page neige

corbeau dans la neige2

L’hiver s’est emparé de la plaine.

La plaine est silence,

la plaine est tombeau.

Le silence est glacé,

le silence est blanc.

Ma page blanche

comme  neige.

L’hiver s’est emparé de mon cerveau.

Le corbeau est là,

qui attend.

Mauvaise augure,

oiseau de mort.

La mort blanche.

Blanche est ma page.

Page silence…

vous êtes mort Monsieur Bowie

Il y a un an, jour pour jour, je lui souhaitais son anniversaire à ma façon. Trois jours après il avait rejoint l’étoile noire…

Voici ce que j’écrivais one year ago :

« Vous avez vieilli Monsieur Bowie.

Ce matin en ouvrant les yeux sur le monde, je n’ai pas réussi à être blasée, pas encore.

Mitterrand vingt ans déjà, Renaud le retour, et David Bowie 69 ans aujourd’hui !

Trois infos sans réelle importance qui m’ont projetée loin derrière.

Je n’ai pas vu le temps passer.

Y-a-il une vie sur Mars ? Pouvons-nous être des héros, juste pour un jour ? Qui est Ziggy ? Major Tom est-il revenu sur terre ?

A toutes ces questions demeurées sans réponse, une seule solution : Let’s dance !

Vous avez vieilli Monsieur Bowie, but Nothing has changed. »

Aujourd’hui…vous êtes mort Monsieur Bowie,

and nothing has changed…

la véritable histoire du père Noël

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A ne pas raconter aux enfants….

Après sa journée de labeur, chaque soir du mois de Décembre, le vieux monsieur de Laponie se tord de rire devant sa télévision. Pour rien au monde il ne manquerait toutes ces publicités qui montrent ses sosies dans chaque pays. Des maigres, des gros, des jeunes, des vieux, des pères Noël en moto, en hélicoptère, déguisés en vert, en jaune, en bleu….Et même certains affublés d’une « mère Noël » ! Comme si sa femme accepterait de le suivre, elle qui est si casanière ! …

Non, il n’en est rien de tout cela. Voici comment l’histoire a commencé.

Il y a bien longtemps, l’arrière arrière arrière grand-père du vieux monsieur de Laponie, trouvait la nuit polaire bien longue et s’ennuyait. Il s’était alors mis en tête de fabriquer des jouets puis de les distribuer à tous les enfants de son petit village finlandais. En échange, les parents lui offriraient sans doute des victuailles, pour lui et son troupeau de rennes. Ils lui couperaient son bois, car lui se sentait fatigué pour une telle besogne.

Et c’est exactement ce qui arriva. ….Cette heureuse initiative avait un si grand succès que les années suivantes, ce brave homme dut appeler les jeunes du village pour lui donner un coup de main.

Cette fabrique artisanale avait pris une grande ampleur car elle avait fait écho dans les villages voisins et tous les enfants réclamaient leur jouet à l’approche de Noël. Bientôt, l’ancêtre dut organiser des livraisons. Alors il mit six de ses rennes à contribution et remplit son traineau avec les paquets cadeaux contenant les précieux trésors. Puis il partait la nuit du 24 Décembre, emmitouflé dans son manteau de laine rouge, sa fourrure d’ours sur les genoux.

« Ho ho ho », criait-il à l’entrée de chaque village, afin de freiner son attelage. Les enfants l’entendaient et les petits coeurs battaient d’émotion, se demandant quelle serait leur surprise. Les parents préparaient parfois du vin chaud pour le vieillard ; ils le trouvaient bien courageux de se promener la nuit par moins 30 degrés, rien que pour le plaisir des enfants…
C’est ainsi que naquit la tradition.

Vers les années cinquante, des touristes américains eurent l’idée saugrenue de partir en vacances en Laponie. Après avoir éprouvé les sensations du traineau sur les immensités neigeuses, après avoir admiré les élevages de rennes, après avoir frissonné au chant des loups, ils visitèrent l’atelier des jouets et furent émerveillés. Le guide de l’agence touristique leur expliqua l’historique. Et naturellement, dès leur retour en Amérique, l’idée d’en faire un business se répandit très vite.

