Les corbeaux de la tour

07bdbe6fLondres, Avril 2011.

Comme chaque matin, Peter ouvrit la lourde porte d’entrée pour prendre la bouteille de lait et son journal, déposés sur le seuil. En ce mois d’avril, il faisait beau à Londres. Il jeta un oeil sur la une du Daily Telegraph : la page entière couvrait une photo du prince William et de Kate. Le mariage devait avoir lieu dans quelques jours et l’effervescence grandissait dans la capitale. Les marchands du temple s’en donnaient à coeur joie ; les objets souvenirs se vendaient comme des petits pains, du tee-shirt commémoratif à la petite cuillère en argent, en passant par la théïère chapeautée d’une couronne et du mug assorti…Chacun y allait de son souvenir kitch, avant même que la cérémonie eût lieu.

Peter se sentait mal à l’aise en pensant à toutes ces fastes. Il en avait vu des cérémonies royales depuis le couronnement d’Elizabeth. Il était très jeune alors, mais il ressentait encore l’émotion qui l’avait pris à la gorge la première fois qu’il aperçut le carrosse doré descendre le Mall. Emotion vive et chaotique, mêlée de fierté d’appartenir à ce peuple hors du commun et d’un vague sentiment de révolte. Mais en bon sujet de Sa Majesté qu’il était, cette fois encore il assisterait au défilé des limousines, du carrosse et de la garde royale.

Perdu dans ses pensées, il oublia d’appuyer sur le bouton éjecteur de son toaster et une fumée noire et âcre s’en échappa. Dépité, il sortit deux toasts complètement carbonisés et se rabattit sur un paquet de biscuits. Tandis qu’il mangeait, il feuilleta son journal et son regard se posa sur un article concernant les corbeaux de la tour de Londres.

Bien sûr, il connaissait la légende qui dit que le jour où les corbeaux quitteraient la tour de Londres, le royaume s’écroulerait…L’article décrivait simplement un problème de fissures dans les murs de la haute bâtisse et la difficulté d’effectuer des travaux de réfection, due à la saison touristique qui commençait.

Peter était pensif…en fait, ce problème de fissures ne lui plaisait pas du tout. Cela voulait dire que les corbeaux seraient dérangés pendant les travaux. Il s’en voulut un peu d’être aussi supersticieux ; cependant il décida ce jour là d’aller se balader vers la fameuse tour, afin de juger de la gravité du désordre.

Il rangea la vaisselle du petit-déjeûner, offrit une soucoupe de lait à son chat, enfila un veston noir et n’oublia pas son vieux parapluie. Puis, il marcha vers la station de métro et s’engouffra dans le boyau grouillant du « tube » londonien. Comme d’habitude à cette  heure matinale, la foule des actifs se pressait vers la City. Peter avait le temps alors il descendit une station avant Tower Bridge et flâna un peu le long des docks.

De loin, il contempla les silhouettes imposantes des « Houses of Parliament », de Big Ben et les eaux glauques de la Tamise. Il se dit que Londres, malgré ses constructions nouvelles d’acier et de verre, malgré sa grande roue, malgré ses extravagances esthétiques et financières, garderait toujours l’âme de Shakespeare et de Dickens.

Il arriva devant la grand porte ouvrant sur la cour du château. Curieusement, aucune file d’attente ne stagnait devant l’entrée. Peter se renseigna et on lui répondit qu’exceptionnellement les visites étaient supprimées ce jour là, pour cause de maintenance technique. Déçu, Peter se fit une raison mais comptait bien revenir le lendemain.

Instinctivement, il leva les yeux vers la tour Wakefield, espérant apercevoir l’un de ces corbeaux soigneusement protégés par le Ravenmaster. Il ne vit rien voler ; par contre il distingua nettement une longue fissure parcourant le mur côté Sud de la tour. Des ouvriers montaient un échafaudage.

