orage

Le ciel est lourd et gris comme un chagrin d’amitié.

L’horizon s’est perdu. Immobile et silencieuse, la mer s’est faite métal. Les ailes et les voiles sont repliées, dans l’attente d’un dénouement.

Plus un souffle…

J’ai la gorge sèche et le dos qui dégouline.

Il fait soif.

Et dans ma tête, cette route à l’asphalte brûlant, menant vers nulle part. Et ce vent chaud qui me cartonne les joues. Le GPS qui devient fou et la GoPro qui avale les miles aux mille visages…et ce coyote qui nous fixe…

Les cumulonimbus s’amoncellent, il fait presque nuit. Un frisson me parcourt, j’ai froid maintenant. Gonflé de rancoeur et d’amertume, le ventre du ciel est prêt à éclater.

Qu’il se libère, enfin !

Soudain un éclair violet, puis grondement de tambour. Les nuages se déchirent, tentent de s’enfuir, effarés. Un autre éclair illumine la plage toute entière. Les tambours se rapprochent…

Une grosse larme de pluie me tombe sur le crâne, puis deux, puis trois…Enfin le ciel pleure et creuse des cratères fumants dans le sable.

Et dans ma tête, les colliers de perles pendus aux arbres qui ruissellent. Nous pataugeons dans les flaques et rions comme des fous. La sirène du bateau nous salue une dernière fois.

Et cette musique qui ne me lâche pas….

venise en opalie

– Avis de tempête  à forts coefficients –

– Vigilance orange sur Opalie –

Dans le fracas des lames qui se brisent contre la pierre, dans le grincement sinistre des bois marins. J’entends une musique légère.

Les bouillonnements d’écume sont des ailes de cygne. Le bronze du ciel est dorure. Des oiseaux de feu virevoltent au-dessus de la mer et l’horizon, mystérieux, s’est masqué.

Bravant les éléments perturbateurs, j’avance sur des pointes de satin. La gifle du sable qui tourbillonne a rosi mon visage trop pâle.

Que j’aime cette tempête !

Quelle étrange fantasmagorie que Venise en Opalie !

 

un violon pour une fée

« Le premier homme qui fit un instrument de musique et qui donna à cet art ses règles et ses lois, avait écouté, longtemps auparavant, murmurer les roseaux et chanter les fauvettes. »

Alfred de Musset

Sur ma planète, il y a des petites fées, vous l’aviez sans doute remarqué. L’une d’entre elles, l’autre jour, nous a annoncé : « je veux jouer du violon ! » Quelle belle intention ! …

Sauf que… en grande personnes bien conditionnées, nous nous empressâmes de modérer son enthousiasme.

Il faut vous dire que les yeux de cette petite fée sont indisciplinés, très indisciplinés.

Les notes de musique, pour elle,  sont des oiseaux noirs sur des fils électriques. Des fils qui dansent sans cesse, des oiseaux qui bougent, discutent, s’ébrouent…

Comment les faire se tenir tranquilles le temps d’accorder les sons d’un violon et d’en délivrer l’émotion ?

Je restai songeuse un long moment. Il me semblait inconcevable de priver une petite fée d’un tel enchantement que de jouer d’un instrument.

Puis j’ai réfléchi à la citation de Monsieur de Musset…

J’ignore si les roseaux ont une âme. Mais ce dont je suis certaine, c’est que les fauvettes ne savent pas lire une partition.

Et autrefois, au pays des loups, j’ai même connu un cricket qui jouait du violon. Chaque soir il se posait sur le bord de la cheminée et nous ravissait de sa musique. Je n’ai jamais remarqué qu’il possédât un pupitre…

Alors le sourire me revint…

 

Nina

La première fois que j’ai entendu Nina Simone à la radio, très tard le soir, je devais avoir dix ans. J’ignorais qui elle était, je ne comprenais rien aux paroles de sa chanson, mais j’étais scotchée. Sans le savoir j’écoutais du jazz et c’est fou ce que j’aimais ça !

Mais c’est quoi le jazz ?

J’ai trouvé la réponse dans une scène du  film  « la légende du pianiste sur l‘océan« . Deux musiciens discutent et le premier dit à l’autre « si tu écoutes de la musique et que tu ignores ce que c’est, c’est du jazz !!!« 

Voilà, c’est exactement cela : des notes, beaucoup de notes, des improvisations, beaucoup d’improvisations, la liberté musicale dans toute sa splendeur, la créativité à son paroxysme, la sensualité, l’ivresse, le désir jamais assouvi, la perfection jamais atteinte, et cette envie de jouer ou d’écouter, encore et encore…sans pouvoir en donner une raison précise.

Depuis Nina, vous l’aurez compris, le virus ne m’a jamais quittée.

Alors juste pour me faire plaisir…

ONE MORE TIME,  NINA !

 

un été d’opaline

poussière d'étoiles

Pas un souffle, pas un bruit. Octobre a ocré les feuilles de la forêt. La falaise et le Cap s’endorment dans les premières brumes. Accrochées aux parois de craie, quelques brindilles émergent des nids défaits et l’herbe haute a envahi le chemin des douaniers. L’horizon s’est perdu quelque part entre ciel et mer.

Le joli temps de l’été est bien terminé. La saison opaline a éclaté en mille poussières d’étoiles éparpillées au gré des vents muets.

De cet eden éphémère, seules résonnent quelques notes de musique, de Bellegarde à Auberive.

Et la planète mélancolique se souvient. Elle se souvient de cet Avril battu par les vents, de ce renouveau tant attendu,  si plein de promesses.

La terre a enfanté de ses germes endormis. Les fruits de l’été se sont gorgés de suc divin, ont éclaté au grand soleil, fous de désir. Gourmands, les corps s’en sont délectés. Les sèves ont jailli, abreuvant les coeurs desséchés, désaltérant les assoiffés de vie. Tout n’était qu’exaltation, c’était l’été.

Pendant que ricanait le spectre de l’automne assassin.

Aux terrasses vides, les guitares se sont tues. Une trompette gémit seule dans son coin. Sur le trottoir, des gouttes de pluie scintillent encore, éclats moribonds d’un été d’opaline.