et pendant ce temps…en Laponie

laponie

Conte de Noël à ne pas lire à n’importe qui.

Il ne comprenait plus grand chose au monde d’aujourd’hui. Les enfants de tous pays continuaient à lui envoyer des dessins attendrissants. Mais en retour, leurs souhaits exigeants le laissaient perplexe. Il y a bien longtemps que l’atelier de jouets était fermé, la technologie l’ayant dépassé. Les lutins s’étaient retrouvés au chômage et les rennes prenaient du poids, faute d’exercice. Le père Noël n’était plus qu’une boite postale.

Très fatigué, le vieil homme reposa ses lunettes sur la table, étendit la peau d’ours synthétique sur ses jambes et ferma les yeux. La chaleur aidant, il ne tarda pas à s’assoupir dans son fauteuil et s’envola vers son rêve préféré…

…Le désert de la toundra enneigée étincelle de mille feux sous l’aurore boréale qui danse. Il a cinq ans et ne comprend pas l’univers que son grand-père lui décrit. Bien loin d’ici, le soleil se lève chaque matin, les champs sont couverts de fleurs, les enfants courent pieds nus sur les plages. Il paraît même que dans ces contrées lointaines, des fruits poussent sur les arbres ! Des fruits que le soleil a gorgé de sucre…L’enfant peine à imaginer ce que tout cela peut être…

…jusqu’à ce jour exceptionnel où il découvre le mystérieux paquet devant la cheminée. La famille réunie autour de lui, affiche une mine enjouée et tous semblent très curieux de savoir ce que cache le papier kraft enrubanné de rouge. Le petit garçon, encouragé, ouvre le paquet et s’émerveille sans trop comprendre. D’un doigt timide il caresse le renne en bois sculpté, qui tire un traîneau miniature. Mais ce qui le fascine, c’est cette boule orange posée sur l’attelage ; qu’est-ce donc que cet étrange cadeau ? C’est alors que, rayonnant de plaisir, son grand-père lui affirme :  » ceci est un morceau du soleil, sucré et juteux ; tu peux le manger » …

A ce joli souvenir, le père Noël sourit dans son sommeil. Le seul présent qu’il ait reçu en ce monde fut à n’en point douter, le plus merveilleux …un morceau du soleil….

complainte d’une littéraire de supermarché

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Si j’aurai su j’aurai pas venu !

Se lancé dans l’arène des polémiks sur les résos socios représante parfoi un danger insoupssonnable. Balottée comme une balle de ping-pong entre les pour et les contre, essaillant d’argumanté mes propeaux, j’ai vite compris que décidémant, Cervantes avait tort. On ne se bat pas contre les moulains à vant ;  hier encore, un ami très chaire me le fesait remarqué. Points de suspension.

Ce monde n’est pas fait pour tout le monde, je l’avais oublié.

Sur la pointe des pieds, me suis éclipsée,  me suis réfugiée au creux de mes parenthèses, pour y contempler mes rêves avec accent circonflexe.

 

 

emmène-moi

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Emmène-moi dans cette tourmente de l’hiver, sur ces hauts plateaux où hurle la burle. Là où la route devient sentier de chèvre, où le voyageur s’égare, où la lumière se perd dans l’ombre du ravin.

Emmène-moi sur ces terres brûlées peuplées de squelettes noirs, que même les rapaces ont désertées. Là où les ombres de la nuit se réunissent en un sabbat infernal, glorifiant le feu dévastateur. Là où les jeunes pousses meurent étouffées par la cendre, sous les ricanements des vents contraires.

Conduis-moi à ce nid d’aigle où les pierres s’effritent sous nos pas, où résonnent encore les cris du chevalier fou. Dans cet espace-temps où l’Histoire nous enrobe de ses fantômes errants.

Emporte-moi sur cette route qui n’en finit pas. Où la poussière et le soleil te collent à la peau. Où les rouages d’acier martèlent le bitume au rythme du blues. Où tout n’est que démesure. Là où brûle la flamme de liberté.

Et surtout, surtout, emmène-moi vers ces pays où la misère est colorée, où les étoiles sont si proches qu’on les touche du bout des lèvres. Au-delà de l’infini, où les silhouettes voilées surgissent de nulle part, où les sourires sont gratuits.

Vois-tu ce signe de la main derrière la dune ? Serait-ce Tonio ?

