la véritable histoire du père Noël

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A ne pas raconter aux enfants….

Après sa journée de labeur, chaque soir du mois de Décembre, le vieux monsieur de Laponie se tord de rire devant sa télévision. Pour rien au monde il ne manquerait toutes ces publicités qui montrent ses sosies dans chaque pays. Des maigres, des gros, des jeunes, des vieux, des pères Noël en moto, en hélicoptère, déguisés en vert, en jaune, en bleu….Et même certains affublés d’une « mère Noël » ! Comme si sa femme accepterait de le suivre, elle qui est si casanière ! …

Non, il n’en est rien de tout cela. Voici comment l’histoire a commencé.

Il y a bien longtemps, l’arrière arrière arrière grand-père du vieux monsieur de Laponie, trouvait la nuit polaire bien longue et s’ennuyait. Il s’était alors mis en tête de fabriquer des jouets puis de les distribuer à tous les enfants de son petit village finlandais. En échange, les parents lui offriraient sans doute des victuailles, pour lui et son troupeau de rennes. Ils lui couperaient son bois, car lui se sentait fatigué pour une telle besogne.

Et c’est exactement ce qui arriva. ….Cette heureuse initiative avait un si grand succès que les années suivantes, ce brave homme dut appeler les jeunes du village pour lui donner un coup de main.

Cette fabrique artisanale avait pris une grande ampleur car elle avait fait écho dans les villages voisins et tous les enfants réclamaient leur jouet à l’approche de Noël. Bientôt, l’ancêtre dut organiser des livraisons. Alors il mit six de ses rennes à contribution et remplit son traineau avec les paquets cadeaux contenant les précieux trésors. Puis il partait la nuit du 24 Décembre, emmitouflé dans son manteau de laine rouge, sa fourrure d’ours sur les genoux.

« Ho ho ho », criait-il à l’entrée de chaque village, afin de freiner son attelage. Les enfants l’entendaient et les petits coeurs battaient d’émotion, se demandant quelle serait leur surprise. Les parents préparaient parfois du vin chaud pour le vieillard ; ils le trouvaient bien courageux de se promener la nuit par moins 30 degrés, rien que pour le plaisir des enfants…
C’est ainsi que naquit la tradition.

Vers les années cinquante, des touristes américains eurent l’idée saugrenue de partir en vacances en Laponie. Après avoir éprouvé les sensations du traineau sur les immensités neigeuses, après avoir admiré les élevages de rennes, après avoir frissonné au chant des loups, ils visitèrent l’atelier des jouets et furent émerveillés. Le guide de l’agence touristique leur expliqua l’historique. Et naturellement, dès leur retour en Amérique, l’idée d’en faire un business se répandit très vite.

Le vieux monsieur de Laponie fut très étonné de son succès grandissant. Bientôt il commença à recevoir des tonnes de courrier en provenance de la planète entière. Ne parlant que le Finnois, il ne comprenait rien à toutes ces langues étrangères et dut embaucher un traducteur. Sur chaque enveloppe était écrit « père Noël » ou bien « Christmas father » ou encore « joulupukki » et ces appellations le faisaient bien rire.

Des enfants de tous pays lui écrivaient des lettres pleines de gentillesse, qui s’avéraient être de véritables bons de commandes pour des jouets. Le vieil éleveur de rennes ne se sentait pas le cœur de les décevoir et créa une véritable usine de fabrication, au milieu des sapins. Il embaucha comme ouvriers, tous les lutins de la forêt. Et comme il se faisait très vieux et fatigué, il eut la sagesse d’enseigner le métier à son fils, qui lui-même apprit le métier à son propre fils.

Les années, les décennies passèrent… Le petit village finlandais prospérait car chacun tenait un rôle important dans la fabrique de jouets : bûcherons, ébénistes, sculpteurs, peintres, magasiniers, tous travaillaient pour la même cause. Bientôt, l’usine tourna toute l’année, faisant vivre la population à un rythme effréné.

Aujourd’hui, le vieux monsieur de Laponie est le septième de sa génération. Chaque année au mois de Décembre, les lettres lui parviennent et le traducteur lui explique les commandes. Cependant, il lui est très difficile de satisfaire les enfants de notre époque ; ceux-ci lui demandant des choses impossibles, des jouets qu’on ne peut fabriquer avec du bois !

