lettre à un cambrioleur

Monsieur le cambrioleur,

Comme j’aurais aimé vous appeler « Arsène »; dommage que vous n’en possédiez pas l’élégance.

Point de mot sur le piano…ou à défaut sur l’étagère. Me présenter vos excuses pour le dérangement causé, eût été la moindre des politesses. Ne trouvez-vous pas ?

Franchement, Monsieur, laisser la fenêtre ouverte par ces trombes orageuses, avouez que ce n’est pas très sympathique. La fleur de lune en est encore toute retournée.

Que de désordre pour un si piètre butin ! Que croyiez-vous donc ? Trouver de l’or ? J’en serais presque flattée, mais hélas, ce n’est pas le cas, loin de là.

Et puis, vous auriez pu ôter vos chaussures pour pénétrer dans ma chambre. Il est très désagréable de poser un pied nu sur une boue séchée…ou peut-être même sur autre chose que je n’ose nommer.

Au fait, n’allez donc pas vous ridiculiser en faisant estimer les bijoux qui vous ont plu. Ils n’ont de valeur que sentimentale. Tout comme ce vieil ordinateur prêt à rendre l’âme ; vous n’en tirerez rien du tout. Mais il contient mon coeur. Soyez gentil, ne le brusquez pas. Déposez-le discrètement sur le seuil de ma porte…Je n’y verrai que du feu !

Malgré tous ces désagréments, je dois dire cependant, que vous m’avez arraché un sourire. De ma collection de films, vous n’avez choisi qu’Almodovar. Fin connaisseur ! J’ai apprécié que vous me laissiez « talons aiguilles« . A l’occasion je penserai à vous en le visionnant.

Cette dernière précision ne suffit pourtant pas à vous qualifier de gentleman, car j’attends toujours que vous me fassiez porter des fleurs….ne serait-ce que quelques fleurs des champs…

…fleurs des champs…

Bien à vous,

Votre cambriolée.   coquelicots noir et blanc