lucidité

snowman-1210018_1280Il neige sur WordPress. Cadeau hivernal du règne virtuel pour nous rappeler qu’au-delà de l’écran, les saisons passent.

A la fin de ce mois, le géant de la blogosphère livrera ses statistiques en comparant le nombre de visiteurs annuel de chaque blog, au nombre de voyages que le métro New Yorkais devrait effectuer pour les déplacer tous, sachant qu’il contient 1200 personnes !

Dérision dérisoire d’un monde calculateur…

Déchirées entre émerveillement et révolte perpétuelle, Marilou et moi avons scruté le ciel étoilé de la nuit glacée.

Quelle beauté ! pensais-je – Quelle tristesse ! me répondit-elle.

La planète entière semblait se moquer de notre inconfortable dualité. Alors, en silence nous prîmes le chemin du retour, elle serrant les crocs, moi le coeur en marmelade.

Se pourrait-il que demain, il neige sur la plaine ? Y aura-t-il encore des enfants pour construire un bonhomme et lui mettre un chapeau sur la tête ?

Demain, peut-être que les loups parleront aux bergers, que la source des larmes se tarira, que les hommes feront la paix…

Marilou appuya rageusement sur l’accélérateur et augmenta à fond le volume de l’auto-radio.

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terrasse avec vue

feuilles qui volentEn ce doux après-midi de grisaille, Marilou s’est assise à la terrasse du café du Minck, commande une bière blanche, machinalement allume une cigarette. Sur le quai des pêcheurs, une volée de goélands se dispute un poisson éventré. Elle cherche du regard son volatile unijambiste mais ne le trouve pas. Sans doute est-il mort, échoué sur la plage, à moitié dévoré par les crabes. Il n’existe pas de cimetière pour goélands.

De son cabas à l’effigie de la statue de la liberté, elle sort un cahier bleu à spirales, sur lequel est écrit son roman inachevé, en feuillette les premières pages. Des mois qu’elle ne les a pas lues et c’est à peine si elle reconnaît son écriture. Les mots qui défilent lui sont étrangers. Il est trop tard. La haine a fait place à l’indifférence et cette histoire n’a plus aucun sens. Rien n’est pire que le vide sidéral.

La cigarette se consume seule dans le cendrier. D’un geste lent, Marilou écrase le mégot, culpabilise. Quelques rares promeneurs se sont arrêtés pour observer le trafic maritime. Là-bas, derrière la jetée ouest, un ferry attend. Une sirène de police hurle, des silhouettes sombres courent en tous sens. Echappées du bidonville.

Marilou reprend son cahier bleu, le retourne. Au verso vierge des pages noircies, elle écrit : « je vous ai beaucoup aimés »…

je suis singe

D’après l’astrologie chinoise, voici ce que nous réserverait 2016 :

« On peut s’attendre à tout et surtout à l’inattendu… Prenez des risques, tout s’arrangera… Le singe sait s’arrêter à temps… Ne soyez ni sage, ni réfléchi, c’est inutile. Votre raison ne vous sortira pas d’affaire…

Ces années réservent toujours quelques facéties… Tout peut arriver, le meilleur comme le pire… Idées nouvelles mais aussi révolutions, émeutes… C’est la pagaille, l’anarchie et le singe s’amuse. »

Considérant le fait que les phares-baobab ne sont que le fruit de mon délire et que les renards, aussi philosophes soient-ils, ne parleront jamais.

Je te le dis à toi, Tonio : c’est foutu !

Il ne nous reste plus qu’à être singe !

Au diable la planète, que la relève se soulève enfin ! Que le Chaos engloutisse les barbares, les amis de pacotille, les amours imposteurs et les cons !

Buvons et dansons sur la tombe de l’année qui s’achève ! Ne soyons ni sages ni réfléchis ! Et que les fous se rassurent, ils auront leur place à notre table.

A ta santé Petit Prince

et bonne année à vous qui passez…

 

sursaut

Le ciel s’est perdu dans la mer. A moins que ce soit la mer qui s’est perdue dans le ciel. Accoudée au rebord en bois poisseux et luisant de la jetée, le regard dans le flou, je me perds aussi.

Le silence fait mal aux oreilles ; seules résonnent mes pensées. Au travers l’opacité brumeuse qui m’enveloppe, se détachent quelques faibles lueurs en mouvement. Bateaux fantômes fuyant vers ailleurs.

C’est un novembre étrange que celui-ci, doux et gris comme un ventre de chaton, mélancolique comme une sonate de Chopin. Et je n’aime pas Chopin. Comme je n’aime pas la torpeur imbécile qui m’envahit.