Peter s’en retourna chez lui, dans l’East End, et essaya de ne plus penser à la légende des corbeaux. Après tout, ce n’était vraisemblablement qu’une légende, au même titre que tous ces fantômes qui, soit-disant, hantent le château depuis des siècles. Il faut dire que cette bâtisse au passé sanglant devait certainement garder en elle des âmes torturées. Mais nous étions au XXIème siècle, la ville grouillait de vie et un mariage princier se préparait. Peter s’installa devant la télévision et s’assoupit.

Les jours passèrent. La veille du mariage, Peter passa beaucoup de temps à choisir la tenue qu’il arborerait pour assister au défilé royal. Après de longues hésitations, il choisit un pantalon rayé, une chemise blanche à jabot et son éternel veston noir aux manches lustrées par l’usure. Il sortit d’un carton à chapeaux, un superbe melon de velours gris qu’il ne portait que dans les grandes occasions et une paire de gants blanc. Il posa le tout sur son lit et sortit chercher sa bouteille de lait et son journal. A la une du Daily Telegraph, toujours la même photo des futurs époux, rayonnants.

En contemplant cette photo, Peter sentit son sang se glacer. Comme en filigrane, derrière les têtes de William et Kate, on distinguait nettement les silhouettes de sept corbeaux. Aucun texte ne mentionnait cette particularité, aucune explication d’aucune sorte. Peter, doutant de ses facultés mentales, alla sonner chez son voisin et lui montra le journal et la photo. Le voisin ne vit rien de spécial…alors il se dit que décidément, son imagination lui jouait des tours.

Le lendemain matin, aux aurores, une foule était debout, assis e oumême couchée derrière les barrières de sécurité dressées tout le long du grand Mall. Peter arriva sur les lieux vers 8h et se fraya tant bien que mal un chemin afin de trouver l’endroit propice où il pourrait au moins apercevoir le carrosse de la reine. Il parvînt à trouver sa place et ne bougea plus. Le défilé ne commencerait que dans plusieurs heures ; heureusement il ne pleuvait pas.

Vers 11h, la fatigue commençait à se faire sentir. La foule devenait oppressante et rien ne semblait s’ébranler du côté de Buckingham. Peter s’appuya sur son parapluie et leva les yeux vers le ciel. Il crut rêver : sept points noirs tournoyaient au-dessus du palais…les corbeaux ! « ils ont donc commencé les travaux » se dit-il.

Le lendemain, le Daily Telegraph ne parût pas, ni d’ailleurs aucune Presse anglaise.

Un joli nuage en forme de champignon nucléaire stagnait au-dessus de la perfide Albion…

complainte d’une littéraire de supermarché

alice2

Si j’aurai su j’aurai pas venu !

Se lancé dans l’arène des polémiks sur les résos socios représante parfoi un danger insoupssonnable. Balottée comme une balle de ping-pong entre les pour et les contre, essaillant d’argumanté mes propeaux, j’ai vite compris que décidémant, Cervantes avait tort. On ne se bat pas contre les moulains à vant ;  hier encore, un ami très chaire me le fesait remarqué. Points de suspension.

Ce monde n’est pas fait pour tout le monde, je l’avais oublié.

Sur la pointe des pieds, me suis éclipsée,  me suis réfugiée au creux de mes parenthèses, pour y contempler mes rêves avec accent circonflexe.

 

 

rupture

femme rails

Je te quitte mon amour.

Je t’aime mais je te quitte.

Y-a-t-il une raison à cela ?

Il y en a une, il y en a cent, il y en a mille.

Torture des nuits sans sommeil, guettant les lueurs de l’aube libératrice. Supplice du manque de toi. Kilomètres parcourus à te chercher. Défaillance, culpabilité.

Te trouver enfin, me précipiter vers toi, m’apaiser.

Ouvrir ton écrin, fébrilement caresser le soyeux de ta tige, humer ton essence. T’allumer et sentir la brûlure en toi, qui me gagne. Poser ma bouche à ton extrémité et aspirer jusqu’à l’ivresse…

Addict, accro, esclave, aliénée. Tu étais mon  refuge, ma terre promise, mon havre de paix.

