lune pleine

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Immensément ronde, blafarde, envoûtante et inquiétante, elle est là dans ma fenêtre et m’empêche de dormir. J’ai beau me cacher le visage sous le drap, son rayonnement me pénètre impitoyablement.

Aimantée, attirée comme la mer en furie, d’un geste rageur je bondis hors du lit et je me plante devant cette sournoise : « lune, si tu savais comme je te hais à ce moment précis ! »

Hypnotisée, ne la quittant pas des yeux, j’enfile un trench sur mon pyjama et une paire de bottines : »ok, tu as gagné, oui tu es la plus belle, oui je t’aime, oui je sors pour mieux t’admirer…« .

Les rues de la ville sont désertes. Le bitume mouillé brille comme un quartz. Quelques enseignes de magasins sont encore allumées et forment des halos multicolores dans la nuit moite. Un chien errant vide une poubelle et la renverse. Je sursaute. Quelques rares voitures roulent encore à cette heure tardive, pressées.

Mes talons claquent sur les trottoirs ; leur bruit m’empêche d’avoir peur. Je tiens fermement mon trousseau de clés dans ma poche, au cas où je me ferais agresser. Il paraît qu’un bon coup de clé bien placé, ça fait très très mal…

Sur le pont qui enjambe le port, les embruns me fouettent les joues. La lune se baigne dans les eaux miroirs, vacille au rythme des vaguelettes. En appui sur le parapet, j’admire le spectacle…

A ce moment, une voix m’interpelle : « bonsoir, que faites-vous seule dehors à une heure pareille ? »

Ce ne peut-être un agent de police, la voix est trop suave…Machinalement je tâte mon trousseau de clés dans ma poche et je me retourne. Devant moi, un homme de haute stature, vêtu d’un long manteau sombre. Je ne peux distinguer son visage ; une écharpe  lui en cache la moitié. Seuls, ses yeux jaunes percent la nuit. Je m’entend lui répondre faiblement : « et vous ? »

A cet instant, l’homme s’approche et pose une main sur mon épaule. Je me sens incapable de réagir. Il me parle à nouveau : « n’ayez pas peur, ça ne fera pas mal.… »

Grand Dieu, je vais m’évanouir ! Il a maintenant sa deuxième main sur mon autre épaule et me tient fermement.

Soudain l’écharpe qui lui cachait le visage, retombe et j’aperçois avec stupeur sa peau blême couverte de longs poils noirs éparses. De sa bouche entrouverte dépassent deux canines pointues et jaunâtres. Son haleine fétide me donne la nausée. Le souffle court, il me pétrit le cou de ses doigts griffus et pousse un râle qui me fait frémir…

Non, je n’y crois pas, je ne veux pas y croire ! Les loups-garous et les vampires n’existent pas ! Même par nuit de pleine lune….

Trempée des pieds à la tête, je respire avec peine, oppressée par ce poids sur ma poitrine. Je suffoque, je défaille…

Dans un ultime effort je parviens à me redresser et à crier…. »Mina ! Sale bête ! »

La chatte Mina, aussi effrayée que moi, s’est retrouvée projetée brutalement en bas du lit et d’un air hébété, semble m’interroger : « t’es dingue ou quoi ?  qu’est-ce qu’il te prend ? »

« Tu n’as pas bonne haleine, Mina » !

La lune, toujours dans ma fenêtre…

…je lui ai montré mes griffures, mais la lune s’est moquée de moi…