lettre au père Noël

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Cher père Noël,

C’est la première fois que je t’écris alors je suis un peu émue. Quand j’étais petite, tu m’as drôlement choyée et je réalise aujourd’hui que je ne t’ai jamais remercié.

Alors je le fais maintenant et j’espère que tu ne seras pas fâché de mon retard.

Merci père Noël. Merci pour ma poupée Cathy, pour mon landau, ma kitchenette, ma valise d’infirmière et mes innombrables poupons dont j’ai oublié le nom. Merci aussi pour mon vélo bleu. Il était absolument magnifique et je crois bien que c’est le dernier cadeau que tu m’as fait. Je devais avoir huit ans ou quelque chose comme ça.

L’hiver suivant, quelqu’un m’a dit que tu n’existais pas ! Si tu savais comme j’étais déçue et en colère ! Les Noël n’ont plus jamais eu la même saveur, depuis. Bien sûr, on a toujours dressé le sapin dans le salon, mais les cadeaux arrivaient dans les bras des invités…

Je crois bien que c’est à partir de ce moment que l’émerveillement s’est éteint dans mes yeux. Et je t’en veux un peu…enfin, un tout petit peu.

L’année dernière, mes petites filles ont cru voir ton traîneau dans le ciel. Alors elles se sont mises à chanter pour toi, pour que tu t’arrêtes sur le toit de la maison. Nous avons joué le jeu et fait semblant que tu avais balancé les jouets par la cheminée, car naturellement tu avais trop de travail pour t’arrêter sur chaque toit de maison…

Combien de temps encore pourrons-nous garder le secret ? Je l’ignore. Il faudra bien leur dire un jour, pourtant. Il faudra leur dire que tu existes vraiment, mais seulement dans nos cœurs d’enfants.

Joyeux Noël père Noël !

PS : hum…si tu tiens vraiment à m’offrir un cadeau, j’aimerais un merveilleux Avril ! …

Joseph le fou

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Août 1962. Dans sa chambre de l’asile psychiatrique, Joseph dessine des roses sur du papier à lettres. Il a demandé à son ami Paul d’écrire pour lui une lettre à sa mère. Cette lettre dit ceci :

Chère maman,

Je t’écris cette lettre pour te dire que je vais bien. Aujourd’hui je suis allé à l’atelier de menuiserie et on m’a laissé raboter une planche de sapin. Le chef m’a fait des compliments sur mon travail et le docteur a dit que je pourrais bientôt sortir. Tu vois, maman, je vais travailler à nouveau et te fabriquer un beau buffet de cuisine, avec des roses sculptées. Le docteur a dit aussi que si je prenais bien mes médicaments, je n’aurais plus mal à la tête. Mais je n’aime pas quand il me met de l’électricité sur le crâne, ça fait très mal et c’est pour ça que j’ai mal à la tête. Quand je reviens dans ma chambre , chaque fois je vois des éclairs d’orage et je ne peux pas dormir. Pourtant je suis très fatigué et mes jambes ne veulent plus marcher. Alors tout le monde pense que je dors, mais en réalité c’est juste mon corps qui dort, pas ma tête. S’il-te-plaît, maman, dis au docteur de ne plus me faire de l’électricité. L’autre jour, il paraît que j’étais très énervé alors ils m’ont mis la camisole. Je suis resté toute la journée assis par terre, emprisonné dans cette camisole, et j’avais beau crier que j’avais besoin d’aller aux toilettes, personne n’est jamais venu. Alors j’ai fait pipi dans la camisole ; ils n’étaient pas contents. Le soir, ils m’ont fait une piqûre et m’ont libéré, mais ils ont oublié de me donner à manger. Heureusement, Paul m’avait conservé une pomme. Je m’ennuie beaucoup après toi, maman. Je veux rentrer à la maison. Il y a longtemps que tu n’es pas venue me voir. Je sais bien que la dernière fois je n’ai pas été très gentil avec toi, mais je te jure que je ne te frapperai plus. D’ailleurs, après ta visite, ils m’ont dit que tu ne viendrais plus jamais si j’étais méchant ; j’ai bien compris la leçon. Tu sais, je ne suis pas fou, j’ai juste très mal à la tête et c’est pour ça que je suis énervé quelquefois. Ici, il y a beaucoup de fous. Ils sont différents, ils hurlent pour rien, ils se balancent tout le temps. Moi je ne hurle pas, sauf quand je suis énervé. Et puis je ne me balance jamais ; je tape ma tête contre le mur quand j’ai trop mal, c’est tout, ce n ‘est pas grave. Demain il paraît que j’aurai l’autorisation de retourner à l’atelier. J’aimerais bien scier du bois pour commencer ton buffet, mais ils ne veulent pas me donner une scie. Ils disent que c’est trop dangereux. Pourtant, tu le sais toi, maman, que j’ai l’habitude de scier. Le docteur m’a demandé pourquoi j’avais voulu te tuer avec ma scie. Ce n’est pas vrai, je n’ai jamais fait une chose pareille. Pourquoi lui as-tu raconté ça, maman ? J’ai demandé à Paul d’écrire un poème pour toi. Il a commencé, mais il n’a pas encore terminé. Je te l’offrirai quand tu viendras me chercher pour rentrer à la maison. Hier, j’ai vu beaucoup de monde. Je crois qu’ils étaient tous des docteurs car ils avaient des blouses blanches. Ils sont venus dans ma chambre, m’ont fait une piqûre, et m’ont posé des tas de questions. Je n’ai pas tout compris, je crois que j’ai répondu un peu n’importe quoi. Alors ils se sont fâchés, je me suis énervé et ils ont ligoté mes chevilles et mes poignets sur le lit et m’ont fait une seconde piqûre. Pourquoi ne me laissent-ils pas tranquille, maman ? Dis, quand viendras-tu me chercher ? Quand je pose la question au docteur, il répond toujours « bientôt », mais c’est très long bientôt. Paul me lit ses poèmes et moi je dessine des roses. Paul m’a dit que sa mère allait venir le chercher dimanche prochain. Je vais rester tout seul, avec les fous, si toi tu ne viens pas. Chère maman, répond moi s’il-te-plaît, tu ne réponds jamais à mes lettres. Je vais donner celle-ci au docteur, il la postera pour moi. Ma valise est toujours prête, tu vois je ne suis pas fou, maman.

Ton fils qui t’aime,

Joseph.

A l’aube de ses cinquante ans, Joseph attend toujours que sa maman vienne le chercher à l’asile psychiatrique. Le docteur n’a jamais posté ses lettres.

M.D. 2010