C’est terminé mon amie, mon amante, mon aimée, je m’envole, je m’en vais.

Bye bye love, sorry angel, je t’aimais oui mais…

un joyeux non-anniversaire !

 « Le Chapelier protesta qu’on ne pouvait pas parler du temps comme d’une chose qu’on perd ou qu’on gagne. Le Temps est une personne, déclara-t-il. Et il ajouta : Le Temps et moi, nous nous sommes disputés en mars dernier, juste avant que celui-ci (de sa cuillère à thé, il désignait le Lièvre de Mars) ne devint fou. (…) Et depuis lors, (…) le Temps ne veut plus rien faire de ce que je lui demande… »

Lewis Caroll – Alice au pays des merveilles

alice

Alice a 150 ans. J’aurais voulu m’assoir à la table du Chapelier fou et trinquer avec lui à son non-anniversaire. Mais la vieille petite fille a pris la place.

Le monde est fou et nous étions fous. Cette histoire que tu criais en silence à la terre entière, était une histoire de fous.

Aujourd’hui, jour pour jour, est aussi notre non-anniversaire. Mais le temps n’existe pas ou bien alors je suis fâchée avec lui.

Le temps n’a aucune emprise sur les fous…

Un joyeux non-anniversaire

à vous,

à nous,

à toi,

à moi !

divagation sur canapé

chauve-souris

Comment cette méduse a-t-elle échoué sur mon plancher ? Nous ne sommes pas au mois d’Août et puis d’abord, je ne l’ai pas invitée !

Tiens, c’est nouveau cette couleur turquoise à mes pieds ! Sont-ce les miens ? Je me le demande…

Décidément, j’adore ce vin de Loire ! Frais, gouleyant, fruité, il clapote à mon palais, léger, joyeux …Ce serait un crime de laisser la bouteille à moitié remplie !

Ah les bords de Loire…que ne donnerais-je pour m’y trouver là, maintenant, tout de suite ! Comment se nomment ces prestigieux châteaux classés dans mon album photos ? Chambord ? Chenonceaux ? Azay-le-rideau….je l’aime beaucoup celui-là, allez savoir pourquoi… »Un château de la Loire est un château de la Loire ! Tu en as vu un, tu en as vu dix » m’a-t-on toujours affirmé !

Oui, sans doute…De toutes façons, je préfère les cheveaux ..chevaux aux châtaux…châteaux. Le Cadre Noir de Saumur…Saumur ? Qui a dit Saumur ? Saumur et son nectar qui me tend les bras sur la table du salon, qui appelle mes papilles…Encore un verre maestro please ! Et joue moi donc ce Boléro de Tavel …Ravel !

Demain il faudra pomper toute cette eau qui envahit la maison, la mer a débordé ! Un vrai raz-de-marée ! Ca tangue dur dans le canapé, j’ai mal au coeur…

Je devrais peut-être monter à l’étage, on ne sait jamais, personne n’est à l’abri d’une noyade !

La bouteille penche dangereusement et finit par tomber. Sur les vagues, elle vogue et divague…Et une bouteille à la mer ! Une !

Difficile de grimper un escalier sur un bateau par temps agité…

Une chauve-souris est sur mon lit, drôle d’idée ! Elle s’est certainement égarée…

Le phare de Belle-Île éclaire le plafond qui ondule. Sur le ponton-édredon, allongée les bras en croix, j’autorise la chauve-souris à parcourir la forêt de mon crâne.

Elle fait « toc-toc » sur le bois avec ses jolies petites incisives, mais personne ne répond, il n’y a plus personne à l’intérieur.

