les sables de l’infini

(ré-édition)

Au pays des loups, Marilou avait une amie.

Cette amie s’appelait Consuelo.

Du monde au-delà, elle s’échappait parfois

pour lui conter

son amour pour Tonio.

Voici le récit de l’une de ses visites.

tentes-touareg

Ce matin là je descendais dans le jardin comme tous les matins, pour remplir d’eau la coupelle de grès mise à disposition des oiseaux de passage. Nous étions en Juin et l’été s’annonçait chaud. C’est alors que je l’aperçus. Elle était assise sur le banc de pierre et semblait m’attendre. Sa tenue me surprit ; pas de robe sombre, pas de gants ni de sac Chanel, mais simplement une djellabah de coton blanc et les pieds nus, d’une élégance sobre et désarmante. Un léger parfum de fleur d’oranger flottait dans l’air. Elle me vit :

Il y avait longtemps que je n’avais porté cette tenue, depuis notre séjour au Maroc avec Tonio. Il a toujours été fasciné par le désert et les gens de là-bas. Avant de m’y emmener, il me parlait très souvent de ses rencontres avec les Touaregs, de leur beauté physique et surtout de leur beauté intérieure. Il aimait me parler Arabe et bien sûr, comme je ne comprenais pas un mot, ça le faisait beaucoup rire…Tonio rit tout le temps…

Consuelo était moins pâle que d’ordinaire, comme si parler du désert marocain la pénétrait de reflets ocres. Je m’étais assise à ses pieds, dans l’herbe encore fraîche et l’écoutai.

La première fois que Tonio m’emmena à Casablanca, il avait loué une grande demeure toute blanche, éblouissante au soleil. Il n’y avait pratiquement pas de meubles mais des tapis berbères et un nombre impressionnant de coussins de sol. Dans la cour intérieure, les murs étaient couverts de rosiers et une fontaine centrale de mosaïque turquoise attirait des colibris de toutes les couleurs. C’était mon endroit préféré. Lorsque Tonio partait pour un long courrier, c’est là que je l’attendais chaque jour et que je confiais mon inquiétude aux oiseaux…

Je m’imaginais très bien la maison blanche aux mosaïques turquoise. Mon amour du Maroc et mon admiration pour Consuelo me clouaient sur place ; je n’osai interrompre son monologue.

Tonio avait embauché un couple de Marocains pour faire la cuisine et le ménage. Manger à terre sur les coussins m’amusait beaucoup mais je n’ai jamais osé avouer à Tonio que prendre la nourriture avec les doigts me dégoûtait un peu. Lui, parfaitement à l’aise partout, s’y était vite adapté lors de ses séjours sous les tentes sahariennes avec les Touaregs…Il me disait « ma petite femme, vous êtes parfaite, vous n’êtes pas comme ces françaises ridicules qui demandent une fourchette pour manger la semoule.. » Je ne pouvais le décevoir après un tel compliment. La vie était simple et merveilleuse à Casablanca. Pourtant j’attendais avec impatience que Tonio me fasse découvrir son désert saharien…

Elle se recroquevilla soudain sur le banc de pierre, remontant les genoux jusqu’au menton, les bras autour de ses jambes, les yeux au ciel…contemplative de ses souvenirs.

Un jour il m’annonça enfin que nous partions vers le désert. Il était tout excité et moi j’étais ivre de bonheur. Comme d’habitude, il fallut faire vite, très vite. Tonio est comme un enfant, quand il veut quelque chose c’est tout de suite ! J’emballai quelques cotonnades légères et m’apprêtai à emporter du savon mais Tonio m’arrêta : « nous n’avons pas besoin de savon, vous verrez, dans le désert on ne transpire pas et le sable nettoie très bien… ». Les expériences insolites m’étant devenues familières, je lui fis confiance. Nous partîmes à l’aube pour Zagora où nous attendaient quatre dromadaires et leur maître. La longue marche commença au rythme cadencé des bêtes ; au fur et à mesure que nous avancions vers le grand Sud, je me sentais complètement transformée…

Je voyageais au rythme de Consuelo et me délectais de ses paroles. Le banc de pierre, le jardin, n’existaient plus ; j’étais « elle » et je sentais presque le vent chaud me brûler la peau. Elle continua avec son délicieux petit accent argentin :

