souvenez-vous, Marilou

Rien ne change jamais…

Il y a bien longtemps, ce blog donnait naissance à son personnage principal : Marilou. Certains fidèles « followers » s’en souviennent peut-être. Tour à tour mélancolique, furieuse, joyeuse ou malicieuse, Marilou s’est gravée dans ma chair. Longtemps cachée dans son antre, j’ai décidé aujourd’hui de la faire revivre car…rien ne change jamais. 

Souvenez-vous, c’était la fin d’un été…

Le château prenait forme peu à peu. J’observais cette petite fille blonde aux cheveux bouclés, qui bâtissait son édifice depuis des heures. Toute seule, elle semblait ne pas se rendre compte du temps qui passait et s’évertuait à dresser une quatrième tour. Il me semblait bizarre qu’elle ne fut pas accompagnée. Autour de nous, les parents des autres enfants faisaient des pâtés de sable, creusaient des tunnels, mangeaient des glaces. Et elle, seule avec ses petites mains, construisait un château, sans que personne ne semblât s’en soucier.

Allongée sur le sable, je lisais le dernier Nothomb, sans enthousiasme. Il y a les livres qu’on aime, et puis il y a ceux qu’il faut avoir lu pour ne pas mourir idiote. J’étais donc l’idiote lisant le dernier roman de cette auteure excentrique qui faisait la une de la rentrée littéraire.

Pendant ce temps, à quelques mètres de moi, la petite fille s’appliquait très sérieusement à son travail de maçonnerie. Cette vision me troublait et m’empêchait de me concentrer sur ma lecture.

Des images lointaines ressurgissaient, celles d’une autre petite fille blonde, aux cheveux raides celle-là, faisant les mêmes gestes, sous l’oeil attentif de sa mère, quelques décennies auparavant.

C’était un jour de canicule et toute la population des terres avait envahi la côte, pour respirer un peu. Je devais avoir quatre ans et j’avais quitté mon château en construction pour suivre un ballon qui courait. Quand je l’eût rattrapé, un garçon me l’arracha des mains.

Déçue, je fis demi-tour, mais dans la foule bigarrée des parasols, je ne retrouvais plus celui de ma mère. Mon château avait disparu lui aussi, mangé par les vagues. J’étais seule dans un monde inconnu, sans repère. Un uniforme bleu marine s’aperçut de mon désarroi et je fus conduite au poste de secours de la plage. Ma mère vînt me chercher un siècle après.

Ce fut la première grande peur de ma vie. C’est la raison pour laquelle je m’inquiétais pour cette fillette solitaire.

Je finis par abandonner mon livre sur ma serviette et me décidai à l’approcher

bonjour, il est beau ton château

– il n’est pas terminé

– veux-tu que je t’aide ?

Elle hésita un instant, rejeta sa chevelure ébouriffée en arrière, et plongea son regard bleu gris dans le mien.

tu sais arrêter les vagues ?

Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de question, mais puisque j’avais offert mon aide, il fallait bien que je m’en sorte, d’une façon ou d’une autre.

je peux construire une digue pour les repousser

alors d’accord

Il était urgent d’optempérer, compte tenu de la vitesse à laquelle la mer montait. Je commençai à rassembler des mottes de sable et à les colmater pour former une espèce de mur éphémère. La petite fille avait terminé sa tour et creusait délicatement des créneaux sur le sommet, à l’aide d’un coquillage couteau.

Assez satisfaite du résultat, elle se tourna vers moi.

le château est prêt pour les invités

– quels invités ?

– les invités pour le bal de ce soir

Je ne répondis pas, trop occupée à construire ma digue. Il ne fallait pas que le château s’écroule avant que les invités arrivent !

Hélas, à cet instant déferla une vague plus forte que les autres qui saccagea tous nos efforts. De notre création, il ne restait plus qu’une masse informe qui fondait lamentablement. J’étais sincèrement désolée de n’avoir pas su protéger le château et je ne savais comment réparer cette catastrophe.

Ses grands yeux tristes me faisaient mal.

Une seconde vague me mouilla les jambes et me fit sursauter. Le nez écrasé sur celui d’Amélie Nothomb, j’ouvris les yeux. En relevant la tête je cherchai immédiatement la petite fille….personne sur cette plage déserte,  à part un pêcheur de crevettes.

avez-vous vu une petite fille blonde par ici ?

– non je n’ai vu personne à part vous !

Sur ma serviette de plage, Amélie Nothomb avait le sourire ironique....

Save

Save

le temps des carnavals

masques

Dessus leurs tristes oripeaux, ils ont revêtu un plumage qui leur sied mieux. Sur la laideur de leur visage vieillissant, ils ont posé un masque lisse.

Qui, dissimulé sous la Bauta, s’adonnera à la luxure refoulée. Qui, Polichinelle oiseau piailleur, en dévoilera les secrets. Arlequin se moquera de sa propre malice et les gueux, élevés au rang de Capitan, retrouveront leur dignité. Tandis qu’au fond du grand bal, Colombine, éternelle amoureuse d’un bouffon, soupirera à la lune.

Il est revenu, le temps des carnavals. Et tourne le monde, et dansent les masques à la grande commedia della vita !

 ***

« Quiconque a vu des masques, dans un bal, danser amicalement ensemble, et se tenir par la main sans se connaître, pour se quitter le moment d’après, et ne plus se voir ni se regretter, peut se faire une idée du monde »  – Vauvenargues –