Il est loin le temps où son ancêtre sculptait minutieusement ses pantins et ses tambours pour les enfants du village…Désormais il est contraint de passer commandes à des prestataires japonais ou chinois, afin de fabriquer les jeux sophistiqués qu’il ne connait pas, sauf en publicité à la télévision.

Lorsqu’ il regarde les émissions célébrant sa notoriété, il est un peu triste de voir toutes ces mascarades, ces montagnes de jouets qui finiront dans les poubelles. Le vieux monsieur de Laponie est dépassé par les évènements. Le progrès va trop vite pour lui ; les enfants grandissent trop vite. D’ailleurs, les enfants existent-ils encore ? Il se le demande parfois…

Un jour de grand blues, il songea à se reconvertir et à fermer l’usine de jouets ; mais les lutins se révoltèrent et menacèrent de se syndiquer. Les habitants du village manifestèrent leur désaccord en encerclant l’usine.

Même les rennes tapèrent violemment du sabot. Car il faut les voir, comme ils piaffent d’impatience tous les 24 Décembre avant de s’envoler dans la nuit étoilée, au-dessus des villes et des villages de la terre entière…

Face à une telle pression, un tel désarroi, un si beau témoignage d’amour, le père Noël se dit : « Je ne peux détruire une si belle légende »…

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la légende de Long Ma

13507251_10206514952460800_6910242662646934230_nDepuis le 9ème étage du ciel où elle s’est retirée, la déesse Nuwa, créatrice des hommes, observe le monde et s’inquiète pour son devenir. Elle décide alors de s’unir à Fuxi, héros civilisateur, pour engendrer une créature cosmique : Long Ma, mi cheval, mi dragon. Long Ma est doté de pouvoirs surnaturels, il contrôle les éléments, ré-organise l’harmonie et dans ce but, Nuwa l’envoie sur la terre. Guidé par la grande muraille de Chine, Long Ma rejoint Pékin. Fatigué par sa longue marche, il s’endort sous la plus lourde et plus majestueuse pierre de la Cité interdite. Pendant ce temps, une guerre des dieux fait rage provoquant un chaos si grand que le ciel s’ouvre. Réveillée par le vacarme, Kumo Ni, l’araignée géante, profite de la brèche pour s’engouffrer dans le passage ainsi ouvert entre la terre et le ciel. Kumo Ni est à la fois agressive et douce, belle et repoussante. Elle incarne le Yin et le Yang, provoque le déluge, organise le dérèglement mais elle est aussi un guide. Par ses actes, elle révèle l’inconscience humaine. Kumo Ni veut défier Long Ma, lui tendre un piège. Elle provoque son réveil et l’oblige à agir. S’ensuit un interminable combat. Enfin, à l’issue d’une ultime bataille dont elle sort victorieuse, Kumo Ni est émue par la détermination et la loyauté de Long Ma. Avant de disparaître, elle décide alors de le transformer en cheval céleste ailé, lui permettant d’aller refermer le trou béant du ciel. Long Ma s’acquitte de sa mission et retrouve le temple de l’harmonie d’où s’échappe une musique si douce que le cheval dragon s’endort à nouveau. Long Ma restera en Chine pour le restant de sa vie, il en devient le gardien protecteur. (*)

La légende ne dit pas qu’au cours de son long périple, Long Ma s’est posé en terre d’Opalie. En un endroit bien étrange, là où se déroulent les rêves les plus extraordinaires. Il est endormi et silencieusement, des milliers d’enfants de tous âges, viennent contempler son sommeil.20160623_145617 (4)

Il se chuchote partout en ville que Long Ma est à la recherche de Kumo Ni. Les chuchotements réveillent le cheval-dragon, son souffle s’accèlère, ses naseaux fument. Un battement de cils, Long Ma ouvre les yeux et regarde autour de lui…Un frisson parcourt la foule mais les coeurs battent à l’unisson…20160623_150333 (6)

Guidé par une horde de liliputiens savants, encouragé par les enfants d’Opalie, Long Ma se remet en marche. Il parcourt les rues de la ville, s’étonne de ce nouvel environnement. Il s’émeut de constater l’émerveillement des regards et l’immense tendresse que tous lui témoignent.