Le vieux monsieur de Laponie fut très étonné de son succès grandissant. Bientôt il commença à recevoir des tonnes de courrier en provenance de la planète entière. Ne parlant que le Finnois, il ne comprenait rien à toutes ces langues étrangères et dut embaucher un traducteur. Sur chaque enveloppe était écrit « père Noël » ou bien « Christmas father » ou encore « joulupukki » et ces appellations le faisaient bien rire.

Des enfants de tous pays lui écrivaient des lettres pleines de gentillesse, qui s’avéraient être de véritables bons de commandes pour des jouets. Le vieil éleveur de rennes ne se sentait pas le cœur de les décevoir et créa une véritable usine de fabrication, au milieu des sapins. Il embaucha comme ouvriers, tous les lutins de la forêt. Et comme il se faisait très vieux et fatigué, il eut la sagesse d’enseigner le métier à son fils, qui lui-même apprit le métier à son propre fils.

Les années, les décennies passèrent… Le petit village finlandais prospérait car chacun tenait un rôle important dans la fabrique de jouets : bûcherons, ébénistes, sculpteurs, peintres, magasiniers, tous travaillaient pour la même cause. Bientôt, l’usine tourna toute l’année, faisant vivre la population à un rythme effréné.

Aujourd’hui, le vieux monsieur de Laponie est le septième de sa génération. Chaque année au mois de Décembre, les lettres lui parviennent et le traducteur lui explique les commandes. Cependant, il lui est très difficile de satisfaire les enfants de notre époque ; ceux-ci lui demandant des choses impossibles, des jouets qu’on ne peut fabriquer avec du bois !

Il est loin le temps où son ancêtre sculptait minutieusement ses pantins et ses tambours pour les enfants du village…Désormais il est contraint de passer commandes à des prestataires japonais ou chinois, afin de fabriquer les jeux sophistiqués qu’il ne connait pas, sauf en publicité à la télévision.

Lorsqu’ il regarde les émissions célébrant sa notoriété, il est un peu triste de voir toutes ces mascarades, ces montagnes de jouets qui finiront dans les poubelles. Le vieux monsieur de Laponie est dépassé par les évènements. Le progrès va trop vite pour lui ; les enfants grandissent trop vite. D’ailleurs, les enfants existent-ils encore ? Il se le demande parfois…

Un jour de grand blues, il songea à se reconvertir et à fermer l’usine de jouets ; mais les lutins se révoltèrent et menacèrent de se syndiquer. Les habitants du village manifestèrent leur désaccord en encerclant l’usine.

Même les rennes tapèrent violemment du sabot. Car il faut les voir, comme ils piaffent d’impatience tous les 24 Décembre avant de s’envoler dans la nuit étoilée, au-dessus des villes et des villages de la terre entière…

Face à une telle pression, un tel désarroi, un si beau témoignage d’amour, le père Noël se dit : « Je ne peux détruire une si belle légende »…

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lucidité

snowman-1210018_1280Il neige sur WordPress. Cadeau hivernal du règne virtuel pour nous rappeler qu’au-delà de l’écran, les saisons passent.

A la fin de ce mois, le géant de la blogosphère livrera ses statistiques en comparant le nombre de visiteurs annuel de chaque blog, au nombre de voyages que le métro New Yorkais devrait effectuer pour les déplacer tous, sachant qu’il contient 1200 personnes !

Dérision dérisoire d’un monde calculateur…

Déchirées entre émerveillement et révolte perpétuelle, Marilou et moi avons scruté le ciel étoilé de la nuit glacée.

Quelle beauté ! pensais-je – Quelle tristesse ! me répondit-elle.

La planète entière semblait se moquer de notre inconfortable dualité. Alors, en silence nous prîmes le chemin du retour, elle serrant les crocs, moi le coeur en marmelade.

Se pourrait-il que demain, il neige sur la plaine ? Y aura-t-il encore des enfants pour construire un bonhomme et lui mettre un chapeau sur la tête ?

Demain, peut-être que les loups parleront aux bergers, que la source des larmes se tarira, que les hommes feront la paix…

Marilou appuya rageusement sur l’accélérateur et augmenta à fond le volume de l’auto-radio.

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Victor ou la vie derrière lui

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« Je vais bientôt mourir » m’annonça-t-il en souriant.

Victor ne plaisante jamais, mais cette fois, je crus qu’il dérogeait à la règle. Au vu de son apparence physique plutôt guillerette pour ses 95 ans, l’idée même de sa mort prochaine ne pouvait m’effleurer.

