en forêt

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En cette période automnale, me reprend le désir de pénétrer l’intimité sombre et humide de la forêt.

M’écarter des chemins balisés, fuir les couples et les familles. M’enfoncer dans ce foisonnement sans ordonnance ni repère. Vaincre cette angoisse ancestrale de l’inconnu et du mystère.

L’esprit vagabond mais guettant le moindre mouvement suspect, le moindre craquement. Ressentir cette vague inquiétude se muant peu à peu en un étau qui me broie le ventre.

Et malgré tout, avancer. M’égarer, marcher sans but dans ce silence habité par elle et par moi. Fataliste, ne plus me soucier du danger, de qui m’observe, qui me poursuit…Franchir les limites de ma folle inconscience.

Et puis courir, m’écorcher la peau sur les ronces, trébucher, tomber. Me relever, courir encore. Fuir, toujours plus profondément vers l’ultime refuge. Au-delà de toutes pensées, jusqu’à épuisement, tel un cerf traqué.

Enfin, vidée, le dos en sueur, les jambes meurtries, me laisser glisser sur un tapis mouillé de feuilles mortes. En humer la noble pourriture.

Puis, dans un dernier effort, relever la tête. M’émerveiller de la  haute stature de mon arbre, que caresse un premier rayon de lune.

L’enlacer de toute mon âme, y puiser une force nouvelle et furieuse.

 

 

 

 

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Toby for ever

Lorsque Joyce tourna le coin de sa rue, elle fut surprise de voir un attroupement devant la porte de son immeuble. Un cordon de police empêchait les badauds de s’approcher trop près. Sur le trottoir stationnait un véhicule de pompiers. Un étrange pressentiment serra la poitrine de la jeune femme. Elle parvînt à se frayer un passage parmi la foule,  jusqu’à la barrière de sécurité mise en place par les forces de l’ordre.

Tout le monde regardait en l’air…Elle leva la tête et aperçut Toby, debout sur le rebord de fenêtre de sa chambre, au septième étage. Les bras en croix, le regard droit vers le ciel, il semblait vouloir s’envoler…Joyce étouffa un hurlement et faillit s’écrouler. Son fils, son petit, son ange, son bébé de quatorze ans à peine…Que faisait-il là-haut ? Quel jeu jouait-il ? Ne voyait-il pas le danger ? …

L’inspecteur de police s’adressa à la jeune femme :

-« Connaissez-vous ce garçon ? Habitez-vous l’immeuble ?

– Oui…c’est Toby, c’est mon fils ! Je vous en prie, allez le chercher, il va tomber….

Nous faisons le maximum, les pompiers sont montés, ils lui parlent… Il faut agir avec précaution,  surtout ne pas l’effrayer car il semble ne pas être dans un état normal. Avez-vous connaissance qu’il se drogue ? »

Joyce n’avait plus de corps, il l’avait quittée, elle flottait dans un brouillard épais d’où ces mots surgissaient  : « drogue, Toby, police, danger, mort… »

Elle revit le rituel de ce matin, les céréales versées dans le bol Spiderman, la bouteille de lait sortie du frigo, les cookies, le verre de jus d’orange. Toby dormait encore quand elle était partie travailler ; elle avait pris soin de vérifier son sac de sport et lui avait préparé un tee-shirt propre. A quatorze ans, on est un peu distrait, on oublie facilement l’essentiel…Toby n’est pas un adolescent difficile. Il est dans la moyenne en classe, ne se bagarre jamais, ne sort pas le soir….Il préfère écouter de la musique dans sa chambre. La plupart du temps, il s’endort avec…Joyce lui donne un peu d’argent de poche, pas trop. Et Toby travaille de temps en temps pour améliorer son ordinaire ; il lave des voitures…

Le policier la tira de sa réflexion :

-« Voulez-vous essayer de lui parler ? Dites-lui simplement quelques mots, comme si tout allait bien… »

Dans un lourd silence, d’une voix blanche, Joyce s’adressa à son fils :

-«  Toby ! Descends s’il-te-plaît, et referme la fenêtre, il fait froid aujourd’hui… »

Toby n’entendait rien, ne voyait rien que le bleu infini droit devant. Il sourit, battit des ailes et s’envola…

Pour les enfants de la chance, qui n’ont jamais connu les transes des shoots et du shit,

Toby vivra « for ever ».