un sapin et la mer

(énième édition)

Jamais je n’aurais imaginé le retrouver chaque année au même endroit, lui aussi, et pourtant. Toujours esseulé, semblant attendre je ne sais quoi, je ne sais qui…Ancré fermement face à la mer, il devait avoir bravé mille tempêtes pour être si tenace. Peut-être un peu bancal mais toujours debout, la tête dans les étoiles.

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« Dr Livingstone I presume ? »

Ce fut la phrase bête qui m’était venue à l’esprit

lorsque je le rencontrai la première fois.

En approchant sa silhouette je m’étais aperçue

qu’il s’agissait d’un sapin esseulé.

Que faisait-il, posé là, oublié, abandonné ?

Probablement un sapin de trop, un qui dérange …

A moins qu’il ne fut un sapin original,

las de trôner devant une cheminée.

Alors il se serait évadé,

alors il serait allé voir la mer…

Je m’étais assise près de lui pour lui tenir compagnie

et nous nous racontâmes notre vie.

Il me conta sa forêt, je lui parlai des monts d’Ardèche.

Ensemble nous nous prîmes à rêvasser…

la mer, indifférente, continuait à valser.

Je lui dis qu’il était beau.

Il rougit de plaisir,

alluma ses lumières et fit briller son étoile.

Au loin, des gens s’aimaient,

ou faisaient semblant.

Un navire qui passait nous salua

puis disparut dans le soir.

Quelques flocons tourbillonnèrent

et vinrent mourir sur le sable.

Il était tard, on m’attendait.

Le sapin esseulé s’éteignit doucement

Et la mer, indifférente, continua à valser…

__________

A vous qui passez

Joyeux Noël !

 

deux princes

Il était une fois, un prince en Avignon, qui rencontra Le Petit Prince.

C’était un après-midi de décembre, la veille des vacances de Noël. Dans la classe CP de Madame Terli, la chaleur du soleil entrant par les hautes fenêtres nous rendaient somnolentes. Toutes nos affaires étaient rangées ; dans trois heures ce serait la liberté, le vent d’hiver et le goûter à la maison. Mais en attendant, il fallait passer le temps.

Madame Terli ferma la boucle de son cartable en cuir. Puis, avec un sourire dans le regard, nous interpella ainsi : « bon, les enfants, puisque vous avez été sages et que personne n’a vraiment envie de travailler cet après-midi, nous allons écouter une très belle histoire ». Elle sortit le tourne-disques du placard au fond de la classe, l’installa sur une table et le brancha. Le sourire dans son regard se transforma en un sourire tout court lorsqu’elle posa le disque 33 tours sur la platine. Quelques petits craquements se firent entendre, et soudain la magie commença…

Avant qu’on m’offre le livre de Saint Exupéry, je découvris ce jour-là l’histoire du Petit Prince, racontée par Gérard Philipe. Ce fut le plus beau jour de ma vie à l’école primaire.

A l’âge adulte, je relus le livre plusieurs fois, essayant de retrouver l’émerveillement de l’enfance. Mais un soupçon de tristesse, indéfinissable, avait terni la magie. Sans doute étais-je devenue « quelqu’un de sérieux ». Et puis « c’est si mystérieux le pays des larmes »…

Gérard Philipe aurait cent ans aujourd’hui. J’entends toujours sa voix, nous transportant de la classe de Madame Terli vers le désert, quelque part sur la planète…