un goût d’été

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Un peu à l’écart de la guinguette, il a planté son chevalet sur la berge. Les tubes de couleurs jonchent l’herbe en éventail, certains sont éventrés. L’homme porte un chapeau à larges bords et une blouse blanche tâchée. J’envie sa main qui ne tremble pas quand il appose les touches de lumière sur sa toile.

Il plisse un peu les yeux, recule de quelques centimètres puis repose son pinceau. Est-il content de lui ? Sans doute pas complètement. L’artiste n’est jamais totalement satisfait.

Les flonflons se sont tus et les danseurs se désaltèrent au vin blanc de Mâcon. Sur le fleuve miroir, une famille de canards glisse, tranquille, puis disparaît sous les branchages d’un saule. L’heure est à la plénitude.

Monet (ou était-ce Renoir ?) remballe son matériel, relève son chapeau et d’un revers de manche, s’éponge le front. Il a fait chaud aujourd’hui.

J’ai peut-être un peu trop fumé…

 

 

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ombres au soleil

OLYMPUS DIGITAL CAMERANe plus entendre les grondements de la bête.

Ne plus sentir la planète qui tremble.

Quitter la route pour un sentier de chèvres…

Là-bas, un peu à l’écart du village, les deux amis ont quitté leur éternité et se racontent des histoires.

Sur les berges dorées de la Volane, l’un se tortille la moustache en sifflant Ouraloup et l’autre ré-ajuste son écharpe de soie blanche, qui glisse…

Tendez bien l’oreille et avec un peu d’imagination, par-delà la chanson du torrent, le vent vous soufflera ce poème dédié à Antraigues…

Mais avant, allumez les cigales, prenez l’accent rocaill..eux de Gascogne, appuyez bien sur chaque syl..la…beu… et laissez vous porter …

NONCHALAN-CES

« Prononce-t-on Antrai-gues, Antraï-gues ?

Faut-il enten-dre entrai-de, entra-illes ?

C’est un village qui tress-aille

Entre la trui-te et le nid d’ai-gle

Le soir venu, ça défourai-lle

Des gueules ta-illées au canif

S’envoient en l’air et se cham-aillent

Sous l’oeil tolérant du shé-rif

Qui tringue à main tes étoi-les

Entre deux nuits, entre deux toi-les

Etoi-le rouge, étoi-le d’or…

Antrai-gues, c’est un château-fort

Ai-le de pierre sur l’Ardè-che

Qui couve l’art…bonsoir la Dè-che… »

Claude Nougaro

3 août 1992.

la ville, la pluie, la nuit, le jazz…

Autour de minuit,

Stormy weather sur la ville.

La pluie fait des claquettes

sur le trottoir, les éclairs fusent.

La ville étincelle et ruisselle.

Dansent mes pas sur les  pavés luisants.

La nuit, m’éblouit, sensuelle.

Des bulles de jazz éclatent

et m’éclaboussent.

La java fait la gueule

mais tant pis, moi je ris !

Hep taxi !

La trompette de Miles s’envole.

Roule, roule encore,

plus loin, plus vite, plus fort…

Feu orange, feu rouge,

et flac et floc sur le toit…

La ville étincelle, la ville ruisselle.

Et moi je plane,

What a Wonderful world !

Il n’est pas mort le soleil,

n’est-ce-pas Mr Armstrong ?

Et The best is yet to come,

C’est Stacey Kent qui me l’a dit !

Hey, bonsoir Monsieur Jonaz !

Claque des doigts

à la porte de La boîte de jazz

Dansent mes pas sur les pavés luisants,

La ville étincelle, la ville ruisselle

et Nougaro  fait des flac et des floc et des « oh, oh »…

La pluie fait des claquettes …

Ô Nougaro…

une écharpe rouge

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Au sommet de la grande arche, Bashung ouvrit la porte bleue, me pria d’entrer en me saluant chapeau bas : « oh Gaby, Gaby, tu n’devrais pas m’laisser la nuit... »  N’osant lui préciser que je n’étais pas Gaby, je le remerciai néanmoins de son accueil et lui assurai que je ne partirai plus la nuit.

