coquillage et pomme d’api

coquillage

Pas complètement déserte mais presque, la plage soupirait d’aise dans la douceur de Septembre. Je m’étais adossée au mur de pierres de la jetée, les pensées vagues. Pour une heure ou deux, oublier les aiguilles plantées sur l’été qui s’achève. Pour une heure ou deux, la mer et moi.

Les goélands sont un peu maigres cette année. Défiant l’interdiction municipale, j’avais apporté du pain ; aussitôt je fus entourée d’une folle voltige argentée. Les cris stridents  les chamailleries de mes chers volatiles, me firent éclater de rire.

Toute à mon insouciance retrouvée, je ne remarquai pas immédiatement sa minuscule silhouette se détachant à contre-jour sur l’horizon . Mais oui, c’était bien elle, la fillette à la frange blonde et aux pieds nus. J’aurais du m’en douter, puisqu’elle est toujours là quand il faut.

Accroupie, elle dessinait des arabesques sur le sable mouillé et formait des étoiles avec des coques et des moules. Comme d’habitude, elle semblait esseulée et je m’interrogeai : elle n’a donc pas école, comme les autres ?

Sans me donner le temps de lui poser la question, elle releva le nez, sourit et me lança : « je t’ai gardé le plus beau de mes coquillages ».

Des plis de sa jupette, elle sortit son trésor, un magnifique spécimen blond aux délicats reflets de nacre et le brandit triomphalement. Je n’avais vu ce genre de coquillage qu’en photo, jamais sur les rivages de la mer du nord. Il me parut très exotique, sans doute échoué là par hasard, porté par des courants obscurs. Peut-être l’avait-on déraciné volontairement, peut-être…

La petite aux pieds nus s’était approchée très près. Elle souleva mes cheveux et colla le joli coquillage à mon oreille : « écoute ! »

Je ne pouvais la décevoir, il eût été cruel de lui dévoiler une explication scientifique qui détruirait la légende. Je fis donc  semblant d’écouter attentivement.

Dans le coquillage je n’entendais que la résonance de ma propre existence. Ce qui était plutôt rassurant.

Je fis mine d’approuver et lui rendre son coquillage, mais elle insista : »écoute encore ! »…J’obtempérai, et peu à peu, d’autres sons me parvinrent, d’abord étouffés, puis très clairs : quelques accords de guitare, des rires d’enfants, un été d’opaline, une pluie qui fait des claquettes, un hurlement de loup, le clic-clang d’un Zippo, un bruissement d’ailes, le vent du désert…

« J’y ai gravé tout ce que tu aimes » m’annonça-t-elle, joyeuse.

Emerveillée, je la remerciai chaudement. N’ayant qu’une pomme rouge dans mon sac, je lui offris. C’était bien peu mais elle sembla ravie et se mit à chantonner : »pomme de reinette et pomme d’api »…

Pour une heure ou deux, la mer et moi…

14 réflexions au sujet de « coquillage et pomme d’api »

  1. Charmantes les filles entre elles… Pour peut on se laisserait séduire. Attention tout de même à certains coquillages, il paraît qu’ils sont habités par des baleines. Joli conte marin Louv’, Merci. Jonas

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    1. Je suis tellement habituée à elle, que cette réflexion ne m’était pas venue. Mais tu as parfaitement raison. D’ailleurs on peut se demander si « mer » et « mère » n’ont pas inconsciemment la même signification.

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