Cathy

histoire vraie ou faux conte de Noël, c’est comme vous voulez

Le vent du Nord est retombé comme un soufflet. Une pluie fine et glacée mouille les carreaux d’ardoise et les rend glissants. Le théâtre et l’hôtel de ville se sont parés d’or. Des sapins de leds ont poussé pendant la nuit. Les vitrines rivalisent de paillettes et de lumières. Les gens se pressent, les bras chargés de paquets. Pas de doute, cette fois je ne peux y échapper.

En poussant la porte du centre commercial, un carillon émet un son cristallin. Tiens, c’est la première fois que je le remarque.

Le vieil homme qui se tient derrière le comptoir de chêne, me salue. Son visage parcheminé s’illumine et son regard lavande me sourit.

Sur les murs, des étagères vermoulues croulent sous les livres. Des livres pour enfants, aux couvertures jaunies.  « Hansel et Gretel », « La petite sirène », « Alice au pays des merveilles », « Le petit prince », « Croc blanc »… L’un d’entre eux me fait frémir : « Sama, prince des éléphants ».

« Qui veut prendre « Sama prince des éléphants » cette semaine ? » – demande la maîtresse. Je lève le doigt, comme d’habitude. Mes camarades de classe sourient, se moquent un peu. Je dois être la seule à avoir lu et relu cent fois, ce livre de la bibliothèque de l’école. Ils peuvent bien se moquer, moi je pars en Afrique chaque samedi avec Sama…

Le vieil homme, remarquant mon intérêt, me dit :

– « Ce livre raconte une très belle histoire qui se déroule en Afrique. Il est en vente depuis de nombreuses années… »

-« Je sais, il m’attendait… »

Mon précieux livre dans les mains, je regarde autour de moi…Une toupie en métal peinte en rouge avec des étoiles jaunes, un jokari de bois avec une balle en mousse, une boîte de dominos, un tableau noir sur pied, des crayons de couleur « Caran d’Ache »…Et, posée élégamment sur un petit fauteuil d’osier, Cathy ! Ma poupée.

Le cagibi de dessous l’escalier regorge de trésors. Tous mes jouets y sont rangés. En cet après-midi de Décembre, les heures s’étiolent et je m’ennuie. Mon oncle Joseph sculpte des roses dans du bois tendre. Joseph le fou, comme ils disent. Moi je sais qu’il n’est pas fou. J’adore ses larges mains qui créent des merveilles. Des mains qui peuvent se resserrer sur une gorge aussi…mais pas sur moi. Jamais il ne me ferait de mal. Ma grand-mère fait dorer du pain perdu. Ca sent bon dans la maison. Je choisis les crayons de couleur, je vais dessiner des danseuses. J’aimerais avoir un tutu et des chaussons de satin, mais maman dit que les cours de danse sont trop chers…

Cathy n’a pas changé. Elle a toujours les doigts cassés, de longs cils qui lui font un regard de biche et son sourire de Joconde…Sa robe en  piqué de coton est un peu défraîchie et elle a les pieds nus. Elle me tend les bras.

Le vieil homme a sorti une blague à tabac en cuir et commence à rouler une cigarette. Aimablement, il m’offre un bonbon à la violette.

– » Cette poupée est très ancienne, elle vient d’Angleterre !

– Oui, je sais, je vais la prendre aussi »

Doris, l’amie de ma grand-mère, a terminé son quart sur le ferry qui revient de Douvres. Nous l’attendons sur le port. Lorsque je l’aperçois descendre la passerelle, elle tient un grand paquet rouge dans ses mains. Elle se dirige vers nous, toute souriante. Puis, elle se penche vers moi et me tend le mystérieux paquet.  Les deux femmes me regardent, curieuses de ma réaction. Impossible d’attendre le retour à la maison. Je déchire le papier. Un bras surgit, puis deux, puis une tête.

Face à face troublant. Cette poupée ne ressemble pas aux autres. Ce n’est pas exactement le genre de poupée qui m’attire. Dans le magasin, avec maman, j’avais remarqué une poupée blonde à la peau synthétique, douce et tendre, aux bras et aux jambes potelés « comme un vrai bébé » avait dit la vendeuse. Celle-là a la peau dure, et ses cheveux sont bruns. Ses membres reliés aux articulations par des clous, elle n’a rien d’un poupon.

« – Je n’en veux pas, elle n’est pas belle !

