Back to the roots – le bayou

« pou m’trouver c’est pô défficil tu suis l’chmin j’qu’au bout et lô, ya l’peck-up avec mon nom marqué d’ssus »

C’est ainsi que Norbert Leblanc (*), personnage haut en couleurs et connu comme le loup blanc, nous indiqua de son délicieux parler Cadien, comment le rejoindre dans le bayou (**).

La barque glisse sur les eaux sinueuses nappées de vert et nous pénétrons au coeur de la fantasmagorie. Telle une armée espagnole, les cyprès barbus et torturés se tiennent au garde-à-vous. Figés dans l’éternité par quelque sort vaudou.

Notre guide nous conte sa vie de chasseur d’alligators et ponctue chaque phrase d’une savoureuse anecdote. (je prends note que la meilleure façon d’attraper ce monstre reptilien est de lui offrir un morceau de touriste…)

L’orage est dans l’air, le ciel s’assombrit. Un vent chaud plisse la surface de l’eau. Norbert fait silence ; il surveille les mouvements de la faune.

« laissez le bon temps rouler » comme ils disent…je voudrais que le temps s’arrête…

Quand soudain, nous retenons notre souffle. Le seigneur du marais surgit de la profondeur ténébreuse et s’élance hors de notre trajectoire. Alors que les tortues s’affolent, l’aigle pêcheur risque une tête hors de son nid. Un héron prend la pose. Un seul mot me vient à l’esprit : harmonie…

(*) Norbert Leblanc swamp tours : Tél : 1 337 654 1215 – Breaux Bridges – Louisiane

(**) bayou : nom d’origine indienne (bayuk) signifiant « sinuosité, serpent » et désignant les méandres du Mississipi pénétrant dans les terres. Par extension nom donné à la région des marécages en Louisiane

les origines

Plus de quatre années se sont écoulées depuis la création de ce blog. De nombreuses fois j’ai failli en fermer la porte à clé, pour cause de déménagement. Mais quand l’imaginaire s’est fait refuge, il n’est pas simple de l’abandonner. Puis, comment livrer à l’errance tous ces mots-écrits, fussent-ils simplistes ou incompréhensibles ? Ce serait trahison.  Au fait, savez-vous comment est née Opalie ? Suivez-moi…

Septembre 2012

Sur ma planète, il n’y a personne. Ou plutôt devrais-je dire, personne de vivant, à part des goélands fous.

Converser avec un goéland fou peut  sembler intéressant, au prime abord. Seulement, ces volatiles ne rêvent que de voler plus haut, toujours plus haut, jusqu’à se brûler les ailes au soleil. Et je ne possède pas d’ailes. Si leur esprit s’élève, le mien reste au sol. Toute tentative de dialogue s’en trouve donc avortée, irrémédiablement vouée à l’échec.

J’ai cherché un renard philosophe mais n’en ai point trouvé. Personne pour qui dessiner un mouton, pas même une rose à choyer.

La vie n’est pas très gaie sur cette planète car peu de visiteurs osent s’y aventurer.

A l’horizon, des bateaux passent mais n’accostent jamais. Dans le ciel, les avions sont si minuscules qu’ils disparaissent sans qu’on les voit jamais atterrir.

C’est une planète inutile, sauf pour les goélands fous. D’ailleurs, elle est tellement inutile cette planète, que personne ne lui a jamais donné de nom. Elle n’existe pas vraiment. Et si elle n’existe pas, moi non plus…

J’en étais à ce stade de réflexion imbécile, lorsque quelques mots qui passaient par là, frappèrent à ma tête. Polie, je les priai d’entrer, bien que je n’aimasse pas trop ouvrir la porte à des mots inconnus.

Ils se présentèrent : « nous sommes des mots écrits et nous venons de la planète blogosphère ».

« Tiens, des voyageurs égarés » me dis-je. Mais non, apparemment, c’est moi qu’ils cherchaient, moi l’invisible. Je leur demandai donc la raison de leur visite.

Ils se mirent en rang, bien droits, comme des soldats, et m’annoncèrent solennellement : « nous avons décidé de donner un nom à ta planète, nous l’avons baptisée « Opalie » ; cela te convient-il ? »

Ce-disant, ils esquissèrent de grandes boucles, posèrent un point sur le i, et me la présentèrent.

Opalie, à la longue frange blonde,  baignait dans sa lumière bleu-gris. Elle chantait le vent dans les dunes et le crachin du printemps.

On y parlait mon langage et les roses y fleurissaient. Tous les bateaux du monde y jetaient l’ancre et les avions y donnaient bal. C’était une planète vivante !

« Avec un peu de chance, peut-être y rencontrerai-je un renard philosophe », pensaisje,  « et même plus… ».

