cailloux

DSCF3622

Je ne fus pas surprise lorsque j’aperçus sa minuscule silhouette en tache claire sur le fond gris-bleu de ce matin d’automne. Comme un rendez-vous incontournable avec moi-même, elle était là, qui m’attendait.

De son château de sable mangé par les vagues, il ne restait qu’une étoile de mer desséchée qu’elle avait posée au sommet de la plus haute tour. Elle contemplait son étoile en chantonnant d’une voix fluette :

« non, non, le ciel n’est pas gris,

sha la la la li,

non, non, le vent n’est pas froid,

sha-la-la-la »

En m’approchant un peu, je vis qu’elle était pieds nus. Entre ses orteils coulaient des rigoles d’eau salée qui lui rougissaient la peau. Elle écarta les pouces pour créer des rivières. Ses talons s’enfonçaient dans le sable mouillé.

Quand elle me vit enfin, elle me sourit et me demanda :

« tu m’aides à transporter mes cailloux ?« 

Je remarquai alors son seau en plastique, rempli de galets. Pour une si petite fille, c’était beaucoup trop lourd et je m’étonnai de cet étrange manège. Sans attendre que je lui pose la question, elle me dit :

« ce sont des cailloux très importants, je voudrais les mettre à l’abri« 

Elle posa sa menotte sur l’anse du seau et m’invita de son regard blue-jean. Je me penchai un peu et posai ma main sur la sienne. A nous deux, nous soulevâmes le seau qui tout à coup devint aussi léger qu’une plume de goéland.

D’un signe elle me désigna une embarcation légère.

Nous prîmes la mer jusqu’à l’île aux oiseaux.

Là, elle prit les cailloux un à un, les disposa en arc-de-cercle pour former une phrase qui me laissa muette : « carpe diem« …

une île

 

Entre rêve et réalité,  au bout du bout du monde, il est une île.

Comme sur toutes les îles battues par les vents, les nuages n’y stagnent pas. En son coeur de craie résonnent les rires cristallins des lutins faiseurs de bonheur. Au creux de ses herbes hautes fredonne la musique douce du temps suspendu.

Refuge des oiseaux aux ailes brisées, l’île les berce, comme la lune berce les enfants qu’on a délaissés.  Pour qu’ils s’endorment, apaisés. Mais aucun n’y reste, jamais.

Ici ou là,  hier ou demain, il est une île. Une bulle, un havre, un cocon, une  parenthèse. Qui soupire lorsque s’envolent les oiseaux réparés.