– Oui, mais regarde, elle marche ! Et elle tourne la tête aussi ! »

Doris fait marcher Cathy sur le pavé du quai. Les badauds et les voyageurs observent la scène, amusés…

Je jette un dernier regard aux étagères et m’apprête à payer pour mon livre et ma poupée. Le vieil homme a disparu, il est sans doute allé dans sa réserve pour me trouver un joli papier cadeau. Où se trouve mon porte-monnaie ? Dans ce fichu sac à main, je ne trouve jamais rien…Tiens, mon portable qui sonne, numéro inconnu…

« – Allo ?

– Ne vous retournez surtout pas ! J’ai été ravi de votre visite. »

Sur le trottoir, en face du centre commercial, une troupe de Gospels chante « Happy day ». Un père Noël au regard lavande m’offre un chocolat.

Je n’ai pas entendu de carillon en sortant du magasin…

un sapin devant la mer

Je me souviens de notre premier rendez-vous – le hasard n’existant pas – comme si c’était hier. Mais jamais je n’aurais imaginé qu’il serait présent à nouveau, toujours au même endroit, un an après…

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« Dr Livingstone I presume ? »

Ce fut la phrase bête qui m’était venue à l’esprit

lorsque je le rencontrai l’hiver dernier.

En approchant sa silhouette je m’étais aperçue

qu’il s’agissait d’un sapin esseulé.

Que faisait-il, posé là, oublié, abandonné ?

Probablement un sapin de trop, un qui dérange …

A moins qu’il ne fut un sapin original,

las de trôner devant une cheminée.

Alors il se serait évadé…

Alors il serait allé voir la mer…

Je m’étais assise près de lui pour lui tenir compagnie

et nous nous racontâmes notre vie.

Il me conta sa forêt, je lui parlai des monts d’Ardèche.

Ensemble nous nous prîmes à rêvasser…

La mer, indifférente, continuait à valser.

Je lui dis qu’il était beau.

Il rougit de plaisir,

alluma ses lumières et fit briller son étoile.

Au loin, des gens s’aimaient,

ou faisaient semblant.

Un navire qui passait nous salua puis disparut dans le soir.

Quelques flocons tourbillonnèrent

et vinrent mourir sur le sable.

Il était tard, on m’attendait.

Le sapin esseulé s’éteignit doucement

Et la mer, indifférente, continua à valser…

__________

A vous qui passez

Joyeux Noël !

 

 

 

la véritable histoire du père Noël

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A ne pas raconter aux enfants….

Après sa journée de labeur, chaque soir du mois de Décembre, le vieux monsieur de Laponie se tord de rire devant sa télévision. Pour rien au monde il ne manquerait toutes ces publicités qui montrent ses sosies dans chaque pays. Des maigres, des gros, des jeunes, des vieux, des pères Noël en moto, en hélicoptère, déguisés en vert, en jaune, en bleu….Et même certains affublés d’une « mère Noël » ! Comme si sa femme accepterait de le suivre, elle qui est si casanière ! …

Non, il n’en est rien de tout cela. Voici comment l’histoire a commencé.

Il y a bien longtemps, l’arrière arrière arrière grand-père du vieux monsieur de Laponie, trouvait la nuit polaire bien longue et s’ennuyait. Il s’était alors mis en tête de fabriquer des jouets puis de les distribuer à tous les enfants de son petit village finlandais. En échange, les parents lui offriraient sans doute des victuailles, pour lui et son troupeau de rennes. Ils lui couperaient son bois, car lui se sentait fatigué pour une telle besogne.

Et c’est exactement ce qui arriva. ….Cette heureuse initiative avait un si grand succès que les années suivantes, ce brave homme dut appeler les jeunes du village pour lui donner un coup de main.

Cette fabrique artisanale avait pris une grande ampleur car elle avait fait écho dans les villages voisins et tous les enfants réclamaient leur jouet à l’approche de Noël. Bientôt, l’ancêtre dut organiser des livraisons. Alors il mit six de ses rennes à contribution et remplit son traineau avec les paquets cadeaux contenant les précieux trésors. Puis il partait la nuit du 24 Décembre, emmitouflé dans son manteau de laine rouge, sa fourrure d’ours sur les genoux.

« Ho ho ho », criait-il à l’entrée de chaque village, afin de freiner son attelage. Les enfants l’entendaient et les petits coeurs battaient d’émotion, se demandant quelle serait leur surprise. Les parents préparaient parfois du vin chaud pour le vieillard ; ils le trouvaient bien courageux de se promener la nuit par moins 30 degrés, rien que pour le plaisir des enfants…
C’est ainsi que naquit la tradition.

Vers les années cinquante, des touristes américains eurent l’idée saugrenue de partir en vacances en Laponie. Après avoir éprouvé les sensations du traineau sur les immensités neigeuses, après avoir admiré les élevages de rennes, après avoir frissonné au chant des loups, ils visitèrent l’atelier des jouets et furent émerveillés. Le guide de l’agence touristique leur expliqua l’historique. Et naturellement, dès leur retour en Amérique, l’idée d’en faire un business se répandit très vite.

