Back to the roots – Il était une fois le blues

Whitney plantation – 5099 River Road – Wallace – Louisiane

A l’instant où nous avons franchi la porte de la petite église, à gauche de la maison des maîtres, j’ai su que le vent avait définitivement emporté le mythe de Scarlet O’Hara.

– Créations de l’artiste Woodrow Nash –

Le regard mort de ces statues d’enfants me transperça le coeur. L’endroit était chargé. J’étouffais.

Sur les 350 plantations que comptait la Louisiane, 8 sont encore debout. Toutes exposent la superbe de cette époque, vue du bon côté. Toutes, sauf  Whitney plantation.

Le mot « blues » n’existe pas encore. Dans les champs de coton et de canne à sucre, c’est une voix africaine qui s’élève, à laquelle répondent plusieurs voix…A l’heure où le soleil se couche, le désespoir se rythme sur des calebasses en bois.

Je sens que j’arrive au but que je me suis fixé.

Guerre de sécession, abolition de l’esclavage…le temps passe, l’illusion de liberté aussi. Le peuple noir se disperse sur le continent américain. Les guitares, washboards, banjos, harmonicas, remplacent les instruments en bois. Dans les églises on chante les « negro spirituals » puis les « gospels ». Tandis que dans les rues et les bars, l’âme noire rit et pleure à la fois.

La musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues…

Back to the roots – le bayou

« pou m’trouver c’est pô défficil tu suis l’chmin j’qu’au bout et lô, ya l’peck-up avec mon nom marqué d’ssus »

C’est ainsi que Norbert Leblanc (*), personnage haut en couleurs et connu comme le loup blanc, nous indiqua de son délicieux parler Cadien, comment le rejoindre dans le bayou (**).

La barque glisse sur les eaux sinueuses nappées de vert et nous pénétrons au coeur de la fantasmagorie. Telle une armée espagnole, les cyprès barbus et torturés se tiennent au garde-à-vous. Figés dans l’éternité par quelque sort vaudou.

Notre guide nous conte sa vie de chasseur d’alligators et ponctue chaque phrase d’une savoureuse anecdote. (je prends note que la meilleure façon d’attraper ce monstre reptilien est de lui offrir un morceau de touriste…)

L’orage est dans l’air, le ciel s’assombrit. Un vent chaud plisse la surface de l’eau. Norbert fait silence ; il surveille les mouvements de la faune.

« laissez le bon temps rouler » comme ils disent…je voudrais que le temps s’arrête…

Quand soudain, nous retenons notre souffle. Le seigneur du marais surgit de la profondeur ténébreuse et s’élance hors de notre trajectoire. Alors que les tortues s’affolent, l’aigle pêcheur risque une tête hors de son nid. Un héron prend la pose. Un seul mot me vient à l’esprit : harmonie…

(*) Norbert Leblanc swamp tours : Tél : 1 337 654 1215 – Breaux Bridges – Louisiane

(**) bayou : nom d’origine indienne (bayuk) signifiant « sinuosité, serpent » et désignant les méandres du Mississipi pénétrant dans les terres. Par extension nom donné à la région des marécages en Louisiane

Back to the roots – Clarksdale

Le jour d’après, ayant quelque sympathy for the devil, je m’attardai un peu sur cet endroit de légende où Robert Johnson a vendu son âme au diable pour l’amour du blues. Honnêtement, je pense qu’il aurait mérité mieux que trois guitares pendues au crossroad des highways 49 et 61…mais ne faisons pas la fine bouche. Le but n’est plus très loin.

…Les rues de Clarksdale sont désespérément vides. Les bluesmen ont déserté les lieux, abandonnant derrière eux des relents de Jack Daniels et quelques notes plaintives. Les fauteuils défoncés du Ground Zero où son illustre propriétaire de Morgan Freeman ne daigne pas se montrer, nous tendent leurs bras poussiéreux. Une carcasse de vieille américaine attend sous le soleil exactement. Le vieux cinéma Paramount se souvient de sa dernière séance et implore notre regard indulgent. Dans quelques ruelles éloignées du centre-ville, des abris de tôle hébergent des fantômes noirs et nous rappellent que l’état du Mississipi est le plus pauvre des USA.

