complainte d’une littéraire de supermarché

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Si j’aurai su j’aurai pas venu !

Se lancé dans l’arène des polémiks sur les résos socios représante parfoi un danger insoupssonnable. Balottée comme une balle de ping-pong entre les pour et les contre, essaillant d’argumanté mes propeaux, j’ai vite compris que décidémant, Cervantes avait tort. On ne se bat pas contre les moulains à vant ;  hier encore, un ami très chaire me le fesait remarqué. Points de suspension.

Ce monde n’est pas fait pour tout le monde, je l’avais oublié.

Sur la pointe des pieds, me suis éclipsée,  me suis réfugiée au creux de mes parenthèses, pour y contempler mes rêves avec accent circonflexe.

 

 

rupture

femme rails

Je te quitte mon amour.

Je t’aime mais je te quitte.

Y-a-t-il une raison à cela ?

Il y en a une, il y en a cent, il y en a mille.

Torture des nuits sans sommeil, guettant les lueurs de l’aube libératrice. Supplice du manque de toi. Kilomètres parcourus à te chercher. Défaillance, culpabilité.

Te trouver enfin, me précipiter vers toi, m’apaiser.

Ouvrir ton écrin, fébrilement caresser le soyeux de ta tige, humer ton essence. T’allumer et sentir la brûlure en toi, qui me gagne. Poser ma bouche à ton extrémité et aspirer jusqu’à l’ivresse…

Addict, accro, esclave, aliénée. Tu étais mon  refuge, ma terre promise, mon havre de paix.

C’est terminé mon amie, mon amante, mon aimée, je m’envole, je m’en vais.

Bye bye love, sorry angel, je t’aimais oui mais…

un joyeux non-anniversaire !

 « Le Chapelier protesta qu’on ne pouvait pas parler du temps comme d’une chose qu’on perd ou qu’on gagne. Le Temps est une personne, déclara-t-il. Et il ajouta : Le Temps et moi, nous nous sommes disputés en mars dernier, juste avant que celui-ci (de sa cuillère à thé, il désignait le Lièvre de Mars) ne devint fou. (…) Et depuis lors, (…) le Temps ne veut plus rien faire de ce que je lui demande… »

Lewis Caroll – Alice au pays des merveilles

alice

Alice a 150 ans. J’aurais voulu m’assoir à la table du Chapelier fou et trinquer avec lui à son non-anniversaire. Mais la vieille petite fille a pris la place.

Le monde est fou et nous étions fous. Cette histoire que tu criais en silence à la terre entière, était une histoire de fous.

Aujourd’hui, jour pour jour, est aussi notre non-anniversaire. Mais le temps n’existe pas ou bien alors je suis fâchée avec lui.

Le temps n’a aucune emprise sur les fous…

Un joyeux non-anniversaire

à vous,

à nous,

à toi,

à moi !

divagation sur canapé

chauve-souris

Comment cette méduse a-t-elle échoué sur mon plancher ? Nous ne sommes pas au mois d’Août et puis d’abord, je ne l’ai pas invitée !

Tiens, c’est nouveau cette couleur turquoise à mes pieds ! Sont-ce les miens ? Je me le demande…

Décidément, j’adore ce vin de Loire ! Frais, gouleyant, fruité, il clapote à mon palais, léger, joyeux …Ce serait un crime de laisser la bouteille à moitié remplie !

Ah les bords de Loire…que ne donnerais-je pour m’y trouver là, maintenant, tout de suite ! Comment se nomment ces prestigieux châteaux classés dans mon album photos ? Chambord ? Chenonceaux ? Azay-le-rideau….je l’aime beaucoup celui-là, allez savoir pourquoi… »Un château de la Loire est un château de la Loire ! Tu en as vu un, tu en as vu dix » m’a-t-on toujours affirmé !

Oui, sans doute…De toutes façons, je préfère les cheveaux ..chevaux aux châtaux…châteaux. Le Cadre Noir de Saumur…Saumur ? Qui a dit Saumur ? Saumur et son nectar qui me tend les bras sur la table du salon, qui appelle mes papilles…Encore un verre maestro please ! Et joue moi donc ce Boléro de Tavel …Ravel !

