un homme sensé

Le_petit_prince_Mj_ombre

« Faites que le rêve dévore votre vie,

afin que la vie ne dévore pas votre rêve… »

Antoine de St Exupéry

« Où m’emmènes-tu, petit ? Je ne vois là qu’un désert…

– Mais non, regarde bien ! Regarde ce que tes yeux ne voient pas !

– J’ai déjà entendu ça quelque part… mais je suis un homme sensé et mes yeux ne voient que le concret.

– Et c’est quoi, pour toi, le concret ?

Tout ce qui est indispensable à ma vie, manger, boire, dormir, gagner de l’argent…

– C’est bien triste…

– Mais c’est la réalité, petit. Nul n’y échappe, crois-moi.

– Qu’as-tu donc fait de tes rêves ? Les as-tu oubliés ?

– ...Non, mais ils n’étaient qu’utopie. La vie s’est chargé de les occulter, pour mieux m’aspirer dans sa course infernale. D’ailleurs, je ne m’en plains pas vraiment. Je possède des quantités de choses, j’ai beaucoup voyagé, j’ai des amis fidèles…On peut dire que je suis comblé, je dirais même…heureux !

– Si tu es heureux, pourquoi es-tu venu jusqu’à moi ? Je ne possède aucune richesse et je n’ai rien de concret à te montrer.

– C’est toi qui m’a appelé ! J’ai entendu ta voix, si faible, qui me suppliait de venir, alors j’ai accouru ! Mais en réalité, j’en ignore la raison et je me demande bien ce que nous faisons, seuls dans ce désert à discuter de choses insensées …

Tu n’as donc rien compris !

– Que devrais-je comprendre ?

-« Toi et moi ne formons qu’un. Mais tu ne t’en souviens pas. Réfléchis bien…« 

L’homme se sentit soudain vulnérable. Ce petit être le narguait avec ses propos mystérieux et cela l’agaçait fortement. Il regretta presque d’être venu à sa rencontre. Sa vie l’attendait, là-bas, chez lui, parmi les fourmis-robots. Un homme sensé ne prend pas ses rêves pour des réalités et ce n’est pas un enfant haut comme trois pommes qui allait le faire changer d’avis…

C’est alors que le sable se mit à tournoyer, de plus en plus fort, et le fit chanceler. Il se protégea les yeux d’une main, et de l’autre, serra celle du petit garçon afin de ne pas le perdre. Un écran ocre cacha bientôt l’horizon, anéantissant tout relief et la tempête  rugit. Le désert semblait déchaîné…

Nul ne sait combien de temps il lui fallut pour enfin ouvrir les yeux. Probablement longtemps. Mais ce qu’il vit lorsque le calme fut revenu, l’émerveilla. Un banc de pierre surgi de nulle part était planté là, sur la colline surplombant une vallée verdoyante. Tout en bas, un village de tuiles roses dormait paisiblement. Le silence troublé par un chant de rossignol et quelques lointaines clochettes. Personne à part lui…

L’homme fit quelques pas, s’assit sur le banc et contempla son rêve. Il distingua sa maison, une modeste demeure aux murs de pierre, entourée d’un grand jardin où s’ébrouaient en liberté, poules, canards, chèvres, chien et chats. En insistant un peu plus, il distingua un petit garçon, assis sur le seuil de la porte, qui dessinait…

 

Dominique Massa, Didier Garino – Musique Et Merveilles  Le Désert D’aladin – 01 – Les sables de l’infini

bonheur sur commande

poussière d'étoiles

A peine Noël a-t-il pointé le bout de son nez, que déjà, les catalogues de la saison prochaine sont dans les boîtes aux lettres. Parmi eux, le catalogue des quatre saisons, celui que je préfère …

A la huitième page, article référencé 05565, une maisonnette aux volets bleus. Toute blanche, inondée de soleil, face à l’océan, elle me nargue avec ses mystères peuplés de matins doux et de soirs à la bougie. Fièrement, des roses trémières lui grimpent sur le mur. On ne peut apercevoir l’arrière de la maison, sans doute un grand jardin ou peut-être même un pré salé dans lequel gambadent les ânes…Je ne peux résister à cette invitation et je passe commande. J’ignore où elle se trouve, mais peu importe, pourvu qu’elle ait les volets bleus…

Un peu plus loin, articles référencé 06635, des amis. Des vrais amis, qui vous écoutent simplement. Des amis qui sont là quand il le faut et se font discrets lorsque le temps est à l’orage, qui attendent que le soleil revienne sans pour autant vous assourdir de leurs bons conseils et sans juger….Des amis qui comprennent. Je voudrais bien passer commande mais le délai est un peu long ; la demande est forte …

Ensuite, nous passons aux choses pratiques : une bassine à confiture, un stock de bougies à la cannelle, un bâton de marche, un chapeau pour le soleil, un autre pour la pluie, des livres…plein de livres et de la musique, toutes les musiques du monde.

A la page 236, référencé 3615, un coup de fil. Un coup de fil inattendu, un coup de fil spontané, une voix que l’on aime, des nouvelles de là-bas, un écho lointain qui vous rappelle que vous existez. Cet article là coûte très cher ; c’est même hors de prix. Tant pis, je commande quand même…

Page 333, des baisers d’enfants. J’hésite un peu car mes placards en sont remplis. Cependant, on n’en a jamais assez et j’aime faire provision de baisers d’enfants. Ces douces petites ventouses mouillées qui vous claquent sur la joue, j’en suis très gourmande.

Et puis, et puis…Cet article que j’aime par-dessus tout, référencé 123soleil, qui s’écrit A.m.o.u.r…Cet article-là n’a pas de prix. Même à crédit, il ne s’achète pas, il est offert.

Hélas, le stock est épuisé, volatilisé !

… Je referme le catalogue ; ce dernier article étant la condition sine qua non de ma définition du bonheur, je ne commanderai rien.

M.D. 2011