A peine avions-nous échangé ces quelques mots étranges que Serge s’interposa : « Marilou, ma lou, c’est toi ? « ….Intimidée, d’une voix famélique je lui répondis : « non je ne suis pas ta Marilou, je suis l’autre... ». Il tira une bouffée de son intemporelle Gitane, fit un rond dans le ciel, me coquina d’un clin d’oeil et dit :  – « ok Milady, no comment ».

Derrière eux, un champ de lavande butinée par des abeilles, s’étendait à perte de vue. Légèrement en apesanteur se profilait une multitude de silhouettes flottantes. Ils étaient tous là, connus, inconnus ou reconnus. Les visages étaient rayonnants, même ceux des corps décharnés.

A leur côté, une ribambelle d’animaux sautillait, rampait, volait.  Chiens, chats, oiseaux, rats, loups et goélands.  J’aperçus Johnatan faire du looping au-dessus de leurs têtes. Il avait enfin réussi à voler plus haut que les autres…

Ivre de tant de bonheur contemplé, je n’entendis pas immédiatement de doux ronronnements qui s’approchaient. Une caresse soyeuse s’enroula autour de mes jambes, me fit frissonner. Baissant les yeux, je vis Charlie et Léo, mes chats fugueurs. Leur poil était un peu roussi et ils dégageaient une étrange odeur de barbecue…Emue, je les assurai du bon souvenir des chats du quartier et les gratifiai de mon rrrrr… humain.

Esquissant quelques pas plus au loin, je croisai l’ombre du petit taureau de Toulouse. En tortillant son écharpe blanche, il s’écria de sa voix caillouteuse : « salut — Ô toi qui que tu sois– il paraît que tu préfères le jazz à la java…ah, tu verras, tu verras… « , puis s’éloigna en claquant des doigts.

L’émotion était à son comble et j’aurais voulu pleurer de joie mais les larmes n’existent pas au paradis, m’avait-on dit…

Tel Ulysse ayant franchi le Styx, je parcourus en traveling la foule des âmes qui m’entouraient, essayant de reconnaître un cher visage du passé. L’espace d’une seconde je crus voir Tonio et Consuelo, bras dessus bras dessous, ce qui me rassura sur leur sort.

J’en étais à ce stade de réflexion lorsque le son d’une trompette me fit sursauter. Le regard exhorbité de Louis Armstrong s’appuya sur moi ; il s’arrêta de jouer, me sourit de toutes ses dents et dit : « what a wonderful world, baby ! »...

Décidément, ce monde me semblait très accueillant. J’en oubliai presque le temps qui courait et le vent d’Est qui s’était levé.

Il faisait frisquet maintenant. Machinalement je cherchai mon écharpe rouge mais elle avait disparu. En me penchant un peu plus, je l’aperçus qui flottait sur la mer, au bas de la falaise.

J’entendis alors la voix de Jimmy : « attention baby, tu vas tomber du lit

! »

l’été

L’été est là, je n’avais pas remarqué. Le temps file comme un TGV.

La ville transpire, suffoque. La poussière colle à la peau et sous les semelles l’asphalte brûle.

« Cherche moi une chanson d’été ! »

Impassible, la statue du grand Charles  regarde les enfants s’ébrouer dans la fontaine. Jeux interdits et innocents de l’été urbain.

« Une chanson d’été ? Ce n’est pas facile, l’automne est plus propice« 

Là-bas, la Volane chante et roule ses cailloux. Une bouteille dans l’eau, au frais.

« Je voudrais une chanson d’été rocailleuse et sensuelle »

Ils ont déserté la ville et la mer a mangé la craie de la falaise. J’ai le dos et l’âme qui dégoulinent.

« Paris s’éveille, c’est aussi l’été »

Café brûlant sur fond de jazz. Sur les toits dansent les chats. Mes fantômes au soleil roulent les airs…

C’est l’été ; je n’avais pas remarqué. Le temps file comme un TGV.

TGV…