Back to the roots – Il était une fois le blues

Whitney plantation – 5099 River Road – Wallace – Louisiane

A l’instant où nous avons franchi la porte de la petite église, à gauche de la maison des maîtres, j’ai su que le vent avait définitivement emporté le mythe de Scarlet O’Hara.

– Créations de l’artiste Woodrow Nash –

Le regard mort de ces statues d’enfants me transperça le coeur. L’endroit était chargé. J’étouffais.

Sur les 350 plantations que comptait la Louisiane, 8 sont encore debout. Toutes exposent la superbe de cette époque, vue du bon côté. Toutes, sauf  Whitney plantation.

Le mot « blues » n’existe pas encore. Dans les champs de coton et de canne à sucre, c’est une voix africaine qui s’élève, à laquelle répondent plusieurs voix…A l’heure où le soleil se couche, le désespoir se rythme sur des calebasses en bois.

Je sens que j’arrive au but que je me suis fixé.

Guerre de sécession, abolition de l’esclavage…le temps passe, l’illusion de liberté aussi. Le peuple noir se disperse sur le continent américain. Les guitares, washboards, banjos, harmonicas, remplacent les instruments en bois. Dans les églises on chante les « negro spirituals » puis les « gospels ». Tandis que dans les rues et les bars, l’âme noire rit et pleure à la fois.

La musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues…

Back to the roots – Clarksdale

Le jour d’après, ayant quelque sympathy for the devil, je m’attardai un peu sur cet endroit de légende où Robert Johnson a vendu son âme au diable pour l’amour du blues. Honnêtement, je pense qu’il aurait mérité mieux que trois guitares pendues au crossroad des highways 49 et 61…mais ne faisons pas la fine bouche. Le but n’est plus très loin.

…Les rues de Clarksdale sont désespérément vides. Les bluesmen ont déserté les lieux, abandonnant derrière eux des relents de Jack Daniels et quelques notes plaintives. Les fauteuils défoncés du Ground Zero où son illustre propriétaire de Morgan Freeman ne daigne pas se montrer, nous tendent leurs bras poussiéreux. Une carcasse de vieille américaine attend sous le soleil exactement. Le vieux cinéma Paramount se souvient de sa dernière séance et implore notre regard indulgent. Dans quelques ruelles éloignées du centre-ville, des abris de tôle hébergent des fantômes noirs et nous rappellent que l’état du Mississipi est le plus pauvre des USA.

Un vent chaud se lève et nous assoiffe. En bons français que nous sommes, nous cherchons du vin. Nous ne trouverons que des fioles de whisky épicé…Ces épices qui vous brûlent le corps et l’esprit et vous font oublier tout le reste.

Ce soir-là, dans le hall du motel, le blues nous envahit, nous commençons à comprendre…

le blues du phare-baobab

Berck beach

Berck plage – photo Didier Caillierez

La terre d’Opale se donne des airs du Sud. Elle est si bleue que c’en est presque indécent.

Ses filles ont les hanches qui ondulent et des fourmis dans les jambes. Un festival de couleurs et de senteurs lui enivre les sens.

Elle a rangé le spleen au placard, déployé un sourire radieux, claque les talons et tape dans ses mains…

Où sont-elles passées les dentelles de brume sur les dunes ? Par quelle magie le vent s’est-il essoufflé ? Et cette bruine qui rend la peau si douce et le regard mouillé….

Le phare-baobab fait la gueule tout seul dans son coin. Il se sent incompris sur cette planète autrefois en demi-teinte.

Le blues lui allait si bien…

flaque de lune

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Le ciel était noir corbeau. Nous étions au solstice de printemps ; il faisait frisquet ce soir-là. Je m’apprêtais à tout fermer, quand il me sembla que le jour était revenu…

Un jour blanc bleu mouillé.

En pointant le nez dehors, je vis la flaque, gisant là dans ma rue. Profitant de l’aubaine, un couple de moineaux s’y ébrouait.

Sa lumière opale m’éblouit et je chaussai mes lunettes de lune. D’une main hésitante, j’effleurai la surface glacée, qui frémit.

Dans son silence inerte,  elle implorait qu’on lui rende son firmament. Quelqu’un l’avait décrochée et laissée pour compte, brisée, fracassée en mille éclats.

L’affaire n’était pas simple et je fus désemparée. Afin de gagner du temps, je commençai à lui raconter des histoires. Puis je la berçai en musique.

Au matin du vrai jour, elle pâlit et finit par s’éteindre. Sur mes doigts perlaient quelques gouttes de sang.

Je rangeai mes lunettes de lune et me pris à rêver. A l’impossible.

blues in opalie

Un vent chaud du Mississipi

a soufflé sur Opalie,

balayé les nuages,

chassé l’amertume,

trucidé les épouvantails

de l’incertitude.

En une détresse joyeuse,

il a soulevé les voix

rythmé les corps,

vendu notre âme

au diable.

Peaux blanches, peaux noires,

même désespoir.

Pieds et poings liés,

eux, nous, esclaves

enchaînés.

Consentants

d’une fureur de vivre

étouffée.

Just for fun : Marine and Mister T

and for Jimmy :