Mais il n’a pas oublié sa mission et parfois sa fureur explose. Se cabrant de toute sa hauteur, il hurle et crache le feu. Le sol tremble, les goélands s’éloignent, Opalie est en émoi.

13537553_10206514953580828_636453665380110253_nPendant ce temps, suspendue au beffroi de la ville, Kumo Ni attend. Elle a senti la présence de Long Ma, l’ultime combat va bientôt pouvoir commencer. Mais l’araignée est joueuse et fait durer le suspense.  Après avoir descendu du beffroi, Kumo Ni entame une partie de cache-cache avec Long Ma. Elle parade en musique, se fait admirer elle aussi. Elle a tout son temps…kumo5

Ce petit jeu durera trois nuits et quatre jours. Au quatrième jour, la tension est à son comble. Les âmes-enfants d’Opalie n’en peuvent plus de tant d’émotion.

Que va-t-il se passer ? Qui des deux créatures emportera la victoire ? Le bruit a couru bien au-delà des confins de la ville et c’est par plusieurs dizaines de milliers que les spectateurs affluent.

Le soleil est capricieux, les nuages lui volent la vedette, comme s’ils étaient jaloux qu’on ne leur prête guère attention. Tous les regards sont dirigés vers le lieu du combat final où se dressent enfin, face à face, Long Ma et Kumo Ni.13501800_10210060689056924_266348243033955052_n

De battre les coeurs s’arrêtent, les souffles sont coupés….et déjà une douce mélancolie s’insinue dans les esprits. C’est la fin, le rêve est presque terminé…Le spectacle est époustouflant, l’émotion déborde…

Long Ma a fait preuve d’un tel courage que Kumo Ni abandonne le combat et lui permet de réparer le ciel. Le temple de l’harmonie apparaît, la musique s’adoucit….Après un dernier salut à la foule, Long Ma s’endort, apaisé…(**)

A regret, la foule se disperse d’un pas lent. Le regard perdu dans la poésie et le rêve. Un seul mot nous vient aux bords des lèvres : MERCI.

(*) mythologie chinoise, source http://www.france-chine50.com/fr

(**) Unique représentation en Europe, ce spectacle fut organisé dans la ville de Calais en juin 2016. Sous la direction de François Delarozière (compagnie La Machine à Nantes) « père » des créatures fabuleuses et du maître des lieux du Channel Scène Internationale de Calais, Francis Peduzzi. Avec le concours de la Ville de Calais et la région Hauts-de-France.

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l’appel (ou panne sèche)

tarfayaAu petit matin j’avais quitté Agadir dans la brume. Destination Tarfaya, 550 kms de route goudronnée, m’avait-on assurée. Le plein de carburant fait à la dernière station, deux jerricans de gaz-oil et quatre bouteilles d’eau minérale, ce fut d’un coeur léger que j’empruntai mon itinéraire côtier vers le grand Sud. Avec un peu de chance, j’aurai atteint Tarfaya en fin de journée. Machinalement je touchai la main de Fatma pendue au rétroviseur du Pagero.

Les premières heures se déroulèrent sans encombre. Malgré le nombre impressionnant de camions chargés de bidons d’essence, cahotant dangereusement à chaque nid de poule. A midi, le thermomètre marquait 38°. Je me félicitai d’avoir choisi le mois de Mai pour cette escapade marocaine, d’autant que la climatisation du 4×4 « très confortable et entièrement révisé » selon le loueur de véhicules, ne fonctionnait plus. Par les vitres ouvertes me parvenaient des relents de gaz brûlés et les accélérations bruyantes des moteurs. L’Atlantique, sur ma droite, me narguait de sa splendeur.

Ce fut vers 5h de l’après-midi que les choses commencèrent à se gâter. D’après le compteur du véhicule, je ne me trouvais plus qu’à 60 kms de Tarfaya. Les jambes engourdies et le dos en compote, je décidai de m’octroyer quelques minutes de détente. Sur le bord de la route, une baraque affichait « Bar du désert » peint en rouge au-dessus de la porte. Un baril rouillé et une chaise pliante me tendaient les bras, sous un parasol « Coca-cola« . Avec soulagement j’arrêtai le moteur et descendis pour me désaltérer. Le patron du « bar », un marocain sans âge, m’accueillit tout sourire et s’empressa de me montrer sa « cave » de boissons fraîches. Surgis de nulle part, trois gamins munis de bouteilles d’eau et de chiffons, se précipitèrent autour du 4×4 pour en nettoyer le pare-brise. L’un deux voulut me vendre un caméléon, que je refusai aimablement mais je lui offris trois dirhams en échange de trois dattes.