Dis-moi que je délire mais ne détruis pas mon rêve.

métamorphoses

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Il faut bien me rendre à l’évidence, je suis une laitue.  Quelle drôle d’idée de m’avoir plantée là, sur le trottoir du grand boulevard ! Ma seule distraction est de regarder passer les jambes qui marchent. Admirable occupation que de regarder marcher des jambes, surtout pour une laitue…

C’est sans doute à force de regarder des jambes passer qu’il m’en pousse…

Je quitte mon trottoir. Je gravis des marches, des centaines de marches de béton dans une tour en béton. Au dernier étage les marches à claire voie me donnent le vertige. J’ouvre une porte sur un gigantesque corridor avec des fenêtres aveugles. Le vent souffle fort et l’immeuble entier chavire. Je glisse, je glisse vers le bas. Aucune aspérité pour me retenir, aucun parachute à ma portée…

Il y a belle lurette qu’Alice est reléguée au fond de la bibliothèque. Pourtant…

Je me sens rapetisser et devenir toute rouge. Rouge comme une framboise. Il faut bien que je me rende à l’évidence, je suis devenue framboise. Pas n’importe quelle framboise, une framboise avec des ailes ! Je m’envole et en un éclair, j’atterris sur l’aéroport de Marrakech. Un touriste imbécile, me prenant pour un moustique, claque des mains pour m’écraser. En un superbe looping je parviens à lui échapper. Ouf !

Par quelle diablerie, je ne sais, je redeviens moi-même…

40° sans ombre. Je marche dans un désert. Des silhouettes noires avancent vers moi, une multitude de silhouettes. Quelque chose me gêne dans ma botte droite. En y glissant une main, un serpent s’en échappe. D’un air désopilant, il m’annonce que le petit rat est mort.

Le petit rat est mort…Râ est mort…

Ne pouvant supporter cette horrible nouvelle, je fuis en courant et je me perds dans un labyrinthe de rues inconnues. Une porte ouverte. J’entre et me suspend au plafond. Tranquille dans la pièce vide et immaculée, je médite, comme est capable de méditer une ampoule électrique. Le silence est assourdissant. Soudain j’éclate. Pof ! Extinction des feux…

Je me réveille laitue sur un boulevard….. 

etc…etc…

 

un homme sensé

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« Faites que le rêve dévore votre vie,

afin que la vie ne dévore pas votre rêve… »

Antoine de St Exupéry

« Où m’emmènes-tu, petit ? Je ne vois là qu’un désert…

– Mais non, regarde bien ! Regarde ce que tes yeux ne voient pas !

– J’ai déjà entendu ça quelque part… mais je suis un homme sensé et mes yeux ne voient que le concret.

– Et c’est quoi, pour toi, le concret ?

Tout ce qui est indispensable à ma vie, manger, boire, dormir, gagner de l’argent…

– C’est bien triste…

– Mais c’est la réalité, petit. Nul n’y échappe, crois-moi.

– Qu’as-tu donc fait de tes rêves ? Les as-tu oubliés ?

– ...Non, mais ils n’étaient qu’utopie. La vie s’est chargé de les occulter, pour mieux m’aspirer dans sa course infernale. D’ailleurs, je ne m’en plains pas vraiment. Je possède des quantités de choses, j’ai beaucoup voyagé, j’ai des amis fidèles…On peut dire que je suis comblé, je dirais même…heureux !

– Si tu es heureux, pourquoi es-tu venu jusqu’à moi ? Je ne possède aucune richesse et je n’ai rien de concret à te montrer.

– C’est toi qui m’a appelé ! J’ai entendu ta voix, si faible, qui me suppliait de venir, alors j’ai accouru ! Mais en réalité, j’en ignore la raison et je me demande bien ce que nous faisons, seuls dans ce désert à discuter de choses insensées …

Tu n’as donc rien compris !

– Que devrais-je comprendre ?

-« Toi et moi ne formons qu’un. Mais tu ne t’en souviens pas. Réfléchis bien…« 

L’homme se sentit soudain vulnérable. Ce petit être le narguait avec ses propos mystérieux et cela l’agaçait fortement. Il regretta presque d’être venu à sa rencontre. Sa vie l’attendait, là-bas, chez lui, parmi les fourmis-robots. Un homme sensé ne prend pas ses rêves pour des réalités et ce n’est pas un enfant haut comme trois pommes qui allait le faire changer d’avis…

C’est alors que le sable se mit à tournoyer, de plus en plus fort, et le fit chanceler. Il se protégea les yeux d’une main, et de l’autre, serra celle du petit garçon afin de ne pas le perdre. Un écran ocre cacha bientôt l’horizon, anéantissant tout relief et la tempête  rugit. Le désert semblait déchaîné…

Nul ne sait combien de temps il lui fallut pour enfin ouvrir les yeux. Probablement longtemps. Mais ce qu’il vit lorsque le calme fut revenu, l’émerveilla. Un banc de pierre surgi de nulle part était planté là, sur la colline surplombant une vallée verdoyante. Tout en bas, un village de tuiles roses dormait paisiblement. Le silence troublé par un chant de rossignol et quelques lointaines clochettes. Personne à part lui…

L’homme fit quelques pas, s’assit sur le banc et contempla son rêve. Il distingua sa maison, une modeste demeure aux murs de pierre, entourée d’un grand jardin où s’ébrouaient en liberté, poules, canards, chèvres, chien et chats. En insistant un peu plus, il distingua un petit garçon, assis sur le seuil de la porte, qui dessinait…

 

Dominique Massa, Didier Garino – Musique Et Merveilles  Le Désert D’aladin – 01 – Les sables de l’infini