en forêt

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En cette période automnale, me reprend le désir de pénétrer l’intimité sombre et humide de la forêt.

M’écarter des chemins balisés, fuir les couples et les familles. M’enfoncer dans ce foisonnement sans ordonnance ni repère. Vaincre cette angoisse ancestrale de l’inconnu et du mystère.

L’esprit vagabond mais guettant le moindre mouvement suspect, le moindre craquement. Ressentir cette vague inquiétude se muant peu à peu en un étau qui me broie le ventre.

Et malgré tout, avancer. M’égarer, marcher sans but dans ce silence habité par elle et par moi. Fataliste, ne plus me soucier du danger, de qui m’observe, qui me poursuit…Franchir les limites de ma folle inconscience.

Et puis courir, m’écorcher la peau sur les ronces, trébucher, tomber. Me relever, courir encore. Fuir, toujours plus profondément vers l’ultime refuge. Au-delà de toutes pensées, jusqu’à épuisement, tel un cerf traqué.

Enfin, vidée, le dos en sueur, les jambes meurtries, me laisser glisser sur un tapis mouillé de feuilles mortes. En humer la noble pourriture.

Puis, dans un dernier effort, relever la tête. M’émerveiller de la  haute stature de mon arbre, que caresse un premier rayon de lune.

L’enlacer de toute mon âme, y puiser une force nouvelle et furieuse.

 

 

 

 

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mélancolie

La plaine a roussi, l’été se meurt. Dans une ultime tentative de séduction, les fleurs du jardin persistent. Bientôt, tel le dernier sursaut d’un amour qui s’essouffle, la nature se parera de ses plus beaux atours. Avant de se dénuder, impudique et torturée. Que viennent les voiles de brume, que tombe la pluie d’automne, douces caresses aux âmes mélancoliques.

un été d’opaline

poussière d'étoiles

Pas un souffle, pas un bruit. Octobre a ocré les feuilles de la forêt. La falaise et le Cap s’endorment dans les premières brumes. Accrochées aux parois de craie, quelques brindilles émergent des nids défaits et l’herbe haute a envahi le chemin des douaniers. L’horizon s’est perdu quelque part entre ciel et mer.

Le joli temps de l’été est bien terminé. La saison opaline a éclaté en mille poussières d’étoiles éparpillées au gré des vents muets.

De cet eden éphémère, seules résonnent quelques notes de musique, de Bellegarde à Auberive.

Et la planète mélancolique se souvient. Elle se souvient de cet Avril battu par les vents, de ce renouveau tant attendu,  si plein de promesses.

La terre a enfanté de ses germes endormis. Les fruits de l’été se sont gorgés de suc divin, ont éclaté au grand soleil, fous de désir. Gourmands, les corps s’en sont délectés. Les sèves ont jailli, abreuvant les coeurs desséchés, désaltérant les assoiffés de vie. Tout n’était qu’exaltation, c’était l’été.

Pendant que ricanait le spectre de l’automne assassin.

Aux terrasses vides, les guitares se sont tues. Une trompette gémit seule dans son coin. Sur le trottoir, des gouttes de pluie scintillent encore, éclats moribonds d’un été d’opaline.

rouges d’automne

feuille

Un faisan faisait le paon

au bord de la départementale

menant à la forêt domaniale.

Bientôt suivi d’un second faisan

faisant le paon.

Un joli couple de faisans,

vraiment.

Sur une table de ripailles,

ils seraient très décoratifs.

Garnis de pommes bien rôties,

de quelques cèpes bien choisis.

Une, deux, trois, quatre, cinq, six détonations.

Un bruit d’ailes en émoi jaillit des buissons.

Le coucou s’était tu.

Six coups de fusil pour deux faisans imprudents.

Sur les feuilles rousses, rouge sang.

Une promeneuse rêveuse

se promenait sur le sentier

des noisetiers.

Cheveux roux désordonnés

sur fond rougeoyant de septembre.

On eût dit une esquisse

impressionniste.

Un, deux, trois mâles la guettaient.

Un coup de genoux dans les reins,

la mit face contre terre.

Dans les fourrés ils l’entraînèrent.

Les fusils s’étaient tus.

La peur anéantit la douleur

quand ils la retournèrent

pour planter la lame

droit dans le coeur.

Trois prédateurs pour une proie solitaire.

Rouge sang au goût amer.

***