Demain il faudra pomper toute cette eau qui envahit la maison, la mer a débordé ! Un vrai raz-de-marée ! Ca tangue dur dans le canapé, j’ai mal au coeur…

Je devrais peut-être monter à l’étage, on ne sait jamais, personne n’est à l’abri d’une noyade !

La bouteille penche dangereusement et finit par tomber. Sur les vagues, elle vogue et divague…Et une bouteille à la mer ! Une !

Difficile de grimper un escalier sur un bateau par temps agité…

Une chauve-souris est sur mon lit, drôle d’idée ! Elle s’est certainement égarée…

Le phare de Belle-Île éclaire le plafond qui ondule. Sur le ponton-édredon, allongée les bras en croix, j’autorise la chauve-souris à parcourir la forêt de mon crâne.

Elle fait « toc-toc » sur le bois avec ses jolies petites incisives, mais personne ne répond, il n’y a plus personne à l’intérieur.

JE TIENS A PRECISER QUE CECI N’EST QUE PURE FICTION

un jour les chats…

chats

« Le premier qui osa, se prénommait Salâmbo.« 

En quelques secondes, le souffle avait fait voler en éclats les immeubles de verre et d’acier. Le pont suspendu s’effondra dans un bruit sourd sur l’autoroute encombrée de véhicules en fuite. Les arbres déracinés disparurent dans les airs. L’instant qui suivit, un nuage blanc opaque recouvrit la ville en ruines. Le jour d’après et les semaines qui suivirent, une pluie acide tomba sans trêve. Puis, peu à peu elle diminua d’intensité.

Une boue rougeâtre recouvrait le bitume défoncé et les restes de corps calcinés. Dans la moiteur du silence, quelques rats téméraires, en quête de nourriture, émergèrent des égouts et se faufilèrent dans les décombres.  Ils n’étaient plus nombreux. Certains avaient péri dans le souffle, d’autres avaient été irradiés mortellement. Les rescapés, faméliques, tentaient d’échapper aux derniers prédateurs : une poignée de survivants humains et une multitude de chats.

Un matin, le soleil filtra timidement au travers d’une bouche d’égout. Les hommes se concertèrent et il fut décidé qu’un éclaireur explorerait une potentielle survie à la surface. Celui désigné par tirage au sort, était pâle et squelettique. Ses cheveux blancs contrastaient étrangement avec la jeunesse de ses traits. Il titubait, aveuglé par la lumière et ne se rendit pas compte immédiatement qu’on l’encerclait…

Les chats s’étaient rassemblés, à l’affût de cette proie inespérée. Leur mémoire génétique leur signala que cette nourriture était interdite mais s’ils voulaient survivre, ils n’avaient d’autre choix.

Les yeux exorbités, oreilles aplaties, queue mouvante et babines retroussées, ils avancèrent d’un pas vers l’homme. Quelques feulements surgirent, suivis d’une cacophonie de cris de combat.

Tétanisé, l’homme restait planté là, sans comprendre. Le cercle menaçant se resserrait autour de lui. Il se boucha les tympans pour ne pas entendre la masse hurlante qui rampait vers lui.  Soudain il sentit les griffes et les crocs lui pénétrer les mollets et essaya de se dégager.

C’est alors que Salâmbo, un énorme chat gris-bleu, lui bondit au visage et lui creva les yeux. L’homme vacilla et tomba. Enhardis, les chats se ruèrent sur le corps à terre.

Au soir de ce jour de l’an 1, Salâmbo fut proclamé chef de la confrérie des chats de l’apocalypse. Des groupes de dix se constituèrent, chargés de faire le guet devant chaque plaque d’égout de la ville.

Au matin du deuxième jour de l’an 1….

« Bowie, mon bébé, s’il-te-plaît, ne me mange pas ! »…Je bondis hors du lit et me souvins avec horreur que j’avais oublié d’acheter des croquettes !!!

la clé des dunes

temps-qui-passe

Le temps presse.

Le temps presse m’indiquent les aiguilles qui s’affolent. Panique sur Opalie !

J’avais pourtant fermé la porte à clé pour qu’elle ne s’échappe pas mais elle a glissé dessous et s’est volatilisée.

