cache-cache lunaire

Elle court, elle court, la lune. Elle est passée par ici, elle repassera par là….

Dans la nuit bleu pétrole elle est soudain apparue, ronde et si pleine qu’on l’eût dite engrossée. Quelques tâches de rousseur lui donnaient un air espiègle ; elle avait envie de jouer, c’était certain.

Elle semblait nous attendre, minaudait comme une coquette. Béats d’admiration, nous ne prîmes pas garde à l’itinéraire et au détour d’une rue, tout à coup elle disparut…

Où donc se cachait-elle ? Derrière le beffroi ? Derrière les arbres ? Dans le caniveau ?

Que nenni ! La coquine tentait de se dissimuler, coupée en deux,  par la silhouette longiligne du phare. Ni une ni deux, nous contournâmes le bellâtre pour la retrouver…Mais quel dépit ! Le temps de la rejoindre, elle avait de nouveau disparu ! Le phare semblait se moquer…Nous avions beau chercher, à droite, à gauche, devant, derrière…Aucune face lunaire dans le bleu pétrole de la nuit…

Inquiets, nous nous engageâmes dans le labyrinthe de la ville, guettant la moindre lueur au-dessus des toits….On ne pouvait nous l’avoir volée, c’était impensable !

En guise de réconfort, nous entonnâmes  une chanson qui devait lui plaire, espérant la faire réagir, qu’elle nous fasse un signe…

Et c’est alors que, sans doute flattée d’être ainsi sollicitée, majestueusement, elle redéploya toute sa plénitude au-dessus du pont qui traverse le canal.

Les eaux dormantes se ranimèrent soudain, nous offrant un ballet de mille reflets scintillants. Il se faisait tard et le ciel s’assombrissait. Un peu tristes de quitter notre amie, nous lui jetâmes un dernier regard admiratif.

Généreuse, la lune nous accompagna durant quelques minutes dans le rétroviseur, puis tira sa révérence.