l’homme qui murmurait à l’oreille des bateaux

Elle en a vu passer des capitaines au long cours, la vieille dame portugaise !

Née en 1916 dans le port de Sétubal, elle commence sa jeune vie en transportant le poisson. Qu’elle était fière et fringante en ce temps-là ! Qu’ils étaient beaux son capitaine et ses matelots !

Insouciante, O’Abandonado se croit reine des mers et n’imagine pas ce que le destin lui réserve.

Hélas, jeunesse s’envole et les temps changent.

Un jour, la belle portugaise se voit confier une nouvelle tâche. Dans la force de l’âge, on la juge capable de transporter bien plus que le poisson et on remplit son ventre de quarante tonnes de sel. Officiellement, elle devient transporteuse internationale de cette précieuse marchandise, le long des côtes espagnoles et portugaises.

Nouveau capitaine, un matelot, un mousse…Oh ils sont bienveillants avec elle, mais qu’il est lourd ce sel !

L’été 1968, toujours belle, o’Abandonado participe aux fêtes de la mer de Sétubal et fait grande impression. On l’admire, on la photographie ; c’était encore le bon temps…

Puis vint l’hiver…Economie oblige, les hommes se rendent compte que le transport du sel n’est plus rentable par voie maritime. Les camions remplacent les bateaux.

Ce fut alors le drame de sa vie.

Son dernier propriétaire, refusant de payer les taxes pour une belle portugaise qui avait tout donné et fait son temps, lui transperce la coque et la coule au fond du Rio Sado…Oubliée, délaissée, abandonnée…

O’Abandonado s’endort pour quinze longues années, exposée aux intempéries, à la vase qui doucement lui fait un linceul…

C’est alors qu’un miracle se produit !

Un homme amoureux de la mer et qui sait parler aux bateaux, en tombe raide dingue. Comme il n’a pas le sou, on lui octroie le droit de ressusciter O’Abandonado, à charge pour lui de la délivrer de la vase et de la restaurer.

A l’automne 1982, le bateau est mis à sec dans le port de Setubal. A force de passion, pendant trois longues années, Luc, son nouveau propriétaire, avec l’aide de deux charpentiers, lui refait une beauté. Le bois pourri est remplacé, le gréement et les cabines restaurés.

Printemps 1986 : O’Abandonado reprend la mer…Sétubal, Gibraltar, Porto et Noirmoutier. Respirer l’iode, s’enivrer des embruns, se laisser caresser par les vagues…faire l’amour avec la mer, elle avait presque oublié. Pour couronner le tout, elle reçoit le prix de la plus belle voilure lors d’un rassemblement de vieux gréements…De sa vie, elle n’avait été plus joyeuse !

Vient le temps du bonheur absolu. Croisières sous le soleil de l’Espagne et du Maroc au gré du vent qui joue et chante dans sa voilure couleur safran…

Puis retour à la maison : Noirmoutier en Île où aujourd’hui, à l’âge de 106 ans, elle coule des jours paisibles, emmenant avec elle les aventuriers en herbe et les fous d’océan.

L’ancien amoureux qui savait lui murmurer les mots qu’il faut, à vieilli lui aussi…Il a confié sa belle à un jeune capitaine.

Et je vous rassure, ils vivent très heureux ensemble…

colours through the trees

bateau jardin

Le premier matin du premier jour, l’aube avait peint l’horizon de bleu lavande.  Un chat gris se prélassait sur les tuiles du cabanon. Encore mouillé de la nuit, le jardin sentait bon les embruns. A cette heure, le vent n’était pas levé.

Le regard myope encore indécis, je m’interrogeai sur cette masse longitudinale que j’apercevais au loin, au-dessus des arbres. La forme glissait dans le ciel, lentement et sans bruit, comme suspendue sur un rail invisible.

En observant attentivement, je vis une multitude de loupiotes scintiller telles des étoiles pâlissantes, puis se faufiler au-travers des branches du prunus. Le merle qui chantait ne semblait nullement en être dérangé.

Etait-ce un OVNI ? Allais-je vivre une rencontre du 3ème type ? Etait-ce le traineau du Père Noël, égaré loin de sa Laponie ? Non, la date était passée.

Fortement intriguée, je chaussai mes lunettes. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que cette étrange apparition n’était autre qu’un ferry sur la mer, au dernier plan de mon décor, par-delà la plaine…

Depuis ce premier matin du premier jour, j’aime à conter que dans mon jardin, passent les bateaux…

Just for fun, and for Jimmy.