Six ans que nous sommes voisins lui et moi. Avec sa stature militaire, ses costumes prince-de-Galles et ses éternelles chemises blanches, Victor est d’une rare élégance. Chaque fois que nous nous croisons, il a toujours ce geste courtois, ce petit mot un tantinet vieille France, qui me ravissent. Depuis quelques temps, il est vrai que je le vois moins souvent tailler ses rosiers ou prendre sa voiture. Mais il écoute toujours ses airs d’opéra, chaque après-midi.  Un jour je me suis inquiétée de le voir emmené par une ambulance. Mais il était revenu, frais comme un gardon pestant contre ces « sacrés toubibs qui ne voulaient pas le laisser sortir de l’hôpital ». Ah Victor ! Sans doute le plus ancien du quartier et assurêment mon préféré.

« Ma petite fille aura un bébé en Décembre, je ne peux donc lui faire faux-bond, ce serait inconvenant de ma part. Mais après je mourrai. Ma vie est derrière moi et je ne veux pas devenir une charge.« 

J’eus beau paraître scandalisée par un tel discours et lui assurer qu’il ne dérangeait personne, que tout le monde serait ravi de lui venir en aide si besoin était, il resta ferme sur sa position.

Au moment où je m’apprêtai à prendre congé en lui souhaitant une bonne journée, je perçus une petite lueur malicieuse dans son regard : « j’attendrai janvier, pour vous présenter mes voeux »…

 

 

 

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pom pom pom

11_02On l’appelait « pomme », parce-qu’elle ramassait les pommes invendues sur le marché et ne quittait jamais son filet garni de pommes. Des pommes de toutes les couleurs. Des fraîches, des pourries. En marchant sur les trottoirs, elle croquait ses pommes. Il lui arrivait d’en offrir aux passants, qui généralement refusaient, sauf les enfants. Souvent je me suis demandée ce qu’elle mangeait, à part des pommes.

Ses longs cheveux tressés en une natte brune, son teint mat et ses yeux grands et graves comme des lacs, lui donnaient un air indien. Elle parlait peu, mais un sourire accroché à je ne sais quel doux souvenir, éclairait son visage en permanence. Son abri de fortune, c’était la porte cochère de l’école des beaux-arts. Sans doute parce-que les artistes ne rejettent pas les marginaux. Parfois on lui offrait un coin bien au chaud, au fond de la salle de dessin. Alors elle oubliait de manger ses pommes et observait. Ombres au fusain, pointillés de sanguine, dégradés et glacis, tout l’émerveillait. A l’heure de fermeture de l’école, elle partait sans faire de bruit.

La nuit, enroulée dans un duvet de montagne, elle se positionnait en foetus au creux de la porte cochère. Jamais elle n’acceptait la main tendue, même par temps froid. Personne n’osait la forcer ; on se contentait de lui tenir compagnie quelques minutes. Au petit matin, elle se déroulait, se frottait tout le corps et reprenait son errance.

Un matin d’octobre que je la croisais au marché, je lui offris ma plus belle Granny Smith et lui demandai son nom et d’où elle venait. D’une voix basse et posée , elle me répondit qu’elle avait oublié. Intriguée et émue, je lui proposai d’aller boire un chocolat chaud. Elle hésita un instant, me sourit et en ajustant son baluchon sur l’épaule, elle accepta.

Nous pénétrâmes dans un café du boulevard de l’Espérance. Je commandai deux chocolats, elle ajouta timidement « un chausson aux pommes« . Un tantinet amusée par cette obsession des pommes, je lui demandai ce qu’elle aimait dans la vie, à part ça et quel était son rêve. Elle répondit : »j’aimerais tellement avoir une cuisinière, avec un grand four, pour y cuire des pommes, avec du sucre roux et un soupçon de cannelle« … A mon humble avis, c’était sans issue.

Elle resta quelques instants le regard perdu, d’où coula un ruisseau de mélancolie. « Je possède un trésor, un rêve qui me visite chaque nuit. Je me dirige vers une porte en plein ciel, donnant sur un verger magnifique…Alors chaque jour, j’attends la nuit. »

Je ne sus que lui répondre. Nous nous séparâmes en nous promettant une prochaine rencontre. La semaine suivante, je traversais le marché qui se vidait. Les paysans du coin remballaient leurs invendus. Des fruits et des légumes souillés jonchaient le sol, que de pauvres ères s’empressaient de ramasser. Je la cherchais partout, mais elle avait disparu. Je ne sus jamais laquelle de nous deux était la plus paumée.

