les écureuils de Central Park

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Le 8 décembre 1980, un fou nommé Mark David Chapman, abattait de sang-froid un homme qui prêchait « peace and love » : John Lennon. Lorsque j’entendis la nouvelle à la radio, j’ai su qu’un monde s’effondrait, celui des illusions de ma jeunesse. Mais rien ne meurt jamais tout à fait…

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Lorsque l’avion se posa sur le tarmac de JFK airport, je fus immédiatement submergée de démesure. Toutes ces images vues dans les films me revinrent en bloc, et à l’instant, j’étais actrice d’une série américaine.

Une longue file de taxis jaune attendait devant le terminal et j’imaginais déjà le conducteur noir, brandissant un couteau : « where are you going ? » Et moi qui lui répondrais en tremblant « Harlem » …le chauffeur d’un air rigolard répliquerait « that’s your right, girl »…en découvrant un sourire de piano et en piquant sa pomme sur son couteau. Décidément, je vais trop au cinéma !

Je me contentai de lui indiquer : « St James Hotel, 45th street, Manhattan. »

Non, je ne venais pas précisément faire du tourisme. Non, je n’irai pas me recueillir sur les ruines des Twin Towers. C’était un autre tombeau, plus modeste en dimensions que je venais voir, celui de John Lennon. Il s’agissait d’une promesse faite à moi-même.

Les longues heures en avion m’avait épuisée mais il n’était pas question de dormir. A New-York il n’était que 14h. Arrivée à l’hôtel, je pris un bain de bulles roses et je zappai sur les innombrables chaînes de télévision, juste pour m’imprégner de l’accent new-yorkais. Puis je me vêtis de noir, chaussai des sandales rouges et descendis au bar où je commandai un gigantesque cocktail de fruits frais pressés. On me servit sur un plateau blanc marqué des lettres N.Y. couleur or. Dehors les sirènes de voitures de police hurlaient.

Venue à bout de mon breuvage hyper-vitaminé, je sortis flâner un peu et me retrouvai propulsée dans Time Square. Le soir tombait à présent et les néons flashaient de partout. Une foule cosmopolite se pressait sur les trottoirs. Coup de coeur pour un tee-shirt XXL marqué New York. Ca ferait une tenue sympa pour dormir…

Une petite faim se fit sentir et j’entrai dans un café en forme d’autobus. Je pris place sur une banquette de skaï vert. Sur les murs, des posters d’ice creams dégoulinantes de couleurs synthétiques. Une serveuse obèse s’approcha ; je lui commandai un Sundae fraise qui m’arriva sous le nez, surmonté d’une montagne de crème fouettée. Ce n’était donc pas une illusion, je me trouvais bien au sein de la « grosse pomme ».

J’étais seule dans mon « wagonnet » de skaï vert ; dans les autres compartiments, des couples parlaient fort et riaient. Une fille se mit à crier sur son compagnon et je repensai à « pulp fiction ». Je m’attendais presque à voir cette fille brandir un revolver et dans ma tête, la musique du générique trotta…

Le lendemain matin, chaussée de baskets sur coussins d’air, je me dirigeai d’un bon pas vers Central Park West, là où est situé le mémorial « Strawberry Fields » en honneur à John.

J’en avais vu les photos et reportages de nombreuses fois, mais je ne m »attendais pas à un tel monde autour du mémorial. Sur les bancs tout autour, des gens de tous pays se côtoyaient et discutaient en Anglais, en Chinois, en Russe… John aurait aimé ça, c’est sûr.

Je m’avançai vers le cercle de pierre couvert de fleurs, de photos, de nounours. Au centre on lisait « IMAGINE« .

Alors, tout bas, je murmurai : « Salut John, tu vois, j’ai tenu ma promesse, je suis là. Personne ne t’a oublié ; on t’aime toujours. Et pourtant si tu savais comme les peuples sont devenus fous. Ils continuent à se détruire, ils continuent à distiller la haine et le racisme. Rien n’a changé, c’est pire. Toi qui prêchais la paix et l’amour, tu dois être triste là-haut. Ils n’ont rien compris tu sais… »

Je restai plusieurs minutes, là, devant lui, parmi la foule qui photographiait…

Après avoir déposé un baiser sur la pierre, je fis demi-tour et m’en allai au travers des allées de Central Park.

