message à la nuit

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« Comment vas-tu ? ». Trois mots dans la nuit, qui crèvent l’écran.

Les mains sur le clavier qui s’apprêtent à répondre « bien, merci« , et qui soudain, sans raison apparente, sans qu’on puisse les retenir, entrent en révolte.

Les lettres s’entrechoquent, s’entrecroisent, composent des mots politiquement incorrects. Des mots presque indécents, qui soudain n’en pouvant plus d’être prisonniers, éclaboussent la toile, se livrent, nus : « mal, j’peux pas dormir, j’fais qu’des conneries ».

Du tiroir aux secrets dégorgent les non-dits. Un ruisseau coule entre les doigts, gonfle et se transforme en un fleuve qui emporte avec lui le poids du silence…

Le curseur s’arrête un instant, reprend souffle. Puis, d’un coup sec, l’index appuie sur « envoyer« . Trop tard pour avoir des regrets.

A l’autre bout de la nuit, l’écho répond. Echange de maux… »moi non plus je ne dors pas, d’ailleurs je ne dors plus… »

Et la planète continue de tourner. Les gens vivent, les gens s’aiment, les gens meurent. Pendant que tambourinent les mots aux portes de la nuit.

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Elle est belle la ville, la nuit.

Toutes ces étoiles qui brillent en bas me font rêver. Pour un peu, je sauterais. Mais pas fou le chat ! Les chats ne retombent jamais sur leurs pattes, foi de matou.

Je suis un joli chat, n’est-ce pas ? Oui, c’est à vous que je m’adresse ! Vous, parmi les étoiles, les étoiles d’en-bas.

Etes-vous bien installés ? Je vous imagine, dans vos microcosmes aseptisés, tout blancs, façon « Habitat ». L’arrière-train posé sur le cuir tanné d’un fauteuil « Chesterfield », la Flûte enchantée en bande-son… pfff !

Elle est belle la ville, la nuit.

Elle, elle m’a mise à la porte-fenêtre. Je perdais du poil, soit-disant. Elle ne supporte plus que je me love sur son oreiller. Quand j’étais chaton, j’y étais autorisé, je dirais même invité ! Ingrate, elle est…

Me voici en équilibre sur cette rambarde qui crisse sous mes griffes et qui s’ébranle au moindre mouvement…Je n’ose lever une patte, de peur de déclencher un cataclysme. Et j’ai une puce qui me titille l’oreille gauche.

La vie est sans pitié pour les chatons devenus grands. Condamnés à jouer les acrobates pour quelques poils en goguette. Relégués au rang de « sac-à-puces ». Parfois je pense qu’elle aimerait que je saute…mais…

Elle est si belle la ville, la nuit.

…bap pi dou…bap pi dou…

le fantôme troubadour

falaise de nuit

Sur les hauteurs crayeuses de ma planète  erre un fantôme troubadour. Il porte un chapeau noir, une veste sans âge et sans couleur. Ses cheveux longs et blancs flottent en liberté. Il est maigre comme un jour sans pain.

Certains soirs, lorsque la mélancolie s’abat sur Opalie et que la lande s’embrume,  on peut l’entendre qui chante avec le vent. En dressant un peu l’oreille, quelques accords de guitare se mêlent à sa voix. Parfois surgit le son plaintif d’un harmonica.

Alors commence une folle nuit de la nature. L’une de ces nuits qu’on ne peut oublier.

Sous l’éclat de l’astre lunaire, les oyats gémissent, les vagues se tordent de désir et s’épuisent sur le rivage. Les chardons érigent leurs piquants un peu plus haut, les galets se mouillent de volupté. Les coquillages dévoilent leur nacre, s’ouvrent, offerts. Toute la falaise est en émoi.

On dit même qu’une nuée de goélands lui fait une voltige d’honneur chaque fois qu’il apparaît. Même Johnatan, le plus rebelle, délaisse sa lointaine trajectoire, rien que pour le saluer.

Je l’ai aperçu l’autre soir et silencieusement je me suis approchée. Sa haute et maigre silhouette face à l’horizon sans fin, il s’adressait à la mer et  lui chantait : « je t’aime à la déraison ».

La vague déferlante a rougi de plaisir et s’est mise à onduler en rythmant une ballade des sixties.

Je n’osai interrompre cette harmonie, cependant qu’un mot tentait de s’échapper de ma bouche. Le mot insista tant et si bien, que je le laissai s’envoler. Dans un souffle, je murmurai  « merci« .

Le fantôme troubadour s’est alors tourné vers moi. Son regard aussi clair que l’opaline, me pénétra, se posa au plus profond de mon âme et la captura.

Puis il disparut, l’emportant avec lui …