l’instabilité des nuages

« Méfie-toi des démons mais des anges plus encore »

Malgré le vertige qui la perturbait un peu, Opalie planait sur son nuage. Une ivresse printanière l’avait propulsée à mille lieues de sa planète. Une ivresse comme jamais elle ne l’avait éprouvée. A coups d’injections d’adrénaline et de baume de tendresse, elle avait atteint les sommets de la félicité. Là-haut, sur son nuage blanc nacré aux petites ailes roses.

Dans les couloirs du ciel réservés aux doux rêveurs, la tortue qui porte le monde sur son dos la croisa plusieurs fois. Sage parmi les sages, la tortue s’inquiéta de cette étrange rencontre à des hauteurs extravagantes. Elle invita l’aventurière à rejoindre la terre ferme, ce désert de sable où poussent les phares-baobab. « Les nuages sont instables » persista-elle à lui dire. Mais Opalie n’entendait pas.

Au cours du périple, quelques orages secouèrent le nuage. Opalie s’accrocha fermement et pria Râ de bien vouloir apaiser les éléments. Ce qu’il fit de bonne grâce, ému par cette fragile embarcation cahotée par les démons.

Et le nuage continua sa course, un peu bancale, un peu mouillé. Opalie, consciente du danger, implora son ange de le consolider. C’est alors qu’il apparut, resplendissant de lumière, auréolé d’amour. Un ange auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession.

Ce qu’Opalie ne vit pas, était le carquois suspendu entre les ailes blanches. Au moment précis où elle lui sourit, l’ange tendit un arc et frappa d’une flèche le centre du nuage qui bascula dangereusement. Ahurie, Opalie regarda son ange sans comprendre. Se serait-elle trompée ? Sans plus s’en préoccuper, l’ange tendit son arc une seconde fois et lança une flèche qui perça le nuage juste à côté du premier trou. Puis il fit d’autres trous, encore des petits trous, toujours des petits trous….

Opalie cria, hurla. Qui était cet ange de l’enfer tueur de nuages ? Pas le sien, assurément. Tandis qu’elle paniquait, quelques craquements cotonneux se firent entendre. Le nuage, en partie découpé suivant les pointillés, se brisait en flocons éparses.

Et Opalie retomba sur son désert de sable où poussent les phares-baobab. Boum ! Tout était comme avant, comme avant son voyage à bord d’un nuage. Elle se sentit idiote sur sa planète.

Le vent d’Est qui passait par là, lui souffla à l’oreille : « je te l’avais bien dit, méfie-toi des démons, mais des anges plus encore » !

Just for fun : vertige découpé suivant les pointillés par la très déjantée Pauline, de la Nouvelle Star 2014 🙂