un goût d’été

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Un peu à l’écart de la guinguette, il a planté son chevalet sur la berge. Les tubes de couleurs jonchent l’herbe en éventail, certains sont éventrés. L’homme porte un chapeau à larges bords et une blouse blanche tâchée. J’envie sa main qui ne tremble pas quand il appose les touches de lumière sur sa toile.

Il plisse un peu les yeux, recule de quelques centimètres puis repose son pinceau. Est-il content de lui ? Sans doute pas complètement. L’artiste n’est jamais totalement satisfait.

Les flonflons se sont tus et les danseurs se désaltèrent au vin blanc de Mâcon. Sur le fleuve miroir, une famille de canards glisse, tranquille, puis disparaît sous les branchages d’un saule. L’heure est à la plénitude.

Monet (ou était-ce Renoir ?) remballe son matériel, relève son chapeau et d’un revers de manche, s’éponge le front. Il a fait chaud aujourd’hui.

J’ai peut-être un peu trop fumé…

 

 

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lisa

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C’était l’été. Elle s’appelait Lisa.

Nous nous étions rencontrées grâce à des amis communs. Lisa était ce genre de femme dont on dit qu’elles respirent la joie de vivre. Aussi brune et charnue que je suis pâle et mince, aussi exubérante que je suis réservée, elle était mon contraire et mon soleil. Elle aimait Mozart et Nougaro. Mozart comme tout le monde, Nougaro comme moi. Lisa riait de tout, tout le temps.

Dans sa demeure de verre au sein des arbres de la vallée de la Course, les oiseaux de passage étaient nombreux. Elle les enivrait de musique et de vin gris. Et lorsque le petit jour se levait, que les autres dormaient, Lisa s’asseyait contre « son » arbre. Alors elle allumait une cigarette et fixait le néant.

Je n’osais déranger sa solitude. Pourtant, un jour ce fut elle qui m’invita à la rejoindre. Elle prit un air grave et tout de go, me pria : »viens vivre ici, avec moi »…Gênée, j’invoquai des excuses bidon, l’éloignement de la ville, mes obligations professionnelles. Nous nous quittâmes comme d’habitude.

Quelques mois plus tard, c’était Noël. Lisa m’envoya une carte représentant un tableau de Modigliani sur lequel elle avait tracé une croix noire. Un lourd pressentiment m’envahit.

Un soir de janvier, une voix blanche m’apprit qu’elle avait eu un accident de voiture, grave. Au matin elle était morte.

Dans ses tiroirs secrets, on découvrit un agenda sur lequel elle notait ses rendez-vous hebdomadaires avec un psychiatre. Personne ne savait, même son compagnon de l’époque.

Dans le journal local, il fut mentionné : « un terrible et inexplicable accident survenu sur une route droite de campagne ».

C’était l’hiver, elle s’appelait Lisa.

cool la life

windsurf Quand, le regard embrumé de plaisirs illicites, les fous de glisse s’élançaient sur la vague. Que le mistral asséchait nos peaux de carton bitumé. Que nos crins blond californien, dégorgeaient de sel.

Nous nous sentions libres comme les oiseaux.

On se lavait dans la mer, au Fa douche citron vert, et l’on se nourrissait de riz et de fruits. Rien n’avait d’importance que la vibration des corps et des esprits.

Nous étions ivres de vent, de soleil, d’adrénaline et de vin gris. La nuit, le jour, se confondaient au gré de nos désirs. Le temps n’existait pas, le monde non plus. La planète tournait sans nous.

Nous n’étions plus des enfants, mais le feu de l’été nous brûlait et nous rendait inconscients. La glisse, les vagues, la route, la musique, nous laissaient fourbus mais heureux.

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Et quand, nous nous écroulions enfin, les bras en croix sur la couchette du vieux Combi VW. Les étoiles nous souriaient et les songes nous portaient vers un autre futur, si bleu qu’il en était indécent.

C’était l’été 89…et Dire Strait chantait :

l’été

L’été est là, je n’avais pas remarqué. Le temps file comme un TGV.

La ville transpire, suffoque. La poussière colle à la peau et sous les semelles l’asphalte brûle.

« Cherche moi une chanson d’été ! »

Impassible, la statue du grand Charles  regarde les enfants s’ébrouer dans la fontaine. Jeux interdits et innocents de l’été urbain.

« Une chanson d’été ? Ce n’est pas facile, l’automne est plus propice« 

Là-bas, la Volane chante et roule ses cailloux. Une bouteille dans l’eau, au frais.

« Je voudrais une chanson d’été rocailleuse et sensuelle »

Ils ont déserté la ville et la mer a mangé la craie de la falaise. J’ai le dos et l’âme qui dégoulinent.

« Paris s’éveille, c’est aussi l’été »

Café brûlant sur fond de jazz. Sur les toits dansent les chats. Mes fantômes au soleil roulent les airs…

C’est l’été ; je n’avais pas remarqué. Le temps file comme un TGV.

TGV…

 

un été d’opaline

poussière d'étoiles

Pas un souffle, pas un bruit. Octobre a ocré les feuilles de la forêt. La falaise et le Cap s’endorment dans les premières brumes. Accrochées aux parois de craie, quelques brindilles émergent des nids défaits et l’herbe haute a envahi le chemin des douaniers. L’horizon s’est perdu quelque part entre ciel et mer.

Le joli temps de l’été est bien terminé. La saison opaline a éclaté en mille poussières d’étoiles éparpillées au gré des vents muets.

De cet eden éphémère, seules résonnent quelques notes de musique, de Bellegarde à Auberive.

Et la planète mélancolique se souvient. Elle se souvient de cet Avril battu par les vents, de ce renouveau tant attendu,  si plein de promesses.

La terre a enfanté de ses germes endormis. Les fruits de l’été se sont gorgés de suc divin, ont éclaté au grand soleil, fous de désir. Gourmands, les corps s’en sont délectés. Les sèves ont jailli, abreuvant les coeurs desséchés, désaltérant les assoiffés de vie. Tout n’était qu’exaltation, c’était l’été.

Pendant que ricanait le spectre de l’automne assassin.

Aux terrasses vides, les guitares se sont tues. Une trompette gémit seule dans son coin. Sur le trottoir, des gouttes de pluie scintillent encore, éclats moribonds d’un été d’opaline.