Par tous les Saints du Walk of fame, où est-elle passée ? La plage me chuchote mon intuition.

En courant plus vite que le vent, je la rattraperai ! Du moins je m’en persuadai.

Et me voilà sur le sable mouillé de la dernière pluie, par un petit matin de printemps pourri.

Indifférents à  ma détresse,  le renard philosophe et le goéland unijambiste ont entamé une partie de poker.

A-t-on idée de jouer aux cartes quand le temps vous échappe ?

La mer s’est mise à galoper, le soleil a bousculé la lune et s’est imposé sur l’horizon.

Et moi je reste plantée comme une endive, à lui faire de grands signes de la main, espérant un au-revoir, à bientôt, que sais-je…

L’heure d’hiver a pris la clé des dunes.

Elle n’a pas attendu que je lui rende les baisers que je lui avais volés…

 

gag

i-love-audresselles« Des tombes profanées au cimetière d’Audresselles » : tel était le gros titre à la Une du journal ce jour là. Ce genre d’évènement n’étant plus exceptionnel à notre époque, je n’y aurais pas prêté attention s’il ne s’agissait d’un endroit qui m’est familier. Non pas que j’y connaisse personnellement quelque défunt, mais j’aime m’y promener.

C’est un petit cimetière de bord de mer, un peu à l’écart du village, à l’abri des tempêtes derrière sa barrière d’épineux. J’aime son air salé, ses tombes aux pierres érodées par les embruns, ses angelots au visage craquelé, ses sentiers sableux.

Lorsque j’appris que des vandales l’avait outragé, je ne pus m’empêcher de m’y rendre sur le champ. Devant la grille d’entrée se pressait une foule de curieux, scandalisée mais ravie d’avoir un sujet de conversation peu banal. Je me glissai parmi ces gens, silencieuse, quand un couple quinquagénaire m’adressa la parole : « c’est encore un coup de ces Gothiques, ces jeunes désoeuvrés qui invoquent Satan pour passer le temps« …Les coupables étaient tout désignés. Sur cette belle conviction, ils se signèrent et je me contentai de sourire.

Arrivée au coeur du cimetière, là où s’érigent les plus anciennes sépultures, j’aperçus le cataclysme : croix renversées, couronnes et vases de faïence en miettes, arbustes arrachés, angelots pulvérisés…A l’intérieur d’une petite chapelle dressée sur un caveau vieux de deux cent ans, la statue de la Vierge gisait à terre, décapitée. Mais le plus curieux était la dalle de marbre noir de la famille Salembier, complètement soulevée de terre et posée à la verticale contre le muret de l’enceinte du cimetière, laissant apparaître un trou béant d’où s’échappait une odeur de pourriture.

Il était évident que tout cela ne pouvait être que l’oeuvre d’une force herculéenne et déchaînée. Les services de police repoussèrent les curieux qui gloussaient de délicieux petits cris d’horreur en se voilant la face. A quelques pas derrière eux, j’observais cette harde rêvant déjà de lyncher quelques jeunes un peu trop dérangeants.

Le soleil avait percé les nuages et donnait un air étrangement dérisoire à cette scène de désolation. Je m’assis sur un banc, face à la tombe de Charles Henri Dutertre, mort en 1897 à l’âge de 42 ans. Sur sa pierre tombale, une statue représentant une femme se cachant le visage, semblait pleurer des larmes éternelles.

Souvent je l’avais contemplée, cette statue. Elle me rendait mélancolique mais sereine. Comme par miracle, elle avait échappé au massacre. Pourtant, un détail me surprit et effaça toute rêverie : il me semblait qu’elle avait les pieds sales, couverts de sable mouillé et de gravillons. Mon premier geste fut d’y remédier et je me levai, prête à nettoyer les pieds de pierre avec un coin de mon écharpe.

Lorsque je m’approchai d’elle, je l’entendis chuchoter : « c’est moi la coupable »… Ahurie, je tendis l’oreille et levai la tête. Son visage à découvert, me souriait d’un air coquin ; elle cligna d’un œil et ses lèvres s’entrouvrirent : « il ne vient jamais personne ici et je m’ennuyais tellement… »