un jour Verdun

Champ de croix sur champ de guerre.

Vertige de l’immensité.

Fantômes qui hurlent « n’oubliez jamais ».

Jimmy voulait voir Verdun.

Quelle drôle d’idée !

Le dormeur du val

coquelicots noir et blancC’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud.

fleur de bitume

Je suis née un matin de novembre, entre brique et béton, au son des marteaux-piqueurs, sous un ciel d’acier. Il faut un sacré courage pour éclore en cet environnement.

Esquiver les pas meurtriers des zombies qui se croient vivants est mon lot quotidien. Fière, je me dresse de toute ma petite hauteur, bravant leur face étonnée et leurs rires sarcastiques. Généralement, ils s’écartent, s’excusent de me faire de l’ombre.

Certains disent que je ne suis pas à ma place. Mais qui sont-ils pour émettre une telle affirmation ? La ville n’aurait-elle pas le droit d’un peu de couleur, de fraîcheur ?

Un jour, l’un d’entre eux, dans un élan d’altruisme, voulut me déraciner, pour me planter ailleurs, là où poussent les fleurs ordinaires. J’ai refusé tout net. Pas folle la fleur !

Au pays vert, elles sont multitude, se poussent des pétales afin d’attirer l’attention. Moi, sur mon bitume, je suis unique et n’ai nul besoin de paraître. Je suis, c’est tout. Ephémère sans doute, mais les fleurs des champs sont-elles éternelles ?

Bien sûr, je souffre un peu de solitude, surtout la nuit, lorsque les zombies sont endormis. Alors je me prends à rêver d’un vaste pré aux senteurs enivrantes, au souffle doux d’une brise qui me chatouillerait la corolle. Je rêve à la main qui me frôlerait, au visage qui se pencherait vers moi pour mieux me respirer…

Mais chaque petit matin, réveillée par les vrombissements des moteurs, j’ouvre les yeux sur mon univers de béton et je souris à la vie qui court.

Un jour, je ne  me réveillerai pas. Mais qui se soucie des fleurs arrachées à leur paradis verdoyant ? Moi, je mourrai, écrasée au champ d’honneur ! Et ils se souviendront, parce-que je leur suis unique !

M.D. Novembre 2012