Savez-vous que dans le désert on se tait ? Tonio est un très grand bavard et nous discutons toujours de tout et n’importe quoi. Cependant, le silence du désert seulement troublé par le pas des dromadaires et le murmure du vent nous rendirent muets…Nous arrivâmes à Mahmid quand le soleil descendait sur les dunes. Notre guide nous arrêta et nous montra au loin un rassemblement de tentes noires. Nous reprîmes le pas. Les bêtes accélèrent le mouvement, pressées soudain de rejoindre le campement. Des hommes enturbannés de toile bleue vinrent à notre rencontre et nous saluèrent, la main sur le coeur. Les dromadaires s’agenouillèrent et nous mîmes pied à terre. Des enfants accoururent vers nous. Un petit garçon m’offrit quelques dattes. Tonio était heureux alors j »étais heureuse aussi. Bientôt les étoiles s’allumèrent dans le ciel devenu bleu marine et je songeai au Petit Prince que Tonio n’avait toujours pas terminé d’écrire….Mais je parle beaucoup aujourd’hui ; il me faut repartir ; attendez-moi je vous en prie,  je reviendrai !

Comme un mirage inaccessible, la rose du Petit Prince s’évanouit, me laissant là, avec mes rêves de dunes à perte de vue…

MD – juin 2011

Ecoutez le désert….

les écureuils de Central Park

ecureuilsurbranche

Le 8 décembre 1980, un fou nommé Mark David Chapman, abattait de sang-froid un homme qui prêchait « peace and love » : John Lennon. Lorsque j’entendis la nouvelle à la radio, j’ai su qu’un monde s’effondrait, celui des illusions de ma jeunesse. Mais rien ne meurt jamais tout à fait…

&&&

Lorsque l’avion se posa sur le tarmac de JFK airport, je fus immédiatement submergée de démesure. Toutes ces images vues dans les films me revinrent en bloc, et à l’instant, j’étais actrice d’une série américaine.

Une longue file de taxis jaune attendait devant le terminal et j’imaginais déjà le conducteur noir, brandissant un couteau : « where are you going ? » Et moi qui lui répondrais en tremblant « Harlem » …le chauffeur d’un air rigolard répliquerait « that’s your right, girl »…en découvrant un sourire de piano et en piquant sa pomme sur son couteau. Décidément, je vais trop au cinéma !

Je me contentai de lui indiquer : « St James Hotel, 45th street, Manhattan. »

Non, je ne venais pas précisément faire du tourisme. Non, je n’irai pas me recueillir sur les ruines des Twin Towers. C’était un autre tombeau, plus modeste en dimensions que je venais voir, celui de John Lennon. Il s’agissait d’une promesse faite à moi-même.

Les longues heures en avion m’avait épuisée mais il n’était pas question de dormir. A New-York il n’était que 14h. Arrivée à l’hôtel, je pris un bain de bulles roses et je zappai sur les innombrables chaînes de télévision, juste pour m’imprégner de l’accent new-yorkais. Puis je me vêtis de noir, chaussai des sandales rouges et descendis au bar où je commandai un gigantesque cocktail de fruits frais pressés. On me servit sur un plateau blanc marqué des lettres N.Y. couleur or. Dehors les sirènes de voitures de police hurlaient.

Venue à bout de mon breuvage hyper-vitaminé, je sortis flâner un peu et me retrouvai propulsée dans Time Square. Le soir tombait à présent et les néons flashaient de partout. Une foule cosmopolite se pressait sur les trottoirs. Coup de coeur pour un tee-shirt XXL marqué New York. Ca ferait une tenue sympa pour dormir…

Une petite faim se fit sentir et j’entrai dans un café en forme d’autobus. Je pris place sur une banquette de skaï vert. Sur les murs, des posters d’ice creams dégoulinantes de couleurs synthétiques. Une serveuse obèse s’approcha ; je lui commandai un Sundae fraise qui m’arriva sous le nez, surmonté d’une montagne de crème fouettée. Ce n’était donc pas une illusion, je me trouvais bien au sein de la « grosse pomme ».

