envol ultime

Et puis un jour, on devient invisible.

Alors je m’envolerai sur les ailes d’un pygargue à tête blanche, pour ne plus revenir jamais.

Avec moi j’emporterai les rires des enfants et leurs baisers mouillés, les jonquilles au printemps, la douceur d’un ventre de chaton, les champs de fraises et les champs de lavande, les bonbons anglais, un saxo dans la nuit moite, l’odeur de la terre après l’orage, le sel des embruns, le bruit du ressac, mes délires alcoolisés et les volutes d’une Rothman light, les sons du désert, l’ivresse de l’immensité, le galop des chevaux…

Et je serai comblée.

joyeuses Pâques

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C’est Pâques, j’aurai droit à deux pièces de un franc pour le denier du culte. A huit ans, personne n’aime aller à la messe et je ne fais pas exception. Mais j’aime le chemin qui va de la maison jusqu’à l’église St Benoit. Surtout le trottoir de gauche, là où se trouve la graineterie. Ca sent terriblement bon, le grain. Et puis, il y a les oiseaux et surtout les poussins…

Dans la vitrine, ils sont blottis les uns contre les autres, au-dessous d’une grosse lampe. Il y en a de différentes couleurs : jaune, roux, crème, noir. Je les voudrais tous, mais je n’ai que deux francs ; ça me fera deux poussins ! Je soupire de satisfaction en regardant ce tapis de velours qui respire et j’imagine déjà le moment où je sentirai leur chaleur au-travers de la petite boite en carton dans laquelle la marchande va me les emballer.

Je vais encore être en retard à la messe. Et le père Michel va encore diriger son regard vers moi quand il dira : «Seigneur, pardonnez-moi comme je pardonne à ceux qui m’ont offensée… ». C’est toujours comme ça, mais ça m’est égal. Je l’aime bien le père Michel, avec ses grands pieds nus, été comme hiver. Je ne peux m’empêcher de regarder ses pieds lorsqu’il s’avance vers nous pour nous donner l’Eucharistie et souvent j’attrape le fou-rire, c’est très gênant pour avaler l’hostie.

Il faut absolument que je m’esquive avant l’offrande. Il est hors de question que je sacrifie mes poussins pour enrichir Dieu !

La marchande m’a vue arriver, elle me sourit. Je me dirige droit vers l’enclos aux poussins. C’est doux, c’est chaud, c’est comme un jaune d’œuf avec du duvet ! Je choisis un rouquin et un petit noir qui piaille très fort pour attirer mon attention. Ma grand-mère sera ravie de les accueillir, comme les autres. Elle a construit une grande caisse en bois placée près de la cuisinière à charbon, afin qu’ils aient bien chaud, le temps de grandir un peu avant de rejoindre le poulailler.

Mais, ce qui me parait bizarre, c’est que depuis un certain temps, le nombre de volailles chez ma grand-mère n’augmente plus beaucoup. Pourtant, je ramène un poussin chaque dimanche !

En tournant le coin de la rue Francia, je l’aperçois qui discute avec une voisine sur le pas de la porte.

Sais-tu à combien est le court du poulet aujourd’hui ?
– Oh, ça va chercher dans les cinq francs le kilo !
– Bon alors, je vais t’en prendre deux, ce sera parfait pour le repas de lundi ! »

Soudain, une terrible question m’assaille : « que sont-ils devenus mes poussins ? »…

Depuis longtemps, la graineterie a baissé rideaux. Un restaurant kebab l’a remplacée. Les moines ont déserté l’église St Benoît. A Pâques, dans les vitrines des pâtissiers, des poussins synthétiques …

elle émoi

Je viens de regarder le film de Lisa Azuelos (fille de Marie Laforêt), « I love America ». Parce-que besoin de légèreté, parce-que I love America, parce-que j’aime beaucoup l’actrice principale, Sophie Marceau.

N’ayant aucun talent pour la critique de cinéma, je me garderai bien d’émettre un avis sur la qualité de ce film.

Moi j’ai adoré.

L’histoire se déroulant à Los Angeles, et compte-tenu du fait que j’adore L.A., je suis restée scotchée à mon canapé, savourant avec gourmandise chaque seconde de l’American dream que vit le personnage principal.

Tout y était : le soleil californien, Hollywood et sa démesure, les références cultes, mes propres souvenirs…Cette impression d’être propulsée à l’intérieur d’un film dès l’arrivée à l’aéroport.

Un film à l’intérieur d’un film…mais qui est le metteur en scène ? (merci Mr Lynch).

J’en étais à ce stade de l’émotion, quand un nuage vînt assombrir l’azur de mon rêve.

L’histoire raconte aussi la non-communication entre une mère et sa fille. Leur amour impossible, jusqu’à ce que la mort « répare » ce couple improbable.

Gros pincement au coeur…

Alors je me suis souvenue d’une plume blanche, tombée à mes pieds, un jour que je flânais sur la jetée, là où, quelques mois auparavant, j’avais confié les cendres de ma mère, à la mer…

Tout est relié.