Assise sous mon parasol, je sirotais mon soda presque frais, quand mon regard s’arrêta sur une flaque sombre et luisante s’élargissant sur le sol, en dessous du Pagero. Le patron du bar qui regardait dans la même direction, immédiatement se glissa sous le véhicule, tâta le liquide qui s’écoulait goutte à goutte, le renifla et me cria « c’est de l’huile, il y a une fuite mais pas grave« . Voyant ma mine dépitée, il surenchérit : « à Tarfaya, demande Sadate au café français, c’est mon cousin, il va réparer, pas de problème jusque là-bas, inch Allah ».

Je fus soudain pressée d’arriver à destination avant la nuit, avant que le cousin Sadate demeure introuvable. Un peu stressée, je repris la route, l’oeil rivé à l’aiguille du niveau d’huile. La valse des camions chargés de pétrole m’accompagna de nouveau mais je n’y prêtais plus guère attention. Le désert prenait ses couleurs d’ocre rouge sous le soleil en déclin. Quand au loin j’aperçus enfin les silhouettes des deux dromadaires statufiés marquant la porte de la province de Tarfaya.

Soudain le moteur hoqueta et une fumée s’échappa du capot. Je coupai le contact. Cette fois, pas de doute, c’était bien la panne. Devant moi s’étirait la route rectiligne que recouvraient des tourbillons de sable. La ville devait être proche mais je ne pouvais en distinguer les abords. Quelques maisons blanches, éparses, se dressaient  ça et là, incohérentes. Un grand bâtiment sur la gauche me sembla être un hangar. Aucun signe de vie, aucun bruit ne me parvenait. Scrutant l’horizon, je n’apercevais que la désolation de l’endroit. Ce n’était pas tout à fait l’idée que je me faisais de Tarfaya.

M’encourageant à haute voix, je fermai le véhicule et me dirigeai à pieds vers la première demeure visible, avec le fol espoir d’y trouver de l’aide. Curieusement, la route goudronnée avait disparu pour faire place à une piste sableuse, que j’empruntai d’un pas décidé. Je ne sais combien de temps je marchai, la bouche en feu, les pieds meurtris, sans rencontrer âme qui vive. Quand enfin j’aperçus une ombre humaine qui avançait vers moi. L’homme semblait de stature imposante et d’allure tranquille. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, je vis qu’il portait une veste de cuir. Derrière lui, un chien le suivait.

L’homme me fit un grand signe de la main, comme pour me rassurer sur ses intentions. Arrivé à quelques pas de l’endroit où je l’attendais, il dit : »Bonjour, qui que vous soyez, je suis heureux de vous rencontrer, le temps est long ici…mais d’où venez-vous ? Pardonnez mon audace, mais, vu votre accoutrement, j’imagine que vous êtes tombée d’une autre planète ! » Interloquée, je me demandai quelle était la bizarrerie de ma tenue vestimentaire pour qu’il se moque ainsi. C’est alors que je remarquai sa chemise blanche sous la veste d’aviateur, son pantalon trop large rentré à l’intérieur de ses guêtres de cuir. L’animal qui l’accompagnait et que j’avais pris pour un chien, s’avéra être un joli fennec. Devinant ma pensée, l’homme afficha un large sourire et poursuivit : « C’est un renard du désert, je l’ai apprivoisé et j’en suis donc responsable, voyez-vous. Mais dites-moi, où vous dirigez-vous exactement, puis-je vous renseigner ? » Avec un vague sentiment d’improbabilité, je lui répondis :« Je cherche un dénommé Sadate. On m’a dit que je le trouverai à Tarfaya, au café français ».

Il éclata d’un rire presque enfantin :

« C’est bien ce que je pensais, vous venez d’une autre planète ! Je ne connais ni de Sadate, ni de café français et encore moins Tarfaya.

…Ici, vous êtes à Cap Juby ! »…

les sables de l’infini – dominique massa et didier garino (le désert d’aladin)

lettre au père Noël

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Cher père Noël,

C’est la première fois que je t’écris alors je suis un peu émue. Quand j’étais petite, tu m’as drôlement choyée et je réalise aujourd’hui que je ne t’ai jamais remercié.

