lettre au père Noël

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Cher père Noël,

C’est la première fois que je t’écris alors je suis un peu émue. Quand j’étais petite, tu m’as drôlement choyée et je réalise aujourd’hui que je ne t’ai jamais remercié.

Alors je le fais maintenant et j’espère que tu ne seras pas fâché de mon retard.

Merci père Noël. Merci pour ma poupée Cathy, pour mon landau, ma kitchenette, ma valise d’infirmière et mes innombrables poupons dont j’ai oublié le nom. Merci aussi pour mon vélo bleu. Il était absolument magnifique et je crois bien que c’est le dernier cadeau que tu m’as fait. Je devais avoir huit ans ou quelque chose comme ça.

L’hiver suivant, quelqu’un m’a dit que tu n’existais pas ! Si tu savais comme j’étais déçue et en colère ! Les Noël n’ont plus jamais eu la même saveur, depuis. Bien sûr, on a toujours dressé le sapin dans le salon, mais les cadeaux arrivaient dans les bras des invités…

Je crois bien que c’est à partir de ce moment que l’émerveillement s’est éteint dans mes yeux. Et je t’en veux un peu…enfin, un tout petit peu.

L’année dernière, mes petites filles ont cru voir ton traîneau dans le ciel. Alors elles se sont mises à chanter pour toi, pour que tu t’arrêtes sur le toit de la maison. Nous avons joué le jeu et fait semblant que tu avais balancé les jouets par la cheminée, car naturellement tu avais trop de travail pour t’arrêter sur chaque toit de maison…

Combien de temps encore pourrons-nous garder le secret ? Je l’ignore. Il faudra bien leur dire un jour, pourtant. Il faudra leur dire que tu existes vraiment, mais seulement dans nos cœurs d’enfants.

Joyeux Noël père Noël !

PS : hum…si tu tiens vraiment à m’offrir un cadeau, j’aimerais un merveilleux Avril ! …

Toby for ever

Lorsque Joyce tourna le coin de sa rue, elle fut surprise de voir un attroupement devant la porte de son immeuble. Un cordon de police empêchait les badauds de s’approcher trop près. Sur le trottoir stationnait un véhicule de pompiers. Un étrange pressentiment serra la poitrine de la jeune femme. Elle parvînt à se frayer un passage parmi la foule,  jusqu’à la barrière de sécurité mise en place par les forces de l’ordre.

Tout le monde regardait en l’air…Elle leva la tête et aperçut Toby, debout sur le rebord de fenêtre de sa chambre, au septième étage. Les bras en croix, le regard droit vers le ciel, il semblait vouloir s’envoler…Joyce étouffa un hurlement et faillit s’écrouler. Son fils, son petit, son ange, son bébé de quatorze ans à peine…Que faisait-il là-haut ? Quel jeu jouait-il ? Ne voyait-il pas le danger ? …

L’inspecteur de police s’adressa à la jeune femme :

-« Connaissez-vous ce garçon ? Habitez-vous l’immeuble ?

– Oui…c’est Toby, c’est mon fils ! Je vous en prie, allez le chercher, il va tomber….

Nous faisons le maximum, les pompiers sont montés, ils lui parlent… Il faut agir avec précaution,  surtout ne pas l’effrayer car il semble ne pas être dans un état normal. Avez-vous connaissance qu’il se drogue ? »

Joyce n’avait plus de corps, il l’avait quittée, elle flottait dans un brouillard épais d’où ces mots surgissaient  : « drogue, Toby, police, danger, mort… »

Elle revit le rituel de ce matin, les céréales versées dans le bol Spiderman, la bouteille de lait sortie du frigo, les cookies, le verre de jus d’orange. Toby dormait encore quand elle était partie travailler ; elle avait pris soin de vérifier son sac de sport et lui avait préparé un tee-shirt propre. A quatorze ans, on est un peu distrait, on oublie facilement l’essentiel…Toby n’est pas un adolescent difficile. Il est dans la moyenne en classe, ne se bagarre jamais, ne sort pas le soir….Il préfère écouter de la musique dans sa chambre. La plupart du temps, il s’endort avec…Joyce lui donne un peu d’argent de poche, pas trop. Et Toby travaille de temps en temps pour améliorer son ordinaire ; il lave des voitures…

Le policier la tira de sa réflexion :

-« Voulez-vous essayer de lui parler ? Dites-lui simplement quelques mots, comme si tout allait bien… »

Dans un lourd silence, d’une voix blanche, Joyce s’adressa à son fils :

-«  Toby ! Descends s’il-te-plaît, et referme la fenêtre, il fait froid aujourd’hui… »

Toby n’entendait rien, ne voyait rien que le bleu infini droit devant. Il sourit, battit des ailes et s’envola…

Pour les enfants de la chance, qui n’ont jamais connu les transes des shoots et du shit,

Toby vivra « for ever ».