ombres au soleil

OLYMPUS DIGITAL CAMERANe plus entendre les grondements de la bête.

Ne plus sentir la planète qui tremble.

Quitter la route pour un sentier de chèvres…

Là-bas, un peu à l’écart du village, les deux amis ont quitté leur éternité et se racontent des histoires.

Sur les berges dorées de la Volane, l’un se tortille la moustache en sifflant Ouraloup et l’autre ré-ajuste son écharpe de soie blanche, qui glisse…

Tendez bien l’oreille et avec un peu d’imagination, par-delà la chanson du torrent, le vent vous soufflera ce poème dédié à Antraigues…

Mais avant, allumez les cigales, prenez l’accent rocaill..eux de Gascogne, appuyez bien sur chaque syl..la…beu… et laissez vous porter …

NONCHALAN-CES

« Prononce-t-on Antrai-gues, Antraï-gues ?

Faut-il enten-dre entrai-de, entra-illes ?

C’est un village qui tress-aille

Entre la trui-te et le nid d’ai-gle

Le soir venu, ça défourai-lle

Des gueules ta-illées au canif

S’envoient en l’air et se cham-aillent

Sous l’oeil tolérant du shé-rif

Qui tringue à main tes étoi-les

Entre deux nuits, entre deux toi-les

Etoi-le rouge, étoi-le d’or…

Antrai-gues, c’est un château-fort

Ai-le de pierre sur l’Ardè-che

Qui couve l’art…bonsoir la Dè-che… »

Claude Nougaro

3 août 1992.

bleu comme une orange

 « Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel » . Mais les mots me manquaient ce jour-là. Pour en avoir noirci mille pages, pour les avoir prononcés mille fois, la source s’était tarie.

« Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin… » je scrutais l’horizon, transperçant la brume de mes pensées vagabondes. « Un orage emplit la vallée, un poisson la rivière »…la vallée était vide et la rivière desséchée. Et je m’apprêtais à refermer la page.

Quand je l’entendis qui gémissait. Il était là, à terre, piétiné, bafoué. « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » me susurrait cette drôle de voix venue d’ailleurs. Il semblait inconsolable et je craignais qu’il inondât ma planète. Mais j’étais émue et lui murmurai « pleure, les larmes sont les pétales du coeur ». 

Curieusement, mes paroles produisirent l’effet contraire, et il se mit à rire. Un peu vexée je lui tournai le dos. C’est alors qu’il m’entoura de la tiédeur de ses ailes. A l’instant je lui pardonnai sa ruse et fondis comme Chamallow dans la bouche.

Des jours durant, qui me parurent des siècles, « j’adorais l’amour comme à mes premiers jours ». Puis, ce démon farceur disparut soudainement de mon tableau surréaliste. Ne laissant sur mes lèvres que l’étrange saveur douce-amère d’une orange bleue.

« Rien n’est simple ni singulier » ….me rappela cette drôle de voix venue d’ailleurs.

 

paul eluard

Merci à Paul Eluard, de m’avoir prêté ses mots.

boys don’t cry

J’ai hâte que les grandes vacances se terminent. Bientôt la rentrée en CM2,  je ne pense qu’à ça. Il y a une chance sur deux pour que je me trouve à nouveau dans la classe de Jean-Marie. Chaque soir je prie pour que ce soit le cas.  Une prière toute simple, toujours la même : « Mon Dieu, faites que je le retrouve à la rentrée, et s’il-vous-plait, faites qu’il soit mon ami ».

Parce-que je crois en Dieu et aux miracles. Ne m’a-t-il pas exaucé plusieurs fois déjà ? Comme lorsque maman oublie de me taper dessus…

Les garçons ne pleurent pas.

L’année dernière, Jean-Marie ne m’a pas remarqué. Il n’a pas senti mon regard appuyé sur sa nuque, mon souffle dans ses cheveux.

Pourquoi ne suis-je pas son ami, au moins ? Qu’a-t-il de plus que moi, ce garçon dégingandé qui lui colle aux baskets ?

C’est vrai qu’ils sont beaux tous les deux, ils vont bien ensemble. Ils discutent, ils rient. Moi je n’ose pas. On dit que je suis timide, c’est faux, lui seul me paralyse.

Comment lui faire comprendre ?

A la fin de la récré, avant que les autres arrivent, souvent je me glisse dans le couloir où sont accrochés nos manteaux. Discrètement, du bout des doigts j’effleure l’étiquette marquée à son nom : J-Marie L.

J’en ignore la raison mais cela me fait chaud au ventre et c’est bon. Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est déposer un baiser sur son écharpe et y respirer son odeur.

L’odeur de Jean-Marie, acidulée et légèrement poivrée….

Parfois la nuit, quand je ne peux dormir à force d’imaginer sa peau, je lui avoue mon amour en lui récitant des poèmes de Rimbaud. Ma chienne écoute en me léchant la main. Elle devine mes larmes refoulées.

Les garçons ne pleurent pas.

Personne ne connait mon secret, j’aurais honte si quelqu’un savait. Que penseraient-ils de moi ?

Parfois je rêve que quelqu’un m’entende et ne se moque pas….