peggy sue

plymouth

J’ai garé la Plymouth de papa sur le bitume brûlant, devant chez Peggy Sue. Des heures que je roule dans le désert de Mojave, et Mesquite est encore loin. Mes vêtements me collent à la peau. J’ai faim et j’ai soif.

Je me suis installée sur une banquette près des fenêtres d’où j’aperçois les collines de Calico. Peggy m’offre son large sourire et me tend le menu. Ici, on mange comme à la maisonpeggy sue ! Pour moi ce sera côtes de porc poêlées au beurre, accompagnées d’une purée de pommes de terre et de tranches d’ananas. Le tout arrosé d’une Bud bien fraîche.

Il y a du monde au comptoir et dans le fond de la salle, un groupe d’anciens GIs se racontent leurs souvenirs. Pendant que Buddy Holly chante dans le juke-box. Moi je préfère Elvis.

Discrètement, j’ôte mes chaussures à hauts talons et j’allume une cigarette. C’est bon de se sentir libre.

Papa est un homme taciturne. Depuis qu’il est rentré d’Europe, son esprit est resté sur les plages normandes. Je n’avais qu’un an à l’époque. J’ignore où se trouve la Normandy et je ne tiens pas à le savoir.

A l’université, les garçons ne pensent qu’aux filles et au rock’n’roll. Mon petit ami s’appelle Jimmy. Quand il aura son diplôme, nous nous marierons et nous aurons une grande maison en Californie, un chien et deux enfants. Enfin, c’est ce dont il rêve. Mais moi je voudrais faire du cinéma.

Je me sens un peu lourde avec la cuisine de Peggy. Tant pis pour le cheese-cake ! Peggy m’offre un second mug de café, mais il est tard, je dois atteindre Mesquite avant la nuit.

Le soir tombe sur le Nevada. Il fait encore très chaud dehors.

En remontant dans le cabriolet Mustang, je sens mon portable vibrer dans la poche de mes jeans. Cinq SMS arrivent simultanément. Foutu réseau ! Il faut décidément que je change d’opérateur….