J’étais seule dans mon « wagonnet » de skaï vert ; dans les autres compartiments, des couples parlaient fort et riaient. Une fille se mit à crier sur son compagnon et je repensai à « pulp fiction ». Je m’attendais presque à voir cette fille brandir un revolver et dans ma tête, la musique du générique trotta…

Le lendemain matin, chaussée de baskets sur coussins d’air, je me dirigeai d’un bon pas vers Central Park West, là où est situé le mémorial « Strawberry Fields » en honneur à John.

J’en avais vu les photos et reportages de nombreuses fois, mais je ne m »attendais pas à un tel monde autour du mémorial. Sur les bancs tout autour, des gens de tous pays se côtoyaient et discutaient en Anglais, en Chinois, en Russe… John aurait aimé ça, c’est sûr.

Je m’avançai vers le cercle de pierre couvert de fleurs, de photos, de nounours. Au centre on lisait « IMAGINE« .

Alors, tout bas, je murmurai : « Salut John, tu vois, j’ai tenu ma promesse, je suis là. Personne ne t’a oublié ; on t’aime toujours. Et pourtant si tu savais comme les peuples sont devenus fous. Ils continuent à se détruire, ils continuent à distiller la haine et le racisme. Rien n’a changé, c’est pire. Toi qui prêchais la paix et l’amour, tu dois être triste là-haut. Ils n’ont rien compris tu sais… »

Je restai plusieurs minutes, là, devant lui, parmi la foule qui photographiait…

Après avoir déposé un baiser sur la pierre, je fis demi-tour et m’en allai au travers des allées de Central Park.

En ce dimanche de printemps, la nature avait repris ses droits à New-York. Les arbres centenaires, imposants, s’élargissaient au sommet en une voûte vert tendre, peuplée de chants d’oiseaux. Les gratte-ciels, le bruit et les flots de voitures n’existaient plus…

Il faisait presque chaud et je décidai de me rafraîchir les pieds dans l’herbe. A ce moment de délectation, deux petits boules de poils roux et gris déboulèrent d’une branche. Les écureuils…

Pas farouches, ils semblaient en quête d’une miette tombée d’une poche. Il était interdit de les nourrir, mais beaucoup le faisaient. J’étais désolée d’avoir terminé mon sachet de cacahuètes…

Toute à ma tendre contemplation, je sursautai quand soudain, sous l’ombre d’un chêne, je distinguai une menue silhouette aux longs cheveux noirs. Avec souplesse, la silhouette s’agenouilla dans l’herbe et appela doucement les écureuils. A contre-jour, une seconde silhouette apparut, celle d’un homme coiffé d’un chapeau. La femme alors se releva et lui prit le bras…

Tous deux s’en allèrent, collés l’un à l’autre, me laissant rêveuse. Dans un rai de soleil embrumé, ils se dirigèrent vers Dakota building…

panne sèche (ou rencontre improbable)

tarfaya

En ces temps chaotiques, mes rêves d’horizons lointains reviennent au galop. Certains d’entre vous ont déjà lu l’histoire qui va suivre, moitié réelle, moitié inventée. Je la ré-édite aujourd’hui car cette fois j’ai envie de tous vous emmener avec moi…Vous venez ?

———————————

Au petit matin j’avais quitté Agadir dans la brume. Destination Tarfaya, 550 kms de route goudronnée, m’avait-on assurée. Le plein de carburant fait à la dernière station, deux jerricans de gaz-oil et quatre bouteilles d’eau minérale, ce fut d’un coeur léger que j’empruntai mon itinéraire côtier vers le grand Sud. Avec un peu de chance, j’aurai atteint Tarfaya en fin de journée. Machinalement je touchai la main de Fatma pendue au rétroviseur du Pagero.

Les premières heures se déroulèrent sans encombre. Malgré le nombre impressionnant de camions chargés de bidons d’essence, cahotant dangereusement à chaque nid de poule. A midi, le thermomètre marquait 38°. Je me félicitai d’avoir choisi le mois de Mai pour cette escapade marocaine, d’autant que la climatisation du 4×4 « très confortable et entièrement révisé » selon le loueur de véhicules, ne fonctionnait plus. Par les vitres ouvertes me parvenaient des relents de gaz brûlés et les accélérations bruyantes des moteurs. L’Atlantique, sur ma droite, me narguait de sa splendeur.