Un vent chaud se lève et nous assoiffe. En bons français que nous sommes, nous cherchons du vin. Nous ne trouverons que des fioles de whisky épicé…Ces épices qui vous brûlent le corps et l’esprit et vous font oublier tout le reste.

Ce soir-là, dans le hall du motel, le blues nous envahit, nous commençons à comprendre…

Back to the roots – de Nashville à Memphis

« Où vas-tu, l’Amérique, dans ta voiture brillante dans la nuit ? » – Jack Kerouac –

Au cours de ce périple du retour aux sources, il était impossible d’éviter Nashville et Memphis. Pourtant je ne m’attarderai pas à vous les présenter. Les guides touristiques y pourvoient largement. Je pourrais vous conter la folie nocturne de leur « downtown ». Je pourrais vous parler de Broadway Street, de Beale Street, du Hall of Fame, du Sun Studio, de Graceland…Tous ces lieux cultes chers aux musiciens et amoureux de cette musique dite diabolique. Pourtant, ce que je retiens de ce voyage, c’est tout autre chose.

C’est sur la route que mon attention s’est focalisée. Ce sont ces kilomètres parcourus sans rencontrer âme qui vive. C’est Natchez Trace, interminable ancienne piste qu’empruntaient à pied les Amérindiens et les premiers colons. C’est ce grand pêcheur « black » qui nous raconte sa vie de soldat basé en Belgique pendant la guerre du Koweit. C’est ce troquet en pleine cambrousse qui nous sert de la bière tiède dans des bocaux à confiture. Sur le parking, un Pick-up affligé d’une banderole « Trump ». C’est Bentonia où nous cherchons désespérément le patron du « Blue Front Café »….

Ce sont ces pelouses immenses devant chaque maison, toutes tondues à longueurs égales, au brin d’herbe près. C’est un coyotte, un raton-laveur, des écureuils, des chiens de prairies qui traversent la route et nous émerveillent. Ce sont ces panneaux étranges « adopt a highway » qui nous intriguent. Ce sont ces gens qui nous accueillent toujours avec le sourire, ravis de rencontrer des Français. Ils ont tous un parent, un ami, qui a visité la France. Ils ignorent où se situe Paris mais rêvent d’y aller un jour. Souvent ils nous demandent si nous produisons nous-mêmes notre vin….pendant qu’ils nous offrent un Cabernet de Californie dans un gobelet en plastique ! J’aime cette Amérique-là.

Malgré la Country en Santiags, le rock tatoué et le blues sulfureux des bars ou clubs de Nashville et Memphis, je n’ai pas accédé à ma quête de l’âme de la musique. Non, elle se trouve ailleurs…Direction Clarksdale….au prochain numéro !

Mais en attendant, enjoy le « Memphis sound » avec Jason James, enregistré au Jerry Lee Lewis Café !

Back to the roots – New Orleans

Sensuelle, moite et fiévreuse, joyeuse et colorée, NOLA est une vraie fille du sud. La nuit est son royaume, la musique est son credo.

Oubliée Katerina. NOLA jouit de la vie comme si rien ne pouvait la détruire. Les senteurs épicées se mêlent à ma propre moiteur. Dans Bourbon Street je ris à la cacophonie ambiante. Dans Frenchmen Street, je marche au rythme du jazz. Tout n’est que sensation à fleur de peau.

Puis, à l’heure où les oiseaux de nuit se cachent pour dormir,  à grande eau poussée par des mains noires, NOLA se refait une beauté.

Effacée la débauche en tous genres. La musique s’est tue, repue de tant de notes éclatées. Même les statues du parc Louis Armstrong jouent en silence.

Replié dans son antre le vaudou, évanouis les fantômes du cimetière St Louis. Dentelles de fer forgé, colonnes blanches et façades colorées se disputent la vedette.

Une calèche emporte les premiers touristes vers les rives du Mississipi

Paisible et nostalgique, le fleuve (the river comme ils disent) attend.

On dirait le Sud….

 

peggy sue

plymouth

J’ai garé la Plymouth de papa sur le bitume brûlant, devant chez Peggy Sue. Des heures que je roule dans le désert de Mojave, et Mesquite est encore loin. Mes vêtements me collent à la peau. J’ai faim et j’ai soif.

