heure d’hiver

robert-doisneau_le-baiser-de-lhotel-de-ville

La nuit s’est étirée comme une chatte

et l’heure d’hiver s’est lovée

au creux de ses pattes.

Une heure en suspens

là, derrière la porte,

qui attendait.

Pour l’apprivoiser

quelques mots doux lui ai murmuré.

Pour qu’elle ne parte jamais

l’ai couverte de baisers.

M.D.

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le coeur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme!

Edmond Rostand – ( Cyrano de Bergerac)

sans aucun sens

897c64e8Je voudrais pousser les murs, casser le macadam, en faire jaillir des geysers de lave bouillonnante. Je voudrais l’horizon infini et  les monstres ailés de mes chimères surgissant de l’écume. Je voudrais le fracas pour réveiller ma torpeur.

Engluée dans mon microcosme, je contemple mon inertie. Il fait froid et j’étouffe. Mes jambes prises dans le béton ne bougent plus. Des rats d’égouts me reniflent. Les corbeaux tournoient…

Courir, courir !

Le corps emprisonné, la tête qui éclate. Se peut-il que le cauchemar se termine un jour ? Le monde est aveugle et sourd,  le temps est une illusion. J’ai des fourmis à l’intérieur des bras. Je voudrais hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. Seul mon coeur est en vie ; envers et contre tout, il bat…

La nuit pâlit. Il est 5h17. Une pièce de monnaie tombe dans le répondeur de ma messagerie. C’est un papillon égaré, une pensée multicolore qui me chatouille les sens. Un mot, deux mots, trois mots ? Une note, deux notes, trois petites notes de musique ?

C’est fou comme il fait chaud dans cette chambre !

 

 

 

la ville, la pluie, la nuit, le jazz…

Autour de minuit,

Stormy weather sur la ville.

La pluie fait des claquettes

sur le trottoir, les éclairs fusent.

La ville étincelle et ruisselle.

Dansent mes pas sur les  pavés luisants.

La nuit, m’éblouit, sensuelle.

Des bulles de jazz éclatent

et m’éclaboussent.

La java fait la gueule

mais tant pis, moi je ris !

Hep taxi !

La trompette de Miles s’envole.

Roule, roule encore,

plus loin, plus vite, plus fort…

Feu orange, feu rouge,

et flac et floc sur le toit…

La ville étincelle, la ville ruisselle.

Et moi je plane,

What a Wonderful world !

Il n’est pas mort le soleil,

n’est-ce-pas Mr Armstrong ?

Et The best is yet to come,

C’est Stacey Kent qui me l’a dit !

Hey, bonsoir Monsieur Jonaz !

Claque des doigts

à la porte de La boîte de jazz

Dansent mes pas sur les pavés luisants,

La ville étincelle, la ville ruisselle

et Nougaro  fait des flac et des floc et des « oh, oh »…

La pluie fait des claquettes …

Ô Nougaro…

cache-cache lunaire

Elle court, elle court, la lune. Elle est passée par ici, elle repassera par là….

Dans la nuit bleu pétrole elle est soudain apparue, ronde et si pleine qu’on l’eût dite engrossée. Quelques tâches de rousseur lui donnaient un air espiègle ; elle avait envie de jouer, c’était certain.

Elle semblait nous attendre, minaudait comme une coquette. Béats d’admiration, nous ne prîmes pas garde à l’itinéraire et au détour d’une rue, tout à coup elle disparut…

Où donc se cachait-elle ? Derrière le beffroi ? Derrière les arbres ? Dans le caniveau ?

Que nenni ! La coquine tentait de se dissimuler, coupée en deux,  par la silhouette longiligne du phare. Ni une ni deux, nous contournâmes le bellâtre pour la retrouver…Mais quel dépit ! Le temps de la rejoindre, elle avait de nouveau disparu ! Le phare semblait se moquer…Nous avions beau chercher, à droite, à gauche, devant, derrière…Aucune face lunaire dans le bleu pétrole de la nuit…

Inquiets, nous nous engageâmes dans le labyrinthe de la ville, guettant la moindre lueur au-dessus des toits….On ne pouvait nous l’avoir volée, c’était impensable !

En guise de réconfort, nous entonnâmes  une chanson qui devait lui plaire, espérant la faire réagir, qu’elle nous fasse un signe…

Et c’est alors que, sans doute flattée d’être ainsi sollicitée, majestueusement, elle redéploya toute sa plénitude au-dessus du pont qui traverse le canal.

Les eaux dormantes se ranimèrent soudain, nous offrant un ballet de mille reflets scintillants. Il se faisait tard et le ciel s’assombrissait. Un peu tristes de quitter notre amie, nous lui jetâmes un dernier regard admiratif.

Généreuse, la lune nous accompagna durant quelques minutes dans le rétroviseur, puis tira sa révérence.

flaque de lune

62300_10151888509190432_2019093114_n

Le ciel était noir corbeau. Nous étions au solstice de printemps ; il faisait frisquet ce soir-là. Je m’apprêtais à tout fermer, quand il me sembla que le jour était revenu…

Un jour blanc bleu mouillé.

En pointant le nez dehors, je vis la flaque, gisant là dans ma rue. Profitant de l’aubaine, un couple de moineaux s’y ébrouait.

Sa lumière opale m’éblouit et je chaussai mes lunettes de lune. D’une main hésitante, j’effleurai la surface glacée, qui frémit.

Dans son silence inerte,  elle implorait qu’on lui rende son firmament. Quelqu’un l’avait décrochée et laissée pour compte, brisée, fracassée en mille éclats.

L’affaire n’était pas simple et je fus désemparée. Afin de gagner du temps, je commençai à lui raconter des histoires. Puis je la berçai en musique.

Au matin du vrai jour, elle pâlit et finit par s’éteindre. Sur mes doigts perlaient quelques gouttes de sang.

Je rangeai mes lunettes de lune et me pris à rêver. A l’impossible.