Certains me disent « lâche-toi ». Il est difficile de libérer des mots enclavés dans une pudeur pseudo-poétique, sous peine de trahir un personnage. Difficile de franchir la barrière de l’auto-censure, sans risque d’exploser.

Tout n’est qu’eau de rose. Je pose des mots sur la toile comme on offre une boite de bonbons. Acidulés ou sucrés, qui font du bien quand il pleut.

Mais le film n’est pas terminé et on n’extermine pas les démons avec des bonbons…

Sur l’écran gris blanc de l’horizon, se profilent les mots écrits sur la première page : « puisqu’on a décidé de tout se dire, je m’appelle Marie-Louise, Marilou pour les intimes ».  mdajetée2015

Bob et Jimmy

USA MAI 2012 N° 2 038
Sausalito côté hippy

Après la seconde guerre mondiale, à Sausalito (banlieue nord de San-Francisco), croupissent des chantiers navals et des épaves de bateaux abandonnés. Tout est gratuit, à disposition. En quête d’un nouveau monde où tout serait à réinventer, on se sert, on récupère les bateaux et on les transforme en « house-boats ». Le résultat est original et ingénieux et personne n’y trouve à redire.

A la fin des années 60, en pleine guerre du Vietnam, apparaît le mouvement hippy. Les enfants-fleurs envahissent San Francisco et beaucoup s’installent dans les house-boats de Sausalito. Ils y créent un mode de vie communautaire, véritable contre-culture de la société américaine. Leur idéologie : non-violence, refus du conformisme, liberté sexuelle, partage et écologie. Leur credo « faites l’amour, pas la guerre » sur fond de musique psychédélique et de drogues.  Ils vivent principalement d’artisanat…mais souvent grâce au soutien de leurs parents fortunés.

Le rêve perdure quelques années, puis s’étiole peu à peu ; les temps changent, les mentalités aussi…La plupart quitte « Sausalito paradise » et retourne à la réalité d’une vie de labeur, d’individualisme et de sur-consommation.

De cette époque subsistent quelques vestiges étonnants qui attirent la curiosité de nombreux touristes. Baraques colorées et fleuries, pontons de bois vermoulu, installations électriques hors normes (la norme étant une injure pour les habitants de ce joyeux foutoir). Au cours d’une promenade, il n’est pas rare de croiser quelque vieil  irréductible,  toujours pas résigné, qui défend jalousement son « floating home » à grand renfort de panneaux « private » . 

Les derniers utopistes sont cependant menacés par les promoteurs qui ont commencé à exécuter leur plan : construire des quais en dur et  des maisons flottantes de luxe.
L’endroit étant très prisé par les « bobos » et autres « golden boys », la gentrification s’est mise en marche. Les house-boats se négocient désormais entre 300 000 et 1 million de dollars.

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Sausalito côté chic

« Bob attendait assis sur une caisse en bois, devant son « floating-home ».  Il semblait avoir maigri un peu et son visage tanné comptait quelques plis supplémentaires. Ses cheveux longs avaient blanchi encore sous le bandana à l’effigie du drapeau étoilé. Il caressait un chaton sur ses genoux. A la vue de ses visiteurs d’outre-Atlantique, il stoppa son geste et baissa ses petites lunettes rondes. Marilou fit les présentations…

Biquet, aux anges, avait déjà brandi son attirail photographique, mais Bob l’arrêta : « S’il-te-plaît, je déteste ça ». Il invita les deux amis à entrer dans son antre. Le confort était spartiate, mais les coussins à même le sol, les tapis indiens et l’odeur d’encens qui flottait, donnaient à l’endroit une atmosphère sereine. Marilou s’y sentait bien.

Après avoir servi du thé à la bergamote, Bob s’installa à terre devant ses invités et commença à gratter nonchalamment les cordes de sa veille guitare « Guild ». Puis il s’adressa à Marilou : »Ainsi, tu es revenue…toujours à la recherche de Jimmy, je suppose… »

Le dernier chapitre aurait pu commencer ainsi. Dans l’avion de retour vers l’Europe, Marilou reposa son cahier et son stylo et décida de regarder le film « Avatar ». Elle n’était pas retournée à Sausalito, et Bob n’existait que dans son imagination. Elle avait fuit au bout du monde, comme d’autres fuient à l’intérieur d’eux-mêmes, à la recherche d’une vérité qui ne lui serait jamais dévoilée. La seule certitude que Bob aurait pu lui confirmer était que Jimmy n’avait jamais aimé que lui-même. Et elle se concentra sur « Avatar ».