Le vieux monsieur de Laponie fut très étonné de son succès grandissant. Bientôt il commença à recevoir des tonnes de courrier en provenance de la planète entière. Ne parlant que le Finnois, il ne comprenait rien à toutes ces langues étrangères et dut embaucher un traducteur. Sur chaque enveloppe était écrit « père Noël » ou bien « Christmas father » ou encore « joulupukki » et ces appellations le faisaient bien rire.

Des enfants de tous pays lui écrivaient des lettres pleines de gentillesse, qui s’avéraient être de véritables bons de commandes pour des jouets. Le vieil éleveur de rennes ne se sentait pas le cœur de les décevoir et créa une véritable usine de fabrication, au milieu des sapins. Il embaucha comme ouvriers, tous les lutins de la forêt. Et comme il se faisait très vieux et fatigué, il eut la sagesse d’enseigner le métier à son fils, qui lui-même apprit le métier à son propre fils.

Les années, les décennies passèrent… Le petit village finlandais prospérait car chacun tenait un rôle important dans la fabrique de jouets : bûcherons, ébénistes, sculpteurs, peintres, magasiniers, tous travaillaient pour la même cause. Bientôt, l’usine tourna toute l’année, faisant vivre la population à un rythme effréné.

Aujourd’hui, le vieux monsieur de Laponie est le septième de sa génération. Chaque année au mois de Décembre, les lettres lui parviennent et le traducteur lui explique les commandes. Cependant, il lui est très difficile de satisfaire les enfants de notre époque ; ceux-ci lui demandant des choses impossibles, des jouets qu’on ne peut fabriquer avec du bois !

Il est loin le temps où son ancêtre sculptait minutieusement ses pantins et ses tambours pour les enfants du village…Désormais il est contraint de passer commandes à des prestataires japonais ou chinois, afin de fabriquer les jeux sophistiqués qu’il ne connait pas, sauf en publicité à la télévision.

Lorsqu’ il regarde les émissions célébrant sa notoriété, il est un peu triste de voir toutes ces mascarades, ces montagnes de jouets qui finiront dans les poubelles. Le vieux monsieur de Laponie est dépassé par les évènements. Le progrès va trop vite pour lui ; les enfants grandissent trop vite. D’ailleurs, les enfants existent-ils encore ? Il se le demande parfois…

Un jour de grand blues, il songea à se reconvertir et à fermer l’usine de jouets ; mais les lutins se révoltèrent et menacèrent de se syndiquer. Les habitants du village manifestèrent leur désaccord en encerclant l’usine.

Même les rennes tapèrent violemment du sabot. Car il faut les voir, comme ils piaffent d’impatience tous les 24 Décembre avant de s’envoler dans la nuit étoilée, au-dessus des villes et des villages de la terre entière…

Face à une telle pression, un tel désarroi, un si beau témoignage d’amour, le père Noël se dit : « Je ne peux détruire une si belle légende »…

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et pendant ce temps…en Laponie

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Conte de Noël à ne pas lire à n’importe qui.

Il ne comprenait plus grand chose au monde d’aujourd’hui. Les enfants de tous pays continuaient à lui envoyer des dessins attendrissants. Mais en retour, leurs souhaits exigeants le laissaient perplexe. Il y a bien longtemps que l’atelier de jouets était fermé, la technologie l’ayant dépassé. Les lutins s’étaient retrouvés au chômage et les rennes prenaient du poids, faute d’exercice. Le père Noël n’était plus qu’une boite postale.

Très fatigué, le vieil homme reposa ses lunettes sur la table, étendit la peau d’ours synthétique sur ses jambes et ferma les yeux. La chaleur aidant, il ne tarda pas à s’assoupir dans son fauteuil et s’envola vers son rêve préféré…

…Le désert de la toundra enneigée étincelle de mille feux sous l’aurore boréale qui danse. Il a cinq ans et ne comprend pas l’univers que son grand-père lui décrit. Bien loin d’ici, le soleil se lève chaque matin, les champs sont couverts de fleurs, les enfants courent pieds nus sur les plages. Il paraît même que dans ces contrées lointaines, des fruits poussent sur les arbres ! Des fruits que le soleil a gorgé de sucre…L’enfant peine à imaginer ce que tout cela peut être…

