all you need is a plum-pudding

plum puddingCa y est, il neige sur WordPress. Ca sent Noël…Non, je ne répèterai pas que je déteste Noël, ses orgies de nourriture et de cadeaux. Noël pour moi, c’est un parfum d’Angleterre, une chanson des Beatles et le famous Plum-pudding !

Le plum-pudding (ou Christmas pudding), c’est ma madeleine de Proust à moi, le dessert que préparait ma grand-mère, plusieurs semaines avant Noël.  Opalie ne se situant qu’à une trentaine de kilomètres des white cliffs of Dover, il était tout à fait naturel que ce pudding deviennent le dessert traditionnel chez nous aussi.

Le plum-pudding, c’est comme le couscous. Chacun y va de sa petite recette et on en trouve de nombreuses sur le web. Je ne résiste pas à vous présenter celle de ma grand-mère, la seule, la vraie.

Ok ?  Let’s go !

Ingrédients : 500 g. de farine, 200 g. de gras de boeuf (ou margarine pour les vegan),  250 g. de raisins Corinthe, 250 g. de raisins Malaga (à épépiner), 250 g. de raisins Sultana ou Smyrne, 250 g. de fruits confits (Angélique, écorces d’orange et citron), 150 g. d’amandes, 150 g. de cassonade, 1 cuillère à café de 4 épices, 3 cuillères à soupe de cannelle, 1/2 cuillère à café de gingembre en poudre, 1 quart de noix de muscade râpée, le jus d’1 orange, 2 œufs, 1 grosse tartine de pain et du Rhum.

Préparation de la veille :  Équeutez tous les raisins, épépinez les raisins Malagas, coupez finement les fruits confits et concassez les amandes. Mettez le tout dans un grand saladier avec la cassonade et les épices, mouillez avec 1 verre de rhum. Mélangez et laissez macérer un jour au frais. Remuez de temps en temps. – Hum, ça sent bon !

Préparation du jour : Ajoutez dans le saladier les oeufs battus, le jus d’orange, la farine, le gras fondu,  la tartine de pain mouillée et émiettée.

Pétrissez le tout longuement (pour éviter que ça colle aux doigts, enfarinez-les). La pâte doit avoir la consistance d’une bouillie très épaisse. Si elle est trop sèche, ajoutez un peu d’eau ou de jus d’orange. Formez une grosse boule.

Prenez un grand linge propre d’environ 50x50cm (torchon ou taie d’oreiller). Etendez-le sur la table et farinez le. Déposez la boule de pâte au milieu et relevez les bords du linge, de façon à former une aumonière. Serrez fortement le tissu à l’aide d’une ficelle.

Cuisson :  comptez une heure à la livre. Plongez la boule emmaillotée dans une grande marmite d’eau froide (l’eau doit couvrir le haut du pudding). Portez à ébullition puis laissez mijoter. Au besoin, ajoutez de l’eau chaude en cours de cuisson.

Une fois la cuisson terminée égouttez le plum-pudding et posez-le sur un plat résistant à la chaleur. Ôtez la ficelle et dégagez-le délicatement du torchon. Retournez-le et mettez-le au frais (il peut se garder plusieurs semaines, voire plusieurs mois).

Lors de cette opération, le plum-pudding, comme les shampoings colorants, va prendre une couleur de plus en plus foncée ! Pas d’inquiétude, c’est normal.

Le jour J, c’est à dire à Noël, faites-le tiédir quelques minutes au micro-ondes et préparez la sauce au rhum ! – Les Anglais utilisent plutôt un « Brandy butter » mais ici nous sommes en Opalie, n’est-ce pas ?

Sauce au rhum :  Faites fondre 50 g. de beurre dans une casserole . Ajoutez-y 2 cuillères à soupe de cassonade, mélangez bien puis ajoutez un bon verre de rhum.

Creusez un trou au milieu du plum-pudding, y déposez 3 sucres. Puis, versez-y un peu de rhum chaud.

Eteignez les lumières et flambez ! Puis servez avec la sauce !

Enjoy !

Mr Mac’Intosh

pluie anglaise

Mon premier voyage en Epicurie, je l’ai effectué à l’âge de cinq ans. Heureux siècle où les bonbons n’étaient pas soupçonnés de tous les maux…

Les premiers bonbons que j’ai dégustés étaient des bonbons anglais. Vous savez, ceux enveloppés de jolis papiers violet, fuschia, vert, rouge, doré…Ce savoureux mélange de toffee et de chocolat au lait, avec parfois une grosse noisette au milieu, ou encore parfumés d’un soupçon de rhum ou d’épices.

Vous les connaissez sous la marque « Quality Street ». Mais au début du 20ème siècle, ils s’appelaient « MacIntosh », du nom de leur créateur, confiseur du Yorkshire, Mr John MacInstosh. Aujourd’hui encore, les puristes, dont je suis, utilisent cette appellation évocatrice de saveurs inoubliables.