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c’est une maison bleue

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L’homme ne fait pas que détruire. Il bâtit des ouvrages d’art, érige des gratte-ciels et des forteresses, démesurés, insensés, à l’image de son propre ego et le résultat n’est pas toujours heureux. Mais il est des exceptions ; San-Francisco en est une. La belle est un écrin où l’Art Déco, le style Victorien, et les tours de verre et d’acier, se lovent en parfaite harmonie.

alamo-square_940x705A l’arrivée des deux compères, la ville avait revêtu sa tenue de soirée. Un dernier rayon de soleil jouait à cache-cache entre les buildings et caressait la baie avant d’y plonger. Le Golden Gate, alourdi par une circulation trop dense, soudain s’illumina d’orangé pour signifier son courroux. Alcatraz avait disparu dans la brume et sur les quais affluait la faune de la nuit.golden gate

Le lendemain fut consacré à une flânerie sur le « Wharf ». Marilou voulait absolument manger des crevettes à la Compagnie Bubba Gump. Cette fois encore elle se projeta dans son cinéma et scruta les bateaux accostant sur le port, espérant vaguement y apercevoir Forrest sur son crevettier, ou même le Lieutenant Dan’….Incorrigible, elle est…OLYMPUS DIGITAL CAMERA

…Le vieux Cable-car grinçait toujours autant et montait péniblement Powell Street. Au terminus ils descendirent et se mêlèrent à la foule, une foule de tous les sexes…et fière de l’être ! Une foule cosmopolite, blanche ou de couleur, filiforme ou obèse et sans complexe aucun. Des bandes d’étudiants, futurs traders ou ingénieurs de la Silicon Valley. Mais parfois sur les mêmes trottoirs, les laissés-pour-compte et les junkies. A chaque coin de rue résonnaient des notes de jazz. « Jimmy aimerait cela » –  pensa-t-elle. (Incorrigible elle est, oui je sais, je l’ai déjà dit). L’Amérique dans toute sa diversité et ses contrastes.

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En ce début de Mai, Frisco ne faillait pas à sa réputation de ville la plus fraîche de Californie. Marilou releva son col et pressa le pas. Avant de quitter le centre-ville, elle tenait à vérifier si la « maison bleue » n’avait pas changé de couleur depuis sa dernière visite. maison bleueSatisfaite, elle sourit en pensant à Bob, ce vieil hippy indécrottable. Mais Sausalito et ses « house-boats« , ce serait pour demain….

l’arbre de Joshua

Joshua tree 2

Ces derniers jours, Marilou n’en  pouvait plus d’admirer la beauté extravagante du Grand Ouest. La mémoire interne de son ordinateur cérébral était saturée d’images et elle avait hâte d’arriver à San Francisco. Goûter le vent salé, retrouver la civilisation, voir des gens, marcher sur le bitume du Wharf.

Biquet ne comprenait pas cette lassitude soudaine. Lui restait insatiable. Pourtant, ils en avaient bouffé du canyon et du désert !  Grand Canyon sous la grêle (hé oui), Monument Valley (là où la terre et le ciel se sont aimés), magique Antelope, Zion, Bryce et ses hommes pétrifiés pour avoir offensé le coyote (selon la légende amérindienne), Horseshoe bend, Valley of fire, Death Valley, Powel lake…Une véritable indigestion de beauté à l’état pur…

Au fur et à mesure qu’ils remontaient vers la côte Nord-Ouest, Marilou trépignait d’impatience. Pourtant, traversant le désert de Mojave, elle tomba en admirative tendresse devant les arbres de Joshua. Petits et tordus, épineux, poussiéreux, ils lui ressemblaient un peu.

Lorsque mourut Moïse, Josué lui succéda. Il fit traverser le Jourdain à pied sec aux Hébreux, comme avec Moïse ils avaient traversé la Mer Morte. Il leur fit prendre Jericho : inspiré par son Dieu, il leur ordonna de massacrer toute la population, hommes, femmes, enfants, vieillards, et les animaux domestiques. Il n’y eut qu’une exception : une prostituée et sa famille, qui avait trahi les leurs en protégeant les espions hébreux. Au milieu du XIXme siècle, les Mormons, nourris de lectures bibliques, furent les premiers à voir des Joshua Trees : ils nommèrent ainsi l’arbre qui leur semblait les guider vers la Californie, la nouvelle Terre Promise.

(source Wikipédia)

Ce que cherchait Marilou était sa vérité promise …