Alors je le fais maintenant et j’espère que tu ne seras pas fâché de mon retard.

Merci père Noël. Merci pour ma poupée Cathy, pour mon landau, ma kitchenette, ma valise d’infirmière et mes innombrables poupons dont j’ai oublié le nom. Merci aussi pour mon vélo bleu. Il était absolument magnifique et je crois bien que c’est le dernier cadeau que tu m’as fait. Je devais avoir huit ans ou quelque chose comme ça.

L’hiver suivant, quelqu’un m’a dit que tu n’existais pas ! Si tu savais comme j’étais déçue et en colère ! Les Noël n’ont plus jamais eu la même saveur, depuis. Bien sûr, on a toujours dressé le sapin dans le salon, mais les cadeaux arrivaient dans les bras des invités…

Je crois bien que c’est à partir de ce moment que l’émerveillement s’est éteint dans mes yeux. Et je t’en veux un peu…enfin, un tout petit peu.

L’année dernière, mes petites filles ont cru voir ton traîneau dans le ciel. Alors elles se sont mises à chanter pour toi, pour que tu t’arrêtes sur le toit de la maison. Nous avons joué le jeu et fait semblant que tu avais balancé les jouets par la cheminée, car naturellement tu avais trop de travail pour t’arrêter sur chaque toit de maison…

Combien de temps encore pourrons-nous garder le secret ? Je l’ignore. Il faudra bien leur dire un jour, pourtant. Il faudra leur dire que tu existes vraiment, mais seulement dans nos cœurs d’enfants.

Joyeux Noël père Noël !

PS : hum…si tu tiens vraiment à m’offrir un cadeau, j’aimerais un merveilleux Avril ! …

des ailes et des ombres

Au sommet de la colline Windows, en partie protégé des regards par un petit bosquet, se dresse fièrement l’ancien moulin. Fantôme couinant à chaque coup de vent, le ventre vide et la tête dans les nuages, il contemple les vagues de blé. Depuis qu’on l’a baptisé « monument historique », il doit bien s’ennuyer, le pauvre vieux…A quoi bon ce titre pompeux, sans le moindre grain à moudre ?

C’est ce que vous conteront les amoureux du patrimoine, ceux qui, une fois l’an,  le photographient, lui caressent le bois, religieusement.

Et le moulin se moque. Car ceux-là ignorent que chaque nuit se déroule une étrange fantasmagorie.

Quand le monde est endormi, que la lune s’est installée confortablement, plus un souffle, plus un bruit… La terre d’Opale retient sa respiration et l’ombre blanche apparaît. Haute silhouette nébuleuse, elle glisse au ras du sol, regarde à droite et à gauche, puis se plante au pied du moulin qui la salue bas. Alors commence le rituel nocturne. L’ombre embrasse l’aile la plus basse et prenant appui sur ses jambes, pousse de toutes ses forces …

Dans un effroyable grincement, le fragile édifice s’ébranle. A l’intérieur, les dents de bois du rouet claquent, les  meules frottent et se mettent à chanter. Euphoriques, les ailes bruissent et tournent, tournent, devant le spectre qui entame une joyeuse danse d’outre-tombe. Témoins de ce curieux manège, les arbres alentours frémissent de plaisir et la lune sourit, amusée.

Et le croirez-vous ? C’est ainsi chaque nuit, depuis que les meuniers ont déserté.

Mais il arrive parfois que les fantômes soient fatigués. A l’aube de ce jour-là, épuisé de sa folle farandole et repu de ses rêves, le fantôme s’est assoupi au pied du moulin.

Un brouillard complice s’est levé sur la campagne pour lui laisser le temps de remettre les choses en ordre avant l’arrivée des visiteurs. Les premiers véhicules se sont garés  le long du chemin creux qui mène à la colline et se dirigent vers le moulin.

C’est alors que surgissant du brouillard, une seconde silhouette nébuleuse accourt, effarée. Tapotant sur l’épaule de son maître,  lui chuchote à l’oreille :

« Venga senor Don Quijote, el dia va a levantarse »….

