lettre à un cambrioleur

Monsieur le cambrioleur,

Comme j’aurais aimé vous appeler « Arsène »; dommage que vous n’en possédiez pas l’élégance.

Point de mot sur le piano…ou à défaut sur l’étagère. Me présenter vos excuses pour le dérangement causé, eût été la moindre des politesses. Ne trouvez-vous pas ?

Franchement, Monsieur, laisser la fenêtre ouverte par ces trombes orageuses, avouez que ce n’est pas très sympathique. La fleur de lune en est encore toute retournée.

Que de désordre pour un si piètre butin ! Que croyiez-vous donc ? Trouver de l’or ? J’en serais presque flattée, mais hélas, ce n’est pas le cas, loin de là.

Et puis, vous auriez pu ôter vos chaussures pour pénétrer dans ma chambre. Il est très désagréable de poser un pied nu sur une boue séchée…ou peut-être même sur autre chose que je n’ose nommer.

Au fait, n’allez donc pas vous ridiculiser en faisant estimer les bijoux qui vous ont plu. Ils n’ont de valeur que sentimentale. Tout comme ce vieil ordinateur prêt à rendre l’âme ; vous n’en tirerez rien du tout. Mais il contient mon coeur. Soyez gentil, ne le brusquez pas. Déposez-le discrètement sur le seuil de ma porte…Je n’y verrai que du feu !

Malgré tous ces désagréments, je dois dire cependant, que vous m’avez arraché un sourire. De ma collection de films, vous n’avez choisi qu’Almodovar. Fin connaisseur ! J’ai apprécié que vous me laissiez « talons aiguilles« . A l’occasion je penserai à vous en le visionnant.

Cette dernière précision ne suffit pourtant pas à vous qualifier de gentleman, car j’attends toujours que vous me fassiez porter des fleurs….ne serait-ce que quelques fleurs des champs…

…fleurs des champs…

Bien à vous,

Votre cambriolée.   coquelicots noir et blanc

Datas in trouble

maintenance

Depuis quelques temps, l’ordinateur cérébral de ma planète a des ratés. Le mécréant n’en fait qu’à sa tête.

Voudrais-je me diriger vers le Sud qu’il me projette vers le Nord. Voudrais-je colorer mes nuits en bleu, qu’il me les restitue grises. Voudrais-je l’oublier un peu, respirer, qu’il se rappelle à ma mémoire vive, instantanément.

Craignant que ses datas ne soient endommagées par un quelconque virus encore inconnu, j’organisai donc un grand formatage de fin de saison.

L’écran noir et un disque dur vierge de toute impureté, je lui fis ingurgiter un programme tout neuf, informatiquement correct.

No spam, no bug. Rien que du bonheur, bleu.

Le premier jour de l’ère nouveau de mon ordinateur cérébral, tout fonctionna merveilleusement bien. La planète en était toute chavirée.

Mais à J + 2, un étrange zigouigoui sembla ralentir le processus. C’était désespérant. Une pluie fine et salée se mit à couler lentement sur l’écran.

Lorsqu’arriva J +3.

La planète trembla, trébucha, éternua dangereusement…La machine infernale informatiquement incorrecte recommençait à jouer les trouble-bonheurs.

La pluie salée ruisselait en cascade, les bugs se succédaient…

Impuissante et fortement agacée, je questionnai la hot-line basée sur la tortue qui porte le monde sur son dos. A mon grand étonnement, « on » m’informa que de minuscules datas endommagées se cachaient encore à l’intérieur de ma mémoire résiduelle.

Aucun anti-virus, aucun anti-malware n’en viendrait à bout, m’assurait-on. C’était sans espoir et sans issue. Mieux valait porter réclamation au Grand Administrateur assis sur son nuage… si toutefois il était disponible !

Comme chaque matin à 7h00, le coq du voisin se mit à chanter. Au radio-réveil, un vieux tube des années 80 me mit de bonne humeur….