un papillon sur le nez

papillon

Les martinets volent haut ce soir. Sur la lande, une famille de lapins s’ébroue. A la lueur complice du soleil déclinant, le lilas et le cerisier ont restreint leur espace de timidité ; ils se content leur amour végétal.

A cette heure-ci, les chats de Rome se prélassent sur la pierre chaude de la tombe de Keats et Shelley. A cette heure-ci, quelqu’un guette le rayon vert, quelque part devant la mer.

A cette heure-ci, les charognards tournent au-dessus des corps de femmes mutilés, exposés nus. Les déserts de cailloux rougis de chairs déchiquetées, hurlent. Satisfaite et repue, la vermine s’est retirée.

A vivre avec un papillon posé sur le nez, le monde est flou. A fuir dans les rêves, les déserts ne sont qu’océans de dunes blondes que caresse le vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 réflexions au sujet de « un papillon sur le nez »

  1. Un papillon comme figure de proue qui nous ferait loucher vers des astres plus chaud et moins lointains. Fuir dans nos rêves n’est pas une fuite c’est une reconstruction. Ta poésie opale me va comme un gant. Bises.

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  2. Une belle méditation pessimiste. Vivre avec un papillon sur le nez, ce n’est pas si facile, le papillon s’enfuit si vite pour gagner le désert – ou participer aux festins des charognards.

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  3. J’ai planté un buddléia pour que les papillons ne manquent pas de venir dans mon jardin.
    La vie a ses horreurs auxquelles bien souvent nous ne pouvons accorder que des pensées de retour à l’amour et à la paix. La vie personnelle et familiale a ses ennuis et là aussi nous essayons de laisser parler l’amour et la confiance – même lorsque l’on voudrait hurler. Mais… pouvoir admirer encore les papillons est un bonheur qui préserve certains instants de présence totale entre la nature et nous ; c’est vital !

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  4. J’ai lu plusieurs fois ton texte poétique, Martine. Chaque lecture résonne différemment. Toutes les émotions sont au rendez vous de cette vision fantastico-surréaliste à la Dali.
    Sublime et troublant.

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  5. Ce n’est pas une fuite mais un refuge nécessaire… Pour que les ailes du papillon ne sera pas coupées. Chacun ses armes: dire et faire prendre conscience, c’est déjà beaucoup. On n’évite ni la cruauté du monde ni on ne peut la vaincre, c’est illusoire… La tenir à distance, c’est plutôt sage, non?

    Je rebloguerai volontiers si possible.

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  6. Bon jour,
    Quatre paragraphes comme les quatre saisons. Texte étrange où de la beauté en paravent cache l’horreur. Comme un beau flacon dont le contenu est un poison.
    Max-Louis

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    1. J’aime bien l’image du papillon envahisseur qui rend ma vision du monde floue…quitte à m’occasionner un strabisme convergent 😉
      Cela dit, merci Anne.

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  7. Une douceur qui vire à l’aigre à l’image du monde. Comme on voudrait pouvoir savourer des moments de quiétudes l’esprit libre de toutes violence.
    J’aime les arbres et leur amour végétal.
    Merci Louve de cette réflexion.

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    1. De nos jours, il est tellement difficile de se préserver des moments de quiétude totale, que ces moments deviennent précieux, nécessaires. Merci Mony.

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  8. Coucou Martine , je ne m’attendais pas à ton troisième paragraphe … un texte fort , poétique, doux et brutal comme notre monde flou et quand les papillons en auront disparu que deviendra t-il ? un monde encore plu fou ? beaucoup d’espèces de papillons ont disparu ( entre autres ) , il y en a de moins en moins dans ma montagne …et ailleurs aussi …
    Bon dimanche , bises pas floues !!!

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    1. La première fois que j’ai chaussé des lunettes pour corriger ma myopie, je me suis rendue compte de la laideur environnante. Aujourd’hui c’est un peu la même chose, et la réalité me terrifie. J’ai quand même aperçu quelques papillons dans mon jardin, c’est cool 🙂
      Bises Juliette !

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  9. Ton texte est très fort, la vision des corps choque soudain dans le récit, mais il en faut bien, des rêveurs, des poètes et des papillons pour ne pas donner raison aux barbares…

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    1. La poésie et la rêverie contre le barbarisme, c’est quand même un drôle de combat ! Perdu d’avance affirmeront certains. Mais je ne sais pas me battre autrement et parfois cela me désole.
      Bises Alma.

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  10. Superbe et léger, un magnifique papillon est devenu le symbole de la théorie du chaos. Sorte de fragilité globale où la beauté du monde côtois les horreurs de la cruauté humaine. Je partage aussi cette vision poétique d’une légèreté troublante qui porte en elle la brutalité du monde. Bises Dan

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    1. Tu résumes parfaitement ce que je ressens. Cette dualité, légèreté et brutalité, me perturbe. Il m’arrive de fuir l’une et l’autre. Et alors je me perds.
      Merci Dan.

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    1. Merci Gilles. J’aurais aimé être l’auteur de cette photo mais je n’ai fait que l’emprunter au web !Quand au « poids du papillon », je vais me précipiter 🙂 merci.

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