fille au pair – part.2 – crazy London

Crazy London

Londres me claqua à la figure tel un gigantesque diaporama publicitaire auquel on ne peut échapper.  On m’avait parlé de « fog », de l’austérité architecturale, de la grisaille omniprésente. Je découvrais une cité grouillante de couleurs sous un soleil de plomb. Plongée dans la densité du trafic, encerclée de bus à étage, je me sentais très…basse. Ann conduisait sa Triumph Spitfire avec aisance tout en babillant des mots dont je ne comprenais pas tout le sens. Il m’eût fallu une vision à 360° et un traducteur automatique dans le cerveau pour ingurgiter toutes les informations qui me parvenaient. Une chose était sure : je me trouvais sur une autre planète.

Nous nous dirigions vers Muswell Hill, un quartier résidentiel au Nord de la ville. Du rouge agressif et prédominant de la City, nous passions au vert paisible de la banlieue. Je remarquai de nombreux parcs, un bois, des écoliers en uniforme, l’étrange fourgonnette à trois roues d’un laitier ambulant. Cette dimension humaine me rassura sur mes capacités d’adaptation.

Le  pavillon cossu d’Ann et son mari Peter, ressemblait à un énorme gâteau à la crème, tout rond avec ses bow-windows aux rideaux rose pâle. En ouvrant la porte devant moi, Ann appela : »De Gaulle » le chien, et ses enfants Colin et Zoe. Je fus d’emblée invitée à boire une tasse de thé qui se révéla être plus tard, la première d’une interminable série. J’étais encore loin d’imaginer l’importance de ce breuvage national !

A mon grand étonnement, j’appris que mon travail de fille au pair consistait simplement à ranger la chambre des enfants et à leur préparer le goûter. Le reste du temps m’appartenait complètement. Immédiatement, je pensai : Oxford Street, Piccadilly Circus, Carnaby Street, Marble Arch, London bridge, Abbey Road, Soho, Petticoat Lane, Chelsea, The Marquee Club, Hyde Park….et je réalisai que JAMAIS je n’aurai le temps…..

Le lendemain matin, en ouvrant les yeux sur le papier Laura Ashley de ma chambre, une seule idée m’incita à me lever : downtown, vite ! Ann et les enfants étaient déjà partis pour la journée. Peter m’accueillit avec une nice cup of tea  et une carte du métro.

Ce jour-là je compris la raison pour laquelle les londoniens appellent leur métro « the tube » ! Le plus vieux métro du monde se présenta à moi sous forme d’un entonnoir dont la queue sans fin pénétrait jusqu’au centre de la terre. En comparaison, le terrier du lapin blanc d’Alice n’était que rigolade. Maman, si tu me voyais, je descends en enfer...Tel était mon état d’esprit lorsque je croisai une bande d’humains – du moins c’est ce qu’il me semblait – qui, apparemment revenait d’un carnaval…Enfin, ils remontaient vers la surface, donc il était possible de survivre à l’enfer !

Arrêt Oxford Circus. C’est là que je reçu ma seconde claque en pleine figure en m’apercevant que j’étais invisible ! Avec ma petite jupe noire, mon tee-shirt blanc et ma réserve naturelle, je n’existais pas dans cette joyeuse foule de perroquets Ara. Autour de moi volaient les cheveux au vent, les pattes d’éléphant, les rayures, les pois, les carreaux, le jaune, le vert, le rouge…Et toute cette masse bigarrée ne marchait pas sur les trottoirs ; elle dansait ! Car la musique jaillissait de partout….Prenant mon courage à deux mains, je me glissai au sein de la folle effervescence…

Ce jour-là je parcourus des kilomètres à pieds, au hasard. Je m’imprégnais de cette fureur de vivre, de ce goût de liberté totale, du non-conformisme. Je devenais anglaise de la révolution Pop et cette seule idée me donner des ailes. En chemin je croisai une multitude d’androgynes dont je n’aurais su affirmer le sexe. Londres était un ovni unisexe et je me promis à moi-même de maigrir encore un peu et d’investir dans un chapeau extravagant, afin de mieux coller au décor…

Quand je me rendis compte que j’avais oublié l’heure du goûter des enfants…Je m’engouffrai dans la première station de métro pour rejoindre la banlieue. Le « tube » me parut déjà moins rébarbatif. Et franchissant le portillon, je me surpris à afficher un flegme tout britannique.

Toute la famille était rentrée. Lorsqu’ils m’aperçurent, ils eurent la délicatesse de ne pas me poser de question. Alors, pour me faire pardonner, c’est moi qui leur proposai une « nice cup of tea« .

…à suivre