Ce fut vers 5h de l’après-midi que les choses commencèrent à se gâter. D’après le compteur du véhicule, je ne me trouvais plus qu’à 60 kms de Tarfaya. Les jambes engourdies et le dos en compote, je décidai de m’octroyer quelques minutes de détente. Sur le bord de la route, une baraque affichait « Bar du désert » peint en rouge au-dessus de la porte. Un baril rouillé et une chaise pliante me tendaient les bras, sous un parasol « Coca-cola« . Avec soulagement j’arrêtai le moteur et descendis pour me désaltérer. Le patron du « bar », un marocain sans âge, m’accueillit tout sourire et s’empressa de me montrer sa « cave » de boissons fraîches. Surgis de nulle part, trois gamins munis de bouteilles d’eau et de chiffons, se précipitèrent autour du 4×4 pour en nettoyer le pare-brise. L’un deux voulut me vendre un caméléon, que je refusai aimablement mais je lui offris trois dirhams en échange de trois dattes.

Assise sous mon parasol, je sirotais mon soda presque frais, quand mon regard s’arrêta sur une flaque sombre et luisante s’élargissant sur le sol, en dessous du Pagero. Le patron du bar qui regardait dans la même direction, immédiatement se glissa sous le véhicule, tâta le liquide qui s’écoulait goutte à goutte, le renifla et me cria « c’est de l’huile, il y a une fuite mais pas grave« . Voyant ma mine dépitée, il surenchérit : « à Tarfaya, demande Sadate au café français, c’est mon cousin, il va réparer, pas de problème jusque là-bas, Inch Allah ».

Je fus soudain pressée d’arriver à destination avant la nuit, avant que le cousin Sadate demeure introuvable. Un peu stressée, je repris la route, l’oeil rivé à l’aiguille du niveau d’huile. La valse des camions chargés de pétrole m’accompagna de nouveau mais je n’y prêtais plus guère attention. Le désert prenait ses couleurs d’ocre rouge sous le soleil en déclin. Quand au loin j’aperçus enfin les silhouettes des deux dromadaires statufiés marquant la porte de la province de Tarfaya.

Soudain le moteur hoqueta et une fumée s’échappa du capot. Je coupai le contact. Cette fois, pas de doute, c’était bien la panne. Devant moi s’étirait la route rectiligne que recouvraient des tourbillons de sable. La ville devait être proche mais je ne pouvais en distinguer les abords. Quelques maisons blanches, éparses, se dressaient  ça et là, incohérentes. Un grand bâtiment sur la gauche me sembla être un hangar. Aucun signe de vie, aucun bruit ne me parvenait. Scrutant l’horizon, je n’apercevais que la désolation de l’endroit. Ce n’était pas tout à fait l’idée que je me faisais de Tarfaya.

M’encourageant à haute voix, je fermai le véhicule et me dirigeai à pieds vers la première demeure visible, avec le fol espoir d’y trouver de l’aide. Curieusement, la route goudronnée avait disparu pour faire place à une piste sableuse, que j’empruntai d’un pas décidé. Je ne sais combien de temps je marchai, la bouche en feu, les pieds meurtris, sans rencontrer âme qui vive. Quand enfin j’aperçus une ombre humaine qui avançait vers moi. L’homme semblait de stature imposante et d’allure tranquille. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, je vis qu’il portait une veste de cuir. Derrière lui, un chien le suivait.

L’homme me fit un grand signe de la main, comme pour me rassurer sur ses intentions. Arrivé à quelques pas de l’endroit où je l’attendais, il dit : »Bonjour, qui que vous soyez, je suis heureux de vous rencontrer, le temps est long ici…mais d’où venez-vous ? Pardonnez mon audace, mais, vu votre accoutrement, j’imagine que vous êtes tombée d’une autre planète ! » Interloquée, je me demandai quelle était la bizarrerie de ma tenue vestimentaire pour qu’il se moque ainsi. C’est alors que je remarquai sa chemise blanche sous la veste d’aviateur, son pantalon trop large rentré à l’intérieur de ses guêtres de cuir. L’animal qui l’accompagnait et que j’avais pris pour un chien, s’avéra être un joli fennec. Devinant ma pensée, l’homme afficha un large sourire et poursuivit : « C’est un renard du désert, je l’ai apprivoisé et j’en suis donc responsable, voyez-vous. Mais dites-moi, où vous dirigez-vous exactement, puis-je vous renseigner ? » Avec un vague sentiment d’improbabilité, je lui répondis :« Je cherche un dénommé Sadate. On m’a dit que je le trouverai à Tarfaya, au café français ».