Je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles. Quelques mots écrits avaient pensé à ma planète vide et sans nom. Cela signifiait donc qu’elle existait. Et puisqu’ils m’avaient trouvée, cela voulait dire que je n’étais pas complètement invisible….

Après avoir remercié mes messagers très chaleureusement, je les reconduisis à bord de leur écran voyageur et m’en fut annoncer la bonne nouvelle aux goélands fous.

L’un d’entre eux, unijambiste, me regardant d’un air hautain, me répondit : « il faut toujours attribuer un nom aux choses, sinon comment veux-tu les comprendre ? »

Ainsi naquit : « Planète Opalie »

château de sable

Rien ne change jamais…

Le château prenait forme peu à peu. J’observais cette petite fille qui bâtissait cet édifice depuis des heures. Toute seule, elle semblait ne pas se rendre compte du temps qui passait et s’évertuait à dresser une quatrième tour. Il me semblait bizarre qu’elle ne fut pas accompagnée. Autour de nous, les parents des autres enfants faisaient des pâtés de sable, creusaient des tunnels, mangeaient des glaces. Et elle, seule avec ses petites mains, construisait un château, sans que personne ne semblât s’en soucier.

Allongée sur le sable, je lisais le dernier Nothomb, sans enthousiasme. Il y a les livres qu’on aime, et puis il y a ceux qu’il faut avoir lu. J’étais donc l’idiote qui lisait le dernier roman de cette auteur excentrique qui faisait la une des magazines littéraires.

Et pendant ce temps, à quelques mètres de moi, une petite fille blonde aux longs cheveux bouclés s’appliquait très sérieusement à son travail de maçonnerie. Cette vision me troublait et m’empêchait de me concentrer sur ma lecture.

Des images lointaines ressurgissaient, celles d’une autre petite fille blonde, aux cheveux raides celle-là, faisant les mêmes gestes, sous l’oeil attentif de sa mère, quelques décennies auparavant.

C’était un jour de canicule et toute la population des terres avaient envahi la côte, pour respirer un peu. Je devais avoir quatre ans et j’avais quitté mon château en construction pour suivre un ballon qui courait. Quand je l’eût rattrapé, un garçon me l’arracha des mains.

Déçue, je fis demi-tour, mais dans la foule bigarrée des parasols, je ne retrouvais plus celui de ma mère. Mon château avait disparu lui aussi, mangé par les vagues. J’étais seule dans un monde inconnu, sans repère. Un uniforme bleu marine s’aperçut de mon désarroi et je fus conduite au poste de secours de la plage. Ma mère vînt me chercher un siècle après. Ce fut la première grande peur de ma vie. C’est la raison pour laquelle je m’inquiétais pour cette fillette solitaire.

Je finis par abandonner mon livre sur ma serviette et me décidai à l’approcher

bonjour, il est beau ton château

– il n’est pas terminé

– veux-tu que je t’aide ?

Elle hésita un instant, rejeta sa chevelure ébouriffée en arrière, et plongea son regard bleu gris dans le mien.

tu sais arrêter les vagues ?

Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de question, mais puisque j’avais offert mon aide, il fallait bien que je m’en sorte, d’une façon ou d’une autre.

je peux construire une digue pour les repousser

alors d’accord

Il était urgent d’optempérer, compte tenu de la vitesse à laquelle la mer montait. Je commençais à rassembler des mottes de sable et à les colmater pour former une espèce de mur éphémère. La petite fille avait terminé sa tour et creusait délicatement des créneaux sur le sommet, à l’aide d’un coquillage couteau.

Assez satisfaite du résultat, elle se tourna vers moi.

le château est prêt pour les invités

– quels invités ?

– les invités pour le bal de ce soir

Je ne répondis pas, trop occupée à construire ma digue. Il ne fallait pas que le château s’écroule avant que les invités arrivent !

A cet instant, une vague plus forte que les autres déferla et saccagea tous nos efforts. De notre création, il ne restait plus qu’une masse informe qui fondait lamentablement. J’étais sincèrement désolée de n’avoir pas su protéger le château et je ne savais comment réparer cette catastrophe. Ses grands yeux tristes me faisaient mal.

Une seconde vague me mouilla les jambes et me fit sursauter. Le nez écrasé sur celui d’Amélie Nothomb, je me réveillai. En relevant la tête je cherchai immédiatement la petite fille….personne à part un pêcheur de crevettes.

avez-vous vu une petite fille blonde par ici ?

– non je n’ai vu personne à part vous !

Sur ma serviette de plage, Amélie Nothomb avait le sourire ironique....

M.D. octobre 2012

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la forêt

foret-brume

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En cette période automnale, me reprend le désir de pénétrer l’intimité sombre et humide de la forêt.

