orage

Le ciel est lourd et gris comme un chagrin d’amitié.

L’horizon s’est perdu. Immobile et silencieuse, la mer s’est faite métal. Les ailes et les voiles sont repliées, dans l’attente d’un dénouement.

Plus un souffle…

J’ai la gorge sèche et le dos qui dégouline.

Il fait soif.

Et dans ma tête, cette route à l’asphalte brûlant, menant vers nulle part. Et ce vent chaud qui me cartonne les joues. Le GPS qui devient fou et la GoPro qui avale les miles aux mille visages…et ce coyote qui nous fixe…

Les cumulonimbus s’amoncellent, il fait presque nuit. Un frisson me parcourt, j’ai froid maintenant. Gonflé de rancoeur et d’amertume, le ventre du ciel est prêt à éclater.

Qu’il se libère, enfin !

Soudain un éclair violet, puis grondement de tambour. Les nuages se déchirent, tentent de s’enfuir, effarés. Un autre éclair illumine la plage toute entière. Les tambours se rapprochent…

Une grosse larme de pluie me tombe sur le crâne, puis deux, puis trois…Enfin le ciel pleure et creuse des cratères fumants dans le sable.

Et dans ma tête, les colliers de perles pendus aux arbres qui ruissellent. Nous pataugeons dans les flaques et rions comme des fous. La sirène du bateau nous salue une dernière fois.

Et cette musique qui ne me lâche pas….

la ville, la pluie, la nuit, le jazz…

Autour de minuit,

Stormy weather sur la ville.

La pluie fait des claquettes

sur le trottoir, les éclairs fusent.

La ville étincelle et ruisselle.

Dansent mes pas sur les  pavés luisants.

La nuit, m’éblouit, sensuelle.

Des bulles de jazz éclatent

et m’éclaboussent.

La java fait la gueule

mais tant pis, moi je ris !

Hep taxi !

La trompette de Miles s’envole.

Roule, roule encore,

plus loin, plus vite, plus fort…

Feu orange, feu rouge,

et flac et floc sur le toit…

La ville étincelle, la ville ruisselle.

Et moi je plane,

What a Wonderful world !

Il n’est pas mort le soleil,

n’est-ce-pas Mr Armstrong ?

Et The best is yet to come,

C’est Stacey Kent qui me l’a dit !

Hey, bonsoir Monsieur Jonaz !

Claque des doigts

à la porte de La boîte de jazz

Dansent mes pas sur les pavés luisants,

La ville étincelle, la ville ruisselle

et Nougaro  fait des flac et des floc et des « oh, oh »…

La pluie fait des claquettes …

Ô Nougaro…

arc en ciel

 Entre pluie et soleil, le ciel fait son cinéma.

Un arc-en-ciel est le walk of fame des bonheurs qui ont quitté la planète. Il est vain de leur courir après ; l’éphémère est inaccessible.

No solution pensait Opalie.

– « Il y a des forces en marche ; il faut les créer et les solutions suivent » –  Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est lui.

Et si cette force était d’emprunter la route à l’envers ?

Imagine…

Ecarter les couleurs délavées du clap de fin et gravir l’arc-en-ciel vers le générique de début.

Avancer à l’envers, goûter encore les fruits sucrés du chemin parcouru à l’endroit.

En apothéose, refaire éclater les bulles de ce lointain matin nouveau.

 

déluge

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Opalie est déchaînée. Des torrents pleuvent du ciel et le vent du nord est fou. Une lumière apocalyptique baigne la plage qui hurle. Et la mer, soulevée, se laisse choir d’épuisement sur la jetée qui tremble. C’est la fin, pense-t-elle.

Une goutte d’eau suinte au creux d’une rainure du plafond, gonfle, hésite. Puis tombe sur la tête du chat. Deux gouttes d’eau se précipitent derrière la première. Un filet d’eau se met à couler effrontément devant mon nez.

Pendant que mes chaussures se transforment en barques. Un pas fait « floc ». Deux pas font « floc, floc ». Le parquet fait des bulles sous mes pas. Insidieusement, une nappe d’eau s’est invitée en passant sous la porte. Ma cuisine est une piscine.

