vous avez du courrier

discworld

Le sifflement prolongé s’amplifia, suivi d’un clapotement lent et régulier. Le ciel se déchira, les nuages s’écartèrent pour laisser passer la tortue qui porte le monde sur son dos.

La toute petite planète retint son souffle. L’ombre de la tortue grandit jusqu’à recouvrir complètement le désert de sable blond. Puis elle s’immobilisa, à la perpendiculaire du phare-baobab.

Stupéfaite, j’écarquillai les yeux et vis la grande échelle de corde se dérouler jusqu’à mes pieds. Un lézard mordoré entreprit de descendre, prudemment, lentement, serrant dans sa mâchoire un rectangle bleu.

Lorsqu’il fut enfin à terre, deux heures après, il m’interpella :

-« J’ai du courrier pour toi ! »

Plus personne n’écrivait de lettre dans ce monde. Les plumes et le papier étaient reléguées au grand musée de l’humanité. Même les claviers avaient disparu dans l’oubli. Lorsqu’ils se trouvaient éloignés les uns des autres, les hommes communiquaient par transmission de pensées.

Qui pouvait donc écrire encore ? Certes pas quelqu’un d’ordinaire, me dis-je.

Le lézard me tendit l’enveloppe, que j’ouvris fébrilement. Un kilomètre de papier couvert d’une écriture ronde et généreuse, se déversa sur le sol. Les mots dansaient, virevoltaient, m’interpellaient au passage…mais, curieuse et impatiente, je  me dirigeai directement vers le bas de la feuille. Là, je reconnus immédiatement la signature de la longue missive. Une signature éblouissante comme un astre, soulignée d’une clé de sol : Jimmy !

Jimmy était vivant…quelque part sur une autre planète…une planète qui ressemblait à la mienne !

Emue, je ne savais comment agir. Il y avait si longtemps que je n’avais pris ma plume…et le lézard attendait…

La tortue qui porte le monde sur son dos, cligna d’un oeil, puis de l’ autre et réfléchit un long moment.

Enfin, de sa voix caverneuse, elle déclara :

-« Si tu tiens à répondre, fais-le immédiatement.

Ou sinon…

je repasserai dans mille ans ! »