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château de sable

Rien ne change jamais…

Le château prenait forme peu à peu. J’observais cette petite fille qui bâtissait cet édifice depuis des heures. Toute seule, elle semblait ne pas se rendre compte du temps qui passait et s’évertuait à dresser une quatrième tour. Il me semblait bizarre qu’elle ne fut pas accompagnée. Autour de nous, les parents des autres enfants faisaient des pâtés de sable, creusaient des tunnels, mangeaient des glaces. Et elle, seule avec ses petites mains, construisait un château, sans que personne ne semblât s’en soucier.

Allongée sur le sable, je lisais le dernier Nothomb, sans enthousiasme. Il y a les livres qu’on aime, et puis il y a ceux qu’il faut avoir lu. J’étais donc l’idiote qui lisait le dernier roman de cette auteur excentrique qui faisait la une des magazines littéraires.

Et pendant ce temps, à quelques mètres de moi, une petite fille blonde aux longs cheveux bouclés s’appliquait très sérieusement à son travail de maçonnerie. Cette vision me troublait et m’empêchait de me concentrer sur ma lecture.

Des images lointaines ressurgissaient, celles d’une autre petite fille blonde, aux cheveux raides celle-là, faisant les mêmes gestes, sous l’oeil attentif de sa mère, quelques décennies auparavant.

C’était un jour de canicule et toute la population des terres avaient envahi la côte, pour respirer un peu. Je devais avoir quatre ans et j’avais quitté mon château en construction pour suivre un ballon qui courait. Quand je l’eût rattrapé, un garçon me l’arracha des mains.

Déçue, je fis demi-tour, mais dans la foule bigarrée des parasols, je ne retrouvais plus celui de ma mère. Mon château avait disparu lui aussi, mangé par les vagues. J’étais seule dans un monde inconnu, sans repère. Un uniforme bleu marine s’aperçut de mon désarroi et je fus conduite au poste de secours de la plage. Ma mère vînt me chercher un siècle après. Ce fut la première grande peur de ma vie. C’est la raison pour laquelle je m’inquiétais pour cette fillette solitaire.

Je finis par abandonner mon livre sur ma serviette et me décidai à l’approcher

bonjour, il est beau ton château

– il n’est pas terminé

– veux-tu que je t’aide ?

Elle hésita un instant, rejeta sa chevelure ébouriffée en arrière, et plongea son regard bleu gris dans le mien.

tu sais arrêter les vagues ?

Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de question, mais puisque j’avais offert mon aide, il fallait bien que je m’en sorte, d’une façon ou d’une autre.

je peux construire une digue pour les repousser

alors d’accord

Il était urgent d’optempérer, compte tenu de la vitesse à laquelle la mer montait. Je commençais à rassembler des mottes de sable et à les colmater pour former une espèce de mur éphémère. La petite fille avait terminé sa tour et creusait délicatement des créneaux sur le sommet, à l’aide d’un coquillage couteau.

Assez satisfaite du résultat, elle se tourna vers moi.

le château est prêt pour les invités

– quels invités ?

– les invités pour le bal de ce soir

Je ne répondis pas, trop occupée à construire ma digue. Il ne fallait pas que le château s’écroule avant que les invités arrivent !

A cet instant, une vague plus forte que les autres déferla et saccagea tous nos efforts. De notre création, il ne restait plus qu’une masse informe qui fondait lamentablement. J’étais sincèrement désolée de n’avoir pas su protéger le château et je ne savais comment réparer cette catastrophe. Ses grands yeux tristes me faisaient mal.

Une seconde vague me mouilla les jambes et me fit sursauter. Le nez écrasé sur celui d’Amélie Nothomb, je me réveillai. En relevant la tête je cherchai immédiatement la petite fille….personne à part un pêcheur de crevettes.

avez-vous vu une petite fille blonde par ici ?

– non je n’ai vu personne à part vous !

Sur ma serviette de plage, Amélie Nothomb avait le sourire ironique....

M.D. octobre 2012

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