Il éclata d’un rire presque enfantin :

« C’est bien ce que je pensais, vous venez d’une autre planète ! Je ne connais ni de Sadate, ni de café français et encore moins Tarfaya.

…Ici, vous êtes à Cap Juby ! »…

les sables de l’infini – dominique massa et didier garino (le désert d’aladin) – A écouter absolument –

B612 ne répond plus

B612 ne répond plus. La connection a échoué. Les médias s’en emparent, les réseaux sociaux s’enflamment…Le Petit Prince serait-il mort ? Ou bien serait-ce une fake news ? Si seulement…

Sous le baobab, le renard essaye de me rassurer :

 » – Tu sais bien qu’il est étrange et mystérieux, il reviendra j’en suis certain. D’ailleurs, qu’adviendrait-il de la rose ? Et puis, il m’a apprivoisé donc il est responsable de moi !

Mais pourquoi ne répond-il plus ? Est-il conscient de mon inquiétude ? S’en soucie-t-il au moins ?

Il est imprévisible, taquin, et puis…

Et puis quoi ?

Eh bien…je crois qu’il est déçu.

Déçu de quoi ?

Les enfants grandissent trop vite, les adultes se comportent comme des enfants ou comme des monstres…il ne comprend plus rien !

Mais moi, renard, je ne lui ai rien fait, je l’aime énormément et j’ai besoin de lui.

Il sait bien que tu l’aimes, mais il a tant à faire …

Alors, crois-tu qu’il fait « exprès » de couper la connection ?

Bien sûr, mais il est toujours là, quelque part. Tel que je le connais, il a besoin de solitude car il doit réfléchir longuement. Il cherche une solution…

Une solution à quoi ?

Une solution pour rétablir la connection.

Pardon ?

Oui, tu dois comprendre. La terre entière est connectée, mais les gens ne se parlent plus. Ou alors ils se disent des choses très désagréables. Ou pire encore, ils se battent et s’entre-tuent. Ce n’est pas sa philosophie. Toi-même, avoue que tu ne sais plus très bien communiquer…

Que puis-je faire, renard ?

Rien. Sinon le lire, le faire lire et le lire encore… »

Le renard s’en est allé. La rose se fâne. Les étoiles ne brillent plus. Pourtant, loin, très loin d’ici, résonne une petite voix :

 » Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. Mais très peu s’en souviennent » – Antoine de Saint Exupéry –

 

la véritable histoire du père Noël

traineau-3

A ne pas raconter aux enfants….

Après sa journée de labeur, chaque soir du mois de Décembre, le vieux monsieur de Laponie se tord de rire devant sa télévision. Pour rien au monde il ne manquerait toutes ces publicités qui montrent ses sosies dans chaque pays. Des maigres, des gros, des jeunes, des vieux, des pères Noël en moto, en hélicoptère, déguisés en vert, en jaune, en bleu….Et même certains affublés d’une « mère Noël » ! Comme si sa femme accepterait de le suivre, elle qui est si casanière ! …

Non, il n’en est rien de tout cela. Voici comment l’histoire a commencé.

Il y a bien longtemps, l’arrière arrière arrière grand-père du vieux monsieur de Laponie, trouvait la nuit polaire bien longue et s’ennuyait. Il s’était alors mis en tête de fabriquer des jouets puis de les distribuer à tous les enfants de son petit village finlandais. En échange, les parents lui offriraient sans doute des victuailles, pour lui et son troupeau de rennes. Ils lui couperaient son bois, car lui se sentait fatigué pour une telle besogne.

Et c’est exactement ce qui arriva. ….Cette heureuse initiative avait un si grand succès que les années suivantes, ce brave homme dut appeler les jeunes du village pour lui donner un coup de main.