Doris, l’amie anglaise de ma grand-mère, m’apportait des « MacIntosh » à chacune de ses visites en France. Quel émerveillement ! Les couleurs extravagantes des papiers d’emballage, les senteurs caramélisées qui s’échappaient de leur jolie boîte en fer décoré, me mettaient littéralement en transe. Fébrile, je fouillais dans la boîte longuement, faisant crisser les papiers cellophane, incapable de choisir le premier qui aurait eu le privilège de fondre sous ma langue.

Invariablement, Doris finissait par me questionner : « Come on Sweety, which one would you like ? The purple one ? Or perhaps the red one ?…. »

C’est ainsi que j’appris mes premiers mots d’Anglais. Et c’est ainsi que naquit mon amour pour l’Angleterre, grâce à Mr MacInstosh !!!

Les décennies ont passé…

Obstinément chapeautée, Elizabeth, du haut de son balcon, contemple son peuple. Et moi, du haut de mes falaises, je contemple les côtes anglaises…

Un documentaire se déroule : la révolution de la pop music, les bateaux pirates, le swinging London, les concerts à Hyde Park, Bowie et les autres… Puis, la Dame de fer et la crise, le combat de la classe ouvrière, les fermetures des mines et des industries, la nouvelle pauvreté, l’alcoolisme, la révolte punk et sa jeunesse qui crie « no future ». Enfin, l’écart qui n’en finit pas de se creuser entre la « City » et les oubliés du système…

Mais sur mon écran à moi, surgissent les bus à impériale, les boîtes aux lettres et les cabines téléphoniques rouge, la douceur verdoyante des collines du Kent, le parfum poudré des roses chiffonnées, le thé à la bergamote et les toasts du matin, les cottages meublés d’acajou…

Et surtout, cette pluie fine qui, journellement, s’obstine à verdir les gazons et qui oblige les Anglais à trouver un réconfort …

Mon Dieu, faites qu’il pleuve que je puisse me réconforter !

Alors je plongerai une main dans ma poche et en sortirai un peu au hasard, l’élu…Je dénouerai en la faisant crisser, la papillotte de cellophane, puis ôterai minutieusement la couche de papier aluminium violet.

Avec délicatesse je poserai sur ma langue le chocolat au lait et je fermerai les yeux en pensant à Doris. Surtout ne pas mâcher, laisser fondre très lentement…

Ensuite, lorsque le chocolat aura coulé dans ma gorge, ayant atteint le caramel au beurre salé, ce sera le paradis. Instant magique à savourer au compte-gouttes…Oh my God !

Enfin, n’en pouvant plus de désir, je croquerai la noisette d’un coup de dent sec !

…et alors, ma main retournera dans ma poche, à la recherche d’un second bonbon MacIntosh….

Mais pourquoi croyez-vous donc que les bonbons anglais soient si délicieux ?

Parce-qu’en Angleterre, il pleut !

la marche des hérons noirs

Ils sont Pakistanais, Irakiens, Maliens…Ils étaient artisans, commerçants, médecins, enseignants. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres. Ils fuient une misère, une politique, une guerre. Beaucoup ont déjà de la famille ou des amis en Angleterre. Aujourd’hui la frontière est fermée mais personne ne leur a expliqué que l’eldorado n’existe plus. Surtout pas les passeurs. Le rêve coûte entre 5000 et 15000 euros.

Plus de dix ans se sont écoulés depuis la fermeture du centre de secours de Sangatte, à quelques kilomètres de Calais. Depuis, rien n’a changé sauf qu’ils sont condamnés à errer, en attendant de traverser le channel. Cela peut durer des semaines, des mois, des années. Aucun gouvernement n’a trouvé de solution. 

La marche des hérons noirs

Au petit matin glacé, ils s’ébrouent, se frottent les côtes, sautillent sur place. La nuit est froide sur le bitume.

Les premiers moteurs ronronnent, font battre leur coeur plus fort.

Un, puis deux, puis trois, puis quatre, s’élancent vers les culs des camions en partance vers l’eldorado.

Au travers de la lumière blafarde des phares, ils courent, éperdus d’espoir. L’un s’accroche entre les essieux des monstres d’acier. Un autre tombe et abandonne, jusqu’au prochain départ…

Un pâle rayon de soleil troue le ciel d’Opalie.

Les hérons noirs, dos courbé, mains dans les poches, entament leur marche. Ils vont errer tout le jour, longue file d’oiseaux égarés dans la ville hostile.

Au milieu de la journée, la nuée tend le bec et avale la soupe qu’on veut bien lui servir, par souci d’humanité.

Puis, ils reprennent leur marche.

Ce matin, deux hérons noirs errent sur la plage. Ils contemplent l’horizon, la terre promise. Trente cinq kilomètres à nager.

Ils se déplument un peu, laissent tomber le superflu sur le sable mouillé. Puis entrent dans la mer…

Le lendemain, deux lignes dans la rubrique des faits divers :

« deux corps échoués au pied des falaises ; ils s’appelaient Massad et Hammaloud ».