JE TIENS A PRECISER QUE CECI N’EST QUE PURE FICTION

un jour les chats…

chats

« Le premier qui osa, se prénommait Salâmbo.« 

En quelques secondes, le souffle avait fait voler en éclats les immeubles de verre et d’acier. Le pont suspendu s’effondra dans un bruit sourd sur l’autoroute encombrée de véhicules en fuite. Les arbres déracinés disparurent dans les airs. L’instant qui suivit, un nuage blanc opaque recouvrit la ville en ruines. Le jour d’après et les semaines qui suivirent, une pluie acide tomba sans trêve. Puis, peu à peu elle diminua d’intensité.

Une boue rougeâtre recouvrait le bitume défoncé et les restes de corps calcinés. Dans la moiteur du silence, quelques rats téméraires, en quête de nourriture, émergèrent des égouts et se faufilèrent dans les décombres.  Ils n’étaient plus nombreux. Certains avaient péri dans le souffle, d’autres avaient été irradiés mortellement. Les rescapés, faméliques, tentaient d’échapper aux derniers prédateurs : une poignée de survivants humains et une multitude de chats.

Un matin, le soleil filtra timidement au travers d’une bouche d’égout. Les hommes se concertèrent et il fut décidé qu’un éclaireur explorerait une potentielle survie à la surface. Celui désigné par tirage au sort, était pâle et squelettique. Ses cheveux blancs contrastaient étrangement avec la jeunesse de ses traits. Il titubait, aveuglé par la lumière et ne se rendit pas compte immédiatement qu’on l’encerclait…

Les chats s’étaient rassemblés, à l’affût de cette proie inespérée. Leur mémoire génétique leur signala que cette nourriture était interdite mais s’ils voulaient survivre, ils n’avaient d’autre choix.

Les yeux exorbités, oreilles aplaties, queue mouvante et babines retroussées, ils avancèrent d’un pas vers l’homme. Quelques feulements surgirent, suivis d’une cacophonie de cris de combat.

Tétanisé, l’homme restait planté là, sans comprendre. Le cercle menaçant se resserrait autour de lui. Il se boucha les tympans pour ne pas entendre la masse hurlante qui rampait vers lui.  Soudain il sentit les griffes et les crocs lui pénétrer les mollets et essaya de se dégager.

C’est alors que Salâmbo, un énorme chat gris-bleu, lui bondit au visage et lui creva les yeux. L’homme vacilla et tomba. Enhardis, les chats se ruèrent sur le corps à terre.

Au soir de ce jour de l’an 1, Salâmbo fut proclamé chef de la confrérie des chats de l’apocalypse. Des groupes de dix se constituèrent, chargés de faire le guet devant chaque plaque d’égout de la ville.

Au matin du deuxième jour de l’an 1….

« Bowie, mon bébé, s’il-te-plaît, ne me mange pas ! »…Je bondis hors du lit et me souvins avec horreur que j’avais oublié d’acheter des croquettes !!!

la clé des dunes

temps-qui-passe

Le temps presse.

Le temps presse m’indiquent les aiguilles qui s’affolent. Panique sur Opalie !

J’avais pourtant fermé la porte à clé pour qu’elle ne s’échappe pas mais elle a glissé dessous et s’est volatilisée.

Par tous les Saints du Walk of fame, où est-elle passée ? La plage me chuchote mon intuition.

En courant plus vite que le vent, je la rattraperai ! Du moins je m’en persuadai.

Et me voilà sur le sable mouillé de la dernière pluie, par un petit matin de printemps pourri.

Indifférents à  ma détresse,  le renard philosophe et le goéland unijambiste ont entamé une partie de poker.

A-t-on idée de jouer aux cartes quand le temps vous échappe ?

La mer s’est mise à galoper, le soleil a bousculé la lune et s’est imposé sur l’horizon.

Et moi je reste plantée comme une endive, à lui faire de grands signes de la main, espérant un au-revoir, à bientôt, que sais-je…

L’heure d’hiver a pris la clé des dunes.

Elle n’a pas attendu que je lui rende les baisers que je lui avais volés…