Shehona

Shehona entamait la neuvième lune de sa grossesse. Comme le voulait la tradition Mohawk, elle devrait bientôt s’éloigner du camp, accompagnée de sa belle-mère et de la plus vieille femme de la tribu, pour mettre l’enfant au monde. Les trois femmes commençaient à préparer le tipi qui servirait à les abriter pendant trois semaines après l’accouchement. Elles y entassèrent plusieurs fourrures d’ours à même le sol et tendirent des peaux de caribou devant l’entrée, afin de se protéger du froid. L’hiver promettait d’être rude, la plaine s’était déjà parée de givre et le blizzard menaçait.

Ce matin là, Shehona se sentait pleine de courage. Son ventre lourd ne la gênait aucunement et, se moquant des mises en garde des autres femmes, elle décida d’aller chercher du bois dans la forêt car les réserves diminuaient vite.
Elle se couvrit d’un long manteau de loutre, y logea une machette et son couteau de chasse. Puis elle détacha le traîneau qui servait à transporter le bois et les peaux de bêtes, empoigna les rênes par-dessus son épaule et commença à tirer…

Bientôt les bruits du campement s’éloignèrent et ce fut le silence impressionnant des séquoias géants, alourdis de neige, étincelants de mille feux de glace. Shehona avait marché longtemps et s’était enfoncée au coeur de la forêt. Sur la terre gelée, le traineau pesait de plus en plus lourd et les rênes lui sciaient les épaules. Le soleil déclinait lentement et les ombres s’allongeaient. Il ne fallait plus tarder pour couper le bois.

A l’orée d’une clairière, elle aperçut enfin quelques branches accessibles et de jeunes arbustes. Elle s’arrêta, soulagée de se poser un moment.
Assise sur le traîneau pour reprendre souffle, elle contempla devant elle un séquoia si gigantesque qu’elle n’en distinguait pas le sommet. Ses racines, telles des hydres géantes, se courbaient, s’entrelaçaient, recouvraient le sol de tentacules poreuses. L’arbre était fendu en sa partie inférieure, formant une grotte profonde où aurait pu loger une tribu toute entière.

Admirative, Shehona sourit à l’arbre ; puis elle se leva pour accomplir sa tâche. A cet instant elle ressentit comme un coup de poignard au creux des reins et la douleur, fulgurante, lui arracha un cri. Elle se soutînt de ses deux mains et respira profondément. L’enfant avait bougé dans son ventre, elle le sentait pointer un peu plus. Puis la vague de feu diminua d’intensité et Shehona se redressa. Elle sortit sa machette et se dirigea vers les branches à couper. Mais à peine avait-elle entaillé un bois, que la douleur reprit de plus belle et se propagea tout autour de son bas-ventre qui se durcit, la clouant sur place, immobile.

Cette fois cela dura plus longtemps. La jeune femme haletait, son corps entier ruisselait d’une sueur glacée. Elle resserra sur elle son manteau de loutre et leva un regard implorant vers le séquoia: « donne-moi un peu de ta force, je t’en prie, je dois rejoindre les femmes de ma tribu » …Puis elle ferma les yeux, s’adossa au tronc de l’arbre et finalement se laissa glisser à genoux pendant qu’un liquide chaud lui coulait le long des jambes…

Shehona n’eût pas d’autre choix que d’étendre son manteau sur le sol pour y recueillir l’enfant. Son couteau de chasse serré entre les dents, elle poussa longuement…

La forêt muette retenait son souffle tandis qu’une meute s’approchait à pas feutrés…

Dans un ultime effort, l’enfant glissa sur le manteau de loutre, petite larve au milieu d’un étang. Shehona le recouvrit aussitôt de son corps pour qu’il n’ait pas froid. L’instant d’après, une nouvelle vague la submergea, évacua le placenta. Avec le couteau de chasse, Shehona coupa le cordon ombilical ; l’enfant gémit doucement.

Comme l’exigeait la tradition, le placenta devait être enterré. Shehona chercha du regard un espace nu où elle pourrait creuser. A quelques mètres de l’arbre, un carré de lichen lui sembla approprié. Alors elle enroula l’enfant dans le manteau, bien serré et le déposa au creux du séquoia pour le protéger du froid. Puis, un peu déséquilibrée, elle emporta le placenta et s’éloigna..