M’écarter des chemins balisés, fuir les couples et les familles. M’enfoncer dans ce foisonnement sans ordonnance ni repère. Vaincre cette angoisse ancestrale de l’inconnu et du mystère.

L’esprit vagabond mais guettant le moindre mouvement suspect, le moindre craquement. Ressentir cette vague inquiétude se muant peu à peu en un étau qui me broie le ventre.

Et malgré tout, avancer. M’égarer, marcher sans but dans ce silence habité par elle et moi. Fataliste, ne plus me soucier du danger, de qui m’observe, qui me poursuit…Franchir les limites de ma folle inconscience.

Et puis courir, m’écorcher la peau sur les ronces, trébucher, tomber. Me relever, courir encore. Fuir, toujours plus profondément vers l’ultime solitude. Au-delà de toutes pensées, jusqu’à épuisement.

Enfin, vidée, le dos en sueur, les jambes meurtries, me laisser glisser sur un tapis mouillé de feuilles mortes. En humer la noble pourriture.

Puis, dans un dernier effort, lever les yeux. M’émerveiller de la  haute stature de mon arbre, que caresse un premier rayon de lune.

Y puiser une force nouvelle et furieuse.

 

 

 

 

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sans titre

SOLAR

En silence il survola les géantes de pierre qui frémirent et s’interrogèrent : quel était cet oiseau étrange ? Le temps d’un souffle ils s’observèrent mutuellement, ébahis de tant de beauté.

Elles, filles des sables, gardiennes des siècles de mémoire. Lui, oiseau fragile à peine envolé de la couvée.

Elégant et digne, l’oiseau salua les pyramides en poursuivant sa route du ciel. Elles le suivirent du regard jusqu’à ne plus percevoir qu’un point brillant à l’horizon.

Lorsque les sables s’assombrirent, elles chuchotèrent entre elles et se dirent que l’apparition ne pouvait être que l’oeuvre d’Horus.

Loin des dieux et loin des hommes, fier et vaillant, l’oiseau ……

Longtemps je l’ai suivi dans mes songes, comme l’on poursuit un arc-en-ciel, sans jamais pouvoir le rejoindre…

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un goût d’été

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Un peu à l’écart de la guinguette, il a planté son chevalet sur la berge. Les tubes de couleurs jonchent l’herbe en éventail, certains sont éventrés. L’homme porte un chapeau à larges bords et une blouse blanche tâchée. J’envie sa main qui ne tremble pas quand il appose les touches de lumière sur sa toile.

Il plisse un peu les yeux, recule de quelques centimètres puis repose son pinceau. Est-il content de lui ? Sans doute pas complètement. L’artiste n’est jamais totalement satisfait.

Les flonflons se sont tus et les danseurs se désaltèrent au vin blanc de Mâcon. Sur le fleuve miroir, une famille de canards glisse, tranquille, puis disparaît sous les branchages d’un saule. L’heure est à la plénitude.

Monet (ou était-ce Renoir ?) remballe son matériel, relève son chapeau et d’un revers de manche, s’éponge le front. Il a fait chaud aujourd’hui.

J’ai peut-être un peu trop fumé…

 

 

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un amant pas comme les autres

aube

Des semaines longues comme des siècles s’étaient écoulées. Cette attente la minait jusqu’à la moelle et l’affaiblissait de jour en jour. Elle n’avait plus la force de scruter l’horizon et bientôt la résignation s’insinua.  Il ne lui restait plus qu’à apprivoiser la nuit, question de survie.

Il est courant de croire que les choses arrivent au moment où l’on s’y attend le moins. Et ce fut précisément le cas. Un matin frileux comme tous les matins, à l’instant où le merle se mit à chanter, il ré-apparut.

Insouciant, taquin tel un enfant qui aurait fait une bonne blague, il se glissa jusqu’à elle. La douce chaleur de ses caresses eurent tôt fait de vaincre toute résistance. Emoustillée malgré elle, mue par un désir soudain, sans plus réfléchir elle se dénuda.

Comme par enchantement les rancoeurs avaient disparu, l’interminable attente oubliée. Ils étaient seuls au monde, réunis, enfin. Gourmande et ravie, elle savoura sans remord cette renaissance des sens.

Le temps s’arrêta mais les heures passèrent. Elle aurait voulu le retenir pour l’éternité, prête à toutes concessions. Mais elle sut qu’il repartirait, consciente de l’éphémère et certaine de sa  trahison future. Supplier ne servirait à rien, elle ne maîtrisait pas la situation. L’empreinte sur sa peau serait son unique souvenir.

Le soleil n’étant pas un amant comme les autres, il a l’élégance de couvrir d’or celles qui l’adorent. A la fin du jour il s’éloigna puis s’évanouit dans la mer, comme certains fuient dans le silence.

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