Perdue au fin fond de la galaxie, la toute petite planète éponge son corps et son âme. Les baobabs ont disparu. Le goéland unijambiste s’est noyé et le renard philosophe n’a plus rien à dire. C’est la fin pense-t-elle.

Mr Mac’Intosh

pluie anglaise

Mon premier voyage en Epicurie, je l’ai effectué à l’âge de cinq ans. Heureux siècle où les bonbons n’étaient pas soupçonnés de tous les maux…

Les premiers bonbons que j’ai dégustés étaient des bonbons anglais. Vous savez, ceux enveloppés de jolis papiers violet, fuschia, vert, rouge, doré…Ce savoureux mélange de toffee et de chocolat au lait, avec parfois une grosse noisette au milieu, ou encore parfumés d’un soupçon de rhum ou d’épices.

Vous les connaissez sous la marque « Quality Street ». Mais au début du 20ème siècle, ils s’appelaient « MacIntosh », du nom de leur créateur, confiseur du Yorkshire, Mr John MacInstosh. Aujourd’hui encore, les puristes, dont je suis, utilisent cette appellation évocatrice de saveurs inoubliables.

Doris, l’amie anglaise de ma grand-mère, m’apportait des « MacIntosh » à chacune de ses visites en France. Quel émerveillement ! Les couleurs extravagantes des papiers d’emballage, les senteurs caramélisées qui s’échappaient de leur jolie boîte en fer décoré, me mettaient littéralement en transe. Fébrile, je fouillais dans la boîte longuement, faisant crisser les papiers cellophane, incapable de choisir le premier qui aurait eu le privilège de fondre sous ma langue.

Invariablement, Doris finissait par me questionner : « Come on Sweety, which one would you like ? The purple one ? Or perhaps the red one ?…. »

C’est ainsi que j’appris mes premiers mots d’Anglais. Et c’est ainsi que naquit mon amour pour l’Angleterre, grâce à Mr MacInstosh !!!

Les décennies ont passé…

Obstinément chapeautée, Elizabeth, du haut de son balcon, contemple son peuple. Et moi, du haut de mes falaises, je contemple les côtes anglaises…

Un documentaire se déroule : la révolution de la pop music, les bateaux pirates, le swinging London, les concerts à Hyde Park, Bowie et les autres… Puis, la Dame de fer et la crise, le combat de la classe ouvrière, les fermetures des mines et des industries, la nouvelle pauvreté, l’alcoolisme, la révolte punk et sa jeunesse qui crie « no future ». Enfin, l’écart qui n’en finit pas de se creuser entre la « City » et les oubliés du système…

Mais sur mon écran à moi, surgissent les bus à impériale, les boîtes aux lettres et les cabines téléphoniques rouge, la douceur verdoyante des collines du Kent, le parfum poudré des roses chiffonnées, le thé à la bergamote et les toasts du matin, les cottages meublés d’acajou…

Et surtout, cette pluie fine qui, journellement, s’obstine à verdir les gazons et qui oblige les Anglais à trouver un réconfort …

Mon Dieu, faites qu’il pleuve que je puisse me réconforter !

Alors je plongerai une main dans ma poche et en sortirai un peu au hasard, l’élu…Je dénouerai en la faisant crisser, la papillotte de cellophane, puis ôterai minutieusement la couche de papier aluminium violet.

Avec délicatesse je poserai sur ma langue le chocolat au lait et je fermerai les yeux en pensant à Doris. Surtout ne pas mâcher, laisser fondre très lentement…

Ensuite, lorsque le chocolat aura coulé dans ma gorge, ayant atteint le caramel au beurre salé, ce sera le paradis. Instant magique à savourer au compte-gouttes…Oh my God !

Enfin, n’en pouvant plus de désir, je croquerai la noisette d’un coup de dent sec !

…et alors, ma main retournera dans ma poche, à la recherche d’un second bonbon MacIntosh….

Mais pourquoi croyez-vous donc que les bonbons anglais soient si délicieux ?

Parce-qu’en Angleterre, il pleut !