…jusqu’à ce jour exceptionnel où il découvre le mystérieux paquet devant la cheminée. La famille réunie autour de lui, affiche une mine enjouée et tous semblent très curieux de savoir ce que cache le papier kraft enrubanné de rouge. Le petit garçon, encouragé, ouvre le paquet et s’émerveille sans trop comprendre. D’un doigt timide il caresse le renne en bois sculpté, qui tire un traîneau miniature. Mais ce qui le fascine, c’est cette boule orange posée sur l’attelage ; qu’est-ce donc que cet étrange cadeau ? C’est alors que, rayonnant de plaisir, son grand-père lui affirme :  » ceci est un morceau du soleil, sucré et juteux ; tu peux le manger » …

A ce joli souvenir, le père Noël sourit dans son sommeil. Le seul présent qu’il ait reçu en ce monde fut à n’en point douter, le plus merveilleux …un morceau du soleil….

all you need is a plum-pudding

plum puddingCa y est, il neige sur WordPress. Ca sent Noël…Non, je ne répèterai pas que je déteste Noël, ses orgies de nourriture et de cadeaux. Noël pour moi, c’est un parfum d’Angleterre, une chanson des Beatles et le famous Plum-pudding !

Le plum-pudding (ou Christmas pudding), c’est ma madeleine de Proust à moi, le dessert que préparait ma grand-mère, plusieurs semaines avant Noël.  Opalie ne se situant qu’à une trentaine de kilomètres des white cliffs of Dover, il était tout à fait naturel que ce pudding deviennent le dessert traditionnel chez nous aussi.

Le plum-pudding, c’est comme le couscous. Chacun y va de sa petite recette et on en trouve de nombreuses sur le web. Je ne résiste pas à vous présenter celle de ma grand-mère, la seule, la vraie.

Ok ?  Let’s go !

Ingrédients : 500 g. de farine, 200 g. de gras de boeuf (ou margarine pour les vegan),  250 g. de raisins Corinthe, 250 g. de raisins Malaga (à épépiner), 250 g. de raisins Sultana ou Smyrne, 250 g. de fruits confits (Angélique, écorces d’orange et citron), 150 g. d’amandes, 150 g. de cassonade, 1 cuillère à café de 4 épices, 3 cuillères à soupe de cannelle, 1/2 cuillère à café de gingembre en poudre, 1 quart de noix de muscade râpée, le jus d’1 orange, 2 œufs, 1 grosse tartine de pain et du Rhum.

Préparation de la veille :  Équeutez tous les raisins, épépinez les raisins Malagas, coupez finement les fruits confits et concassez les amandes. Mettez le tout dans un grand saladier avec la cassonade et les épices, mouillez avec 1 verre de rhum. Mélangez et laissez macérer un jour au frais. Remuez de temps en temps. – Hum, ça sent bon !

Préparation du jour : Ajoutez dans le saladier les oeufs battus, le jus d’orange, la farine, le gras fondu,  la tartine de pain mouillée et émiettée.

Pétrissez le tout longuement (pour éviter que ça colle aux doigts, enfarinez-les). La pâte doit avoir la consistance d’une bouillie très épaisse. Si elle est trop sèche, ajoutez un peu d’eau ou de jus d’orange. Formez une grosse boule.

Prenez un grand linge propre d’environ 50x50cm (torchon ou taie d’oreiller). Etendez-le sur la table et farinez le. Déposez la boule de pâte au milieu et relevez les bords du linge, de façon à former une aumonière. Serrez fortement le tissu à l’aide d’une ficelle.

Cuisson :  comptez une heure à la livre. Plongez la boule emmaillotée dans une grande marmite d’eau froide (l’eau doit couvrir le haut du pudding). Portez à ébullition puis laissez mijoter. Au besoin, ajoutez de l’eau chaude en cours de cuisson.

Une fois la cuisson terminée égouttez le plum-pudding et posez-le sur un plat résistant à la chaleur. Ôtez la ficelle et dégagez-le délicatement du torchon. Retournez-le et mettez-le au frais (il peut se garder plusieurs semaines, voire plusieurs mois).

Lors de cette opération, le plum-pudding, comme les shampoings colorants, va prendre une couleur de plus en plus foncée ! Pas d’inquiétude, c’est normal.

Le jour J, c’est à dire à Noël, faites-le tiédir quelques minutes au micro-ondes et préparez la sauce au rhum ! – Les Anglais utilisent plutôt un « Brandy butter » mais ici nous sommes en Opalie, n’est-ce pas ?

Sauce au rhum :  Faites fondre 50 g. de beurre dans une casserole . Ajoutez-y 2 cuillères à soupe de cassonade, mélangez bien puis ajoutez un bon verre de rhum.

Creusez un trou au milieu du plum-pudding, y déposez 3 sucres. Puis, versez-y un peu de rhum chaud.

Eteignez les lumières et flambez ! Puis servez avec la sauce !

Enjoy !