je ressens profondément. 😉
      Heureuse de te voir à nouveau !

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  3. Je n’aime pas trop ces animaux-là. Quoique… Je croise parfois la soie d’un bas sous ma main et j’imagine le travail inouï qu’il faut à ta locataire pour me procurer ce plaisir. Et ne viens pas me parler d’un ver qui ferait tout le boulot. Le verre c’est toujours avant la soie. Tu as bien refermé la porte du cabanon au moins ? Bises soyeuses. Jonas

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    1. J’ai bien refermé la porte. Je laisse ma locataire travailler à son aise…
      Petit détail en passant : le verre c’est bien aussi après la soie 😉

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  4. Signe qu’il est trop tôt pour sortir le barbecue !
    Repoussantes, mais non dénuées d’intérêt, ces araignées d’une façon ou d’une autre nous surprendront toujours. J’ai un ami qui peint sur toiles d’araignées, un support original pour oeuvres de patience.

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    1. Pour moi elles sont une véritable phobie. Cependant je dois admettre que j’admire la délicatesse de leur travail. Quant à ton ami qui peint…sur toile, bravo pour l’originalité et la patience, mais j’en frissonne rien que d’y penser…

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  5. Effrayante, et pourtant si fragile en fait. Elle veillera sur tes trésors.
    Quant aux lombrics, je les trouve vraiment fascinant : aussi simples et voraces que la vie elle-même.

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  6. Comme dit le dicton: Araignée d’avril, chipo hors du gril!
    Vouai, j’ai fait ce que j’ai pu:))
    Ton texte est très sympa et poétique aussi. Cette barrière ouatée qui frémit …brrrr!

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    1. Ne disposant pas d’une kalachnikov, il fallait bien que je m’en sorte d’une manière ou d’une autre ! Et le jour où je rencontrerai un joli lombric j’en ferai un poème rien que pour toi, si tu vois ce que je veux dire ….grrrr

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