Cette fabrique artisanale avait pris une grande ampleur car elle avait fait écho dans les villages voisins et tous les enfants réclamaient leur jouet à l’approche de Noël. Bientôt, l’ancêtre dut organiser des livraisons. Alors il mit six de ses rennes à contribution et remplit son traineau avec les paquets cadeaux contenant les précieux trésors. Puis il partait la nuit du 24 Décembre, emmitouflé dans son manteau de laine rouge, sa fourrure d’ours sur les genoux.

« Ho ho ho », criait-il à l’entrée de chaque village, afin de freiner son attelage. Les enfants l’entendaient et les petits coeurs battaient d’émotion, se demandant quelle serait leur surprise. Les parents préparaient parfois du vin chaud pour le vieillard ; ils le trouvaient bien courageux de se promener la nuit par moins 30 degrés, rien que pour le plaisir des enfants…
C’est ainsi que naquit la tradition.

Vers les années cinquante, des touristes américains eurent l’idée saugrenue de partir en vacances en Laponie. Après avoir éprouvé les sensations du traineau sur les immensités neigeuses, après avoir admiré les élevages de rennes, après avoir frissonné au chant des loups, ils visitèrent l’atelier des jouets et furent émerveillés. Le guide de l’agence touristique leur expliqua l’historique. Et naturellement, dès leur retour en Amérique, l’idée d’en faire un business se répandit très vite.

Le vieux monsieur de Laponie fut très étonné de son succès grandissant. Bientôt il commença à recevoir des tonnes de courrier en provenance de la planète entière. Ne parlant que le Finnois, il ne comprenait rien à toutes ces langues étrangères et dut embaucher un traducteur. Sur chaque enveloppe était écrit « père Noël » ou bien « Christmas father » ou encore « joulupukki » et ces appellations le faisaient bien rire.

Des enfants de tous pays lui écrivaient des lettres pleines de gentillesse, qui s’avéraient être de véritables bons de commandes pour des jouets. Le vieil éleveur de rennes ne se sentait pas le cœur de les décevoir et créa une véritable usine de fabrication, au milieu des sapins. Il embaucha comme ouvriers, tous les lutins de la forêt. Et comme il se faisait très vieux et fatigué, il eut la sagesse d’enseigner le métier à son fils, qui lui-même apprit le métier à son propre fils.

Les années, les décennies passèrent… Le petit village finlandais prospérait car chacun tenait un rôle important dans la fabrique de jouets : bûcherons, ébénistes, sculpteurs, peintres, magasiniers, tous travaillaient pour la même cause. Bientôt, l’usine tourna toute l’année, faisant vivre la population à un rythme effréné.

Aujourd’hui, le vieux monsieur de Laponie est le septième de sa génération. Chaque année au mois de Décembre, les lettres lui parviennent et le traducteur lui explique les commandes. Cependant, il lui est très difficile de satisfaire les enfants de notre époque ; ceux-ci lui demandant des choses impossibles, des jouets qu’on ne peut fabriquer avec du bois !

Il est loin le temps où son ancêtre sculptait minutieusement ses pantins et ses tambours pour les enfants du village…Désormais il est contraint de passer commandes à des prestataires japonais ou chinois, afin de fabriquer les jeux sophistiqués qu’il ne connait pas, sauf en publicité à la télévision.

Lorsqu’ il regarde les émissions célébrant sa notoriété, il est un peu triste de voir toutes ces mascarades, ces montagnes de jouets qui finiront dans les poubelles. Le vieux monsieur de Laponie est dépassé par les évènements. Le progrès va trop vite pour lui ; les enfants grandissent trop vite. D’ailleurs, les enfants existent-ils encore ? Il se le demande parfois…

Un jour de grand blues, il songea à se reconvertir et à fermer l’usine de jouets ; mais les lutins se révoltèrent et menacèrent de se syndiquer. Les habitants du village manifestèrent leur désaccord en encerclant l’usine.

Même les rennes tapèrent violemment du sabot. Car il faut les voir, comme ils piaffent d’impatience tous les 24 Décembre avant de s’envoler dans la nuit étoilée, au-dessus des villes et des villages de la terre entière…

Face à une telle pression, un tel désarroi, un si beau témoignage d’amour, le père Noël se dit : « Je ne peux détruire une si belle légende »…

Enregistrer