En ce dimanche de printemps, la nature avait repris ses droits à New-York. Les arbres centenaires, imposants, s’élargissaient au sommet en une voûte vert tendre, peuplée de chants d’oiseaux. Les gratte-ciels, le bruit et les flots de voitures n’existaient plus…

Il faisait presque chaud et je décidai de me rafraîchir les pieds dans l’herbe. A ce moment de délectation, deux petits boules de poils roux et gris déboulèrent d’une branche. Les écureuils…

Pas farouches, ils semblaient en quête d’une miette tombée d’une poche. Il était interdit de les nourrir, mais beaucoup le faisaient. J’étais désolée d’avoir terminé mon sachet de cacahuètes…

Toute à ma tendre contemplation, je sursautai quand soudain, sous l’ombre d’un chêne, je distinguai une menue silhouette aux longs cheveux noirs. Avec souplesse, la silhouette s’agenouilla dans l’herbe et appela doucement les écureuils. A contre-jour, une seconde silhouette apparut, celle d’un homme coiffé d’un chapeau. La femme alors se releva et lui prit le bras…

Tous deux s’en allèrent, collés l’un à l’autre, me laissant rêveuse. Dans un rai de soleil embrumé, ils se dirigèrent vers Dakota building…

fille au pair – part.4 – the dream is over

A l’abri dans ma bulle, je me souciais peu à l’époque de ce qui se passait dans le monde. Plus préoccupée de musique et de fringues que de phénomènes de société, je ne vis pas arriver la fin du rêve.

Je remarquai cependant quelques changements dans l’attitude générale. Le mouvement hippie battait son plein et peu à peu, envahit totalement le coeur de Londres. Les grands rassemblements de Woodstock et de l’île de Wight, l’influence des sectes, les pseudo-gourous, les drogues en tous genre, eurent tôt fait d’assassiner l’insouciance de la génération Pop.

A Hyde Park, des corps avachis et dénudés envahirent les pelouses. Au son de tambourins et de clochettes, des moines bouddhistes dansaient pieds nus dans les rues. Je croisais de plus en plus de regards vides et « Hare Krishna » avait remplacé « The beat goes on »…

D’étranges copies de Jésus Christ m’offraient régulièrement des « trips ». Certains réels, comme une escapade à Katmandou, mais le plus souvent rêves artificiels tout en couleurs psychédéliques, sous prétexte de me faire oublier les horreurs de la vie, la guerre au Vietnam…D’autres essayèrent de m’entrainer dans leur communauté de partage, surtout de sexe.

A ce moment, je réalisai qu’un monde s’écroulait, celui de mon adolescence. Un voile se déchira et pour la première fois je songeai à mon futur. Lucide, la tête bien accrochée sur les épaules, je repoussai toute idée d’adhésion à une quelconque idéologie utopique, fusse-t-elle dans l’air du temps. L’avenir me prouva ensuite que j’avais raison.

Un matin à la radio, je n’entendis pas « happy day ». Paul Mc Cartney annonça officiellement la séparation des Beatles. Pour moi, c’était un « bad day ». Comme la plupart de leurs fans, j’accusais Yoko Ono de sa prise de pouvoir sur John Lennon. Il s’avéra qu’en réalité il ne s’agissait que de discordes bassement matérielles. Let it be….

Le gigot à  la menthe du dimanche, le filet de haddock mariné dans du lait, la dinde à la confiture de myrtille….n’avaient plus le même goût extravagant et délicieux (si si) que d’habitude. Lorsque le fog fit enfin son apparition sur les docks, lorsque Big Ben sonna étouffé, lorsque les parapluies noirs occultèrent mon diaporama multicolore, j’annonçai à Ann et Peter que je passerai le prochain Noël en Opalie…

End of story.