Pendant ce temps, le couple de loups et deux louveteaux gris s’étaient rapprochés de leur tanière. A tour de rôle, ils reniflèrent le petit d’homme, tournèrent plusieurs fois autour de lui. Le mâle restait discret, mais la louve soudainement, s’allongea tout contre le corps du bébé et commença à lui lécher le visage et les cheveux. Le loup recula, sortit du creux de l’arbre et fit le guet.

Après avoir enterré le placenta, Shehona s’en retourna. Elle aperçut l’animal devant sa tanière. Son sang se glaça. L’enfant, son enfant, séparé d’elle par le grand prédateur, prisonnier, peut-être déjà dévoré…Son instinct lui dicta de se faire humble et de parler au loup :

Ô loup, qu’as-tu fait de mon petit ? Laisse-moi le prendre ! Regarde-moi, je suis vulnérable et je viens vers toi. »

Ce-disant, elle avançait prudemment, les jambes tremblantes et le souffle court. Le loup mâle ne bougeait pas ; son regard jaune se fit plus perçant, son poil se hérissa et il poussa un sourd grondement. Shehona s’arrêta un instant.

Ô loup, es-tu réel ? Es-tu le grand esprit du loup ? Si tu es réel, je te supplie de me laisser prendre mon enfant. Si tu es le grand esprit, j’implore ton pardon si je t’ai offensé. »

A ce moment, la louve pointa le museau à l’entrée de la tanière. Shehona entendit les gémissements du bébé et remercia les dieux. Elle continua d’avancer et se trouva bientôt devant le mâle en alerte. Alors elle se coucha sur le sol, rampa vers le trou béant du creux de l’arbre. Les loups s’écartèrent pour la laisser entrer. Le bébé avait les yeux grand ouverts, son visage nettoyé de toute impureté. Une odeur fauve emplissait la tanière. La jeune femme saisit son enfant et le serra contre elle, soulagée et reconnaissante.

Le blizzard s’était levé, danger bien pire que les loups. Et dans la tanière il faisait chaud…Shehona y resta pour la nuit, entourée des louveteaux.

Le lendemain, elle regagna sa tribu mais n’apportait pas de bois pour le feu. Son bébé solidement accroché à l’intérieur de son manteau, elle rayonnait de tout son être.

…et de génération en génération, dans la forêt des séquoias géants,  les loups se racontent la naissance du petit d’homme…

pendant ce temps…en Laponie

laponie

Conte de Noël à ne pas lire à n’importe qui.

Il ne comprenait plus grand chose au monde d’aujourd’hui. Les enfants de tous pays continuaient à lui envoyer des dessins attendrissants. Mais en retour, leurs souhaits exigeants le laissaient perplexe. Il y a bien longtemps que l’atelier de jouets était fermé. Les lutins s’étaient retrouvés au chômage technique et les rennes prenaient du poids faute d’exercice. Le père Noël n’était plus qu’une boite postale.

Très fatigué, le vieil homme reposa ses lunettes sur la table, étendit la peau d’ours synthétique sur ses jambes et ferma les yeux. La chaleur aidant, il ne tarda pas à s’assoupir dans le fauteuil et s’envola vers son rêve préféré.

La toundra enneigée étincelle de mille couleurs sous l’aurore boréale qui danse. Il a cinq ans et ne comprend pas l’univers. Son grand-père lui raconte les pays où les champs sont couverts de fleurs, où les enfants courent pieds nus. Dans ces contrées lointaines, le soleil se lève chaque matin et brûle la peau si l’on n’y prend garde. Il paraît même que des fruits gorgés de sucre poussent sur des arbres ! L’enfant ne se lasse pas d’imaginer ce que tout cela peut être,,.

Jusqu’à ce jour merveilleux où il découvre le mystérieux paquet devant la cheminée. La famille réunie autour de lui, affiche une mine enjouée et tous semblent très curieux de savoir ce que cache le papier craft enrubanné de rouge. Le petit garçon, encouragé, ouvre le paquet et s’émerveille sans comprendre. D’un doigt timide il caresse le renne en bois sculpté, qui tire un traîneau miniature. Mais il n’ose toucher la boule orange posée sur l’attelage et lève un regard étonné. « Voici un morceau du soleil, tu peux le manger si tu veux » lui affirme son grand-père, rayonnant de plaisir.

Le père Noël sourit dans son sommeil. Les plus beaux cadeaux du monde ne vaudront jamais un morceau du soleil….