mascarade

Au grand bal de la Commedia, j’ai soulevé le masque de chacun des figurants.

Sous le masque imperturbable, une colère bouillonnait.

Sous le sourire bienveillant se cachait une profonde tristesse.

Sous le masque provocateur se nichait la timidité.

Sous un masque grognon jaillit un coeur d’or.

Puis sous un masque beau parleur, des mensonges déferlèrent.

Enfin sous le masque flatteur, une hypocrisie perfide et hideuse me mordit.

Pauvres clowns…

J’aurais pu continuer ainsi et faire le tour de la terre. Mais lasse de cette mascarade, je m’assis dans un coin.

Ne trouvant aucun miroir à la ronde pouvant me renvoyer mon image, je tentai d’ôter mon propre masque afin de me regarder en face.

Hélas il me collait si bien que j’en arrivai à m’arracher la peau du visage.

Un petit enfant sans masque, qui passait par là, m’interpella : « tu saignes, madame« .

Alors je repositionnai mon masque quotidien et lui souris avec les yeux.

l’éclaireuse

« On est de son enfance comme on est d’un pays » –
Antoine de Saint-Exupéry-

Mon pays a disparu sur l’écran plasma du salon d’Ophélie, quand son visage s’est évanoui dans la brume. Une voix a dit « vous ne me voyez plus mais je suis toujours là« . Vaine consolation.

Je ne suis plus l’enfant de quelqu’une. Démunie, dépossédée de mon refuge ultime, je marche seule, en éclaireuse. Sur le chemin qui mène à l’inconnu, j’ouvre la marche. Portant sur mes épaules, le poids des mots que je n’ai jamais pu prononcer.

L’eau salée de mes yeux est tombée dans la mer. Comme un dernier appel…

 

 

page neige

corbeau dans la neige2

L’hiver s’est emparé de la plaine.

La plaine est silence,

la plaine est tombeau.

Le silence est glacé,

le silence est blanc.

Ma page blanche

comme  neige.

L’hiver s’est emparé de mon cerveau.

Le corbeau est là,

qui attend.

Mauvaise augure,

oiseau de mort.

La mort blanche.

Blanche est ma page.

Page silence…

sans aucun sens

897c64e8Je voudrais pousser les murs, casser le macadam, en faire jaillir des geysers de lave bouillonnante. Je voudrais l’horizon infini et  les monstres ailés de mes chimères surgissant de l’écume. Je voudrais le fracas pour réveiller ma torpeur.

Engluée dans mon microcosme, je contemple mon inertie. Il fait froid et j’étouffe. Mes jambes prises dans le béton ne bougent plus. Des rats d’égouts me reniflent. Les corbeaux tournoient…

Courir, courir !

Le corps emprisonné, la tête qui éclate. Se peut-il que le cauchemar se termine un jour ? Le monde est aveugle et sourd,  le temps est une illusion. J’ai des fourmis à l’intérieur des bras. Je voudrais hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. Seul mon coeur est en vie ; envers et contre tout, il bat…

La nuit pâlit. Il est 5h17. Une pièce de monnaie tombe dans le répondeur de ma messagerie. C’est un papillon égaré, une pensée multicolore qui me chatouille les sens. Un mot, deux mots, trois mots ? Une note, deux notes, trois petites notes de musique ?

C’est fou comme il fait chaud dans cette chambre !

 

 

 

les rêves meurent aussi

Blackstar_album_cover

Des millions de gens meurent chaque jour. Des enfants sont égorgés, des femmes lapidées, des hommes décapités. L’horreur est quotidienne. Nous nous indignons, nous manifestons. Nos coeurs serrés n’en peuvent plus. Nous étouffons, nous saturons. Et voilà qu’à l’annonce brutale du décès d’une icône, les larmes coulent enfin…

On peut critiquer, se moquer et certains ne s’en privent pas. Que ceux-là passent leur chemin ; l’émotion n’est pas l’apanage des bien-pensants.

Un jour quelqu’un m’a dit « ne détruis pas mon rêve« .

Mais il arrive que les rêves meurent.

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Millions of people die every day. Children are knifed, women are stoned to death, men are beheaded. The horror is daily. We get indignant and we show it. Our tight hearts cannot bear any more. We suffocate, we saturate. And one day, to the rough announcement of the death of an icon, tears flow finally …

We can criticize, laugh and some do not go without it. Those ones can cross their path ; because emotion is not the privilege of the right-thinking.

One day somebody told me  » do not destroy my dream « .

But it happens that the dreams die.