Je me suis installée sur une banquette près des fenêtres d’où j’aperçois les collines de Calico. Peggy m’offre son large sourire et me tend le menu. Ici, on mange comme à la maisonpeggy sue ! Pour moi ce sera côtes de porc poêlées au beurre, accompagnées d’une purée de pommes de terre et de tranches d’ananas. Le tout arrosé d’une Bud bien fraîche.

Il y a du monde au comptoir et dans le fond de la salle, un groupe d’anciens GIs se racontent leurs souvenirs. Pendant que Buddy Holly chante dans le juke-box. Moi je préfère Elvis.

Discrètement, j’ôte mes chaussures à hauts talons et j’allume une cigarette. C’est bon de se sentir libre.

Papa est un homme taciturne. Depuis qu’il est rentré d’Europe, son esprit est resté sur les plages normandes. Je n’avais qu’un an à l’époque. J’ignore où se trouve la Normandy et je ne tiens pas à le savoir.

A l’université, les garçons ne pensent qu’aux filles et au rock’n’roll. Mon petit ami s’appelle Jimmy. Quand il aura son diplôme, nous nous marierons et nous aurons une grande maison en Californie, un chien et deux enfants. Enfin, c’est ce dont il rêve. Mais moi je voudrais faire du cinéma.

Je me sens un peu lourde avec la cuisine de Peggy. Tant pis pour le cheese-cake ! Peggy m’offre un second mug de café, mais il est tard, je dois atteindre Mesquite avant la nuit.

Le soir tombe sur le Nevada. Il fait encore très chaud dehors.

En remontant dans le cabriolet Mustang, je sens mon portable vibrer dans la poche de mes jeans. Cinq SMS arrivent simultanément. Foutu réseau ! Il faut décidément que je change d’opérateur….

c’est une maison bleue

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

L’homme ne fait pas que détruire. Il bâtit des ouvrages d’art, érige des gratte-ciels et des forteresses, démesurés, insensés, à l’image de son propre ego et le résultat n’est pas toujours heureux. Mais il est des exceptions ; San-Francisco en est une. La belle est un écrin où l’Art Déco, le style Victorien, et les tours de verre et d’acier, se lovent en parfaite harmonie.

alamo-square_940x705A l’arrivée des deux compères, la ville avait revêtu sa tenue de soirée. Un dernier rayon de soleil jouait à cache-cache entre les buildings et caressait la baie avant d’y plonger. Le Golden Gate, alourdi par une circulation trop dense, soudain s’illumina d’orangé pour signifier son courroux. Alcatraz avait disparu dans la brume et sur les quais affluait la faune de la nuit.golden gate

Le lendemain fut consacré à une flânerie sur le « Wharf ». Marilou voulait absolument manger des crevettes à la Compagnie Bubba Gump. Cette fois encore elle se projeta dans son cinéma et scruta les bateaux accostant sur le port, espérant vaguement y apercevoir Forrest sur son crevettier, ou même le Lieutenant Dan’….Incorrigible, elle est…OLYMPUS DIGITAL CAMERA

…Le vieux Cable-car grinçait toujours autant et montait péniblement Powell Street. Au terminus ils descendirent et se mêlèrent à la foule, une foule de tous les sexes…et fière de l’être ! Une foule cosmopolite, blanche ou de couleur, filiforme ou obèse et sans complexe aucun. Des bandes d’étudiants, futurs traders ou ingénieurs de la Silicon Valley. Mais parfois sur les mêmes trottoirs, les laissés-pour-compte et les junkies. A chaque coin de rue résonnaient des notes de jazz. « Jimmy aimerait cela » –  pensa-t-elle. (Incorrigible elle est, oui je sais, je l’ai déjà dit). L’Amérique dans toute sa diversité et ses contrastes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

En ce début de Mai, Frisco ne faillait pas à sa réputation de ville la plus fraîche de Californie. Marilou releva son col et pressa le pas. Avant de quitter le centre-ville, elle tenait à vérifier si la « maison bleue » n’avait pas changé de couleur depuis sa dernière visite. maison bleueSatisfaite, elle sourit en pensant à Bob, ce vieil hippy indécrottable. Mais